Fuir un monde, en trouver deux

“Adriano Koch Piano Solo” est un projet fusionnant les sonorités jazz et électronique. Le jeune lausannois de 19 ans qui en est à l’origine semble se dupliquer, en solo sur tous les fronts; son album “LEAP”, qui sortira le 27 septembre est entièrement autoproduit. Sans se contenter du rôle de compositeur et d’interprète, il mixe également la musique et réalise ses clips vidéo. Son premier single “I Should Have Run” est sorti le 21 juin sur la toile comme annonciateur de l’album.

Texte: Katia Meylan

 

 

 

Ses compositions musicales sont sans textes, laissant à la musique le soin de s’exprimer, et pourtant le titre “I Should Have Run” est évocateur. Adriano Koch choisit de partager ce qu’il signifie pour lui, lorsque nous le rencontrons à Lausanne pour parler de son projet. Il y a deux ans, il choisit d’arrêter l’école post-obligatoire pour se lancer entièrement dans la musique. Si l’on peut considérer que 17 ans est déjà tôt pour prendre son indépendance, pour lui cela ne faisait aucun doute: lorsqu’il a réalisé que pour sa famille, choisir la musique comme chemin de vie ne serait pas accepté, il aurait dû partir immédiatement. Fuir si tôt, l’aurait-il pu? Il avait en tout cas quelques pistes pour. Après sept années de cours à l’EJMA, il s’en détache pour rejoindre des projets professionnels dès 15 ans, puis notamment le groupe Fabe Gryphin, qui monte en flèche sur la scène romande. Des expériences qui le font avancer et le forment peu à peu aux autres facettes du métier. Vivre de la musique n’est pas seulement jouer, c’est aussi trouver des dates, contacter la presse… au lieu de le décourager, la perspective lui donne envie de se lancer dans un projet personnel.

Photo: Anne Gerzat

Il choisit donc de partager son temps entre les projets de groupe et le perfectionnement de son univers musical. De sa formation jazz, il garde précieusement la liberté de l’improvisation, la technique acoustique. Ses références? L’Arménien Tigran Hamasyan ou l’Israélien Shai Maestro. Ces pianistes ajoutent à son vocabulaire des phrases orientales. Puis, l’an dernier, il découvre le monde de la musique électronique; il cite entre autres le français Rone, le londonien Jon Hopkins. Il constate que même si ses références musicales mélangent les styles, les deux mondes qu’il affectionne se confondent rarement. Sans arriver à choisir, la réponse s’impose naturellement; il entreprendra les deux, non pas parallèlement mais en un seul et même univers.

Lors d’un premier concert sous le nom “Adriano Koch Piano Solo” en septembre 2017 à l’Abri, il reste en acoustique, puis tente l’électronique à Paris quelque mois plus tard. “Ma peur était que l’on ait l’impression que je joue du piano par-dessus un fond sonore composé en amont”. Avec l’expérience des premiers concerts, il réalise que c’est à l’étape de la composition qu’il doit penser cet aspect pour atteindre la texture souhaitée, “la sensation d’une masse cohérente”. Il enregistre en studio en mai dernier. L’infinité de son que permet le sampling le fascine: “Ça ouvre des possibilités fantastique. Au studio, il y a toutes sortes d’instruments différents… et le temps de tester. Je suis entré au studio avec en tête des morceaux que j’avais déjà construit, mais en ressortant, les trois quart du résultat n’avaient rien à voir!”.
L’album comporte 9 titres et 5 courts morceaux – transitions, annonces ou rappels de différents thèmes – sa volonté ayant été d'”architecturer l’album pour créer une histoire qui dure dans le temps”.

“I Should Have Run” est le premier titre, aussi le plus court et le plus électro, parfait pour en faire un clip qui serait le visage du projet. Adriano Koch nous dit toujours voir des images lorsqu’il joue, soit des souvenirs, soit des scènes qu’il imagine au fil des notes. Par la vidéo, qu’il réalise en autodidacte, il avait donc la possibilité d’ajouter à la perception que les gens auraient de sa musique.

Il espère que ce premier album le fera connaître, pour lui permettre de travailler avec des producteurs professionnels, mais au présent, il voit dans l’autoproduction la possibilité d’être 100% sincère et personnel dans ses choix d’expression.

Adriano Koch prévoit de porter ses premières compositions dans des salles de jazz, et surtout s’ouvrir la porte d’autres scènes, plus électro. Une autre source d’inspiration pour lui est le pianiste Nils Fram, qui mélange la musique électronique à son bagage classique, se donnant la possibilité de jouer “autant dans une salle de récital que dans un gros festival d’électro”, rêve notre interlocuteur à l’aube de sa carrière.

Et encore au-delà d’aller trouver différents publics, par extension, il espère les faire se rencontrer … sans que subsistent les clichés par trop persistants des uns sur la musique classique, des autres sur le monde de l’électro.

Son talent, son univers déjà affirmé et sa détermination farouchement indépendante le mèneront certainement dans cette nouvelle catégorie de grands… Aujourd’hui il espère en premier lieu
conquérir la Suisse romande et alémanique.

Sa tournée commencera en septembre et compte plusieurs dates dans la région, à noter: le vernissage de son album le 27 septembre à 20h30 au CityClub Pully, avec des artistes invité·e·s sur scène. Puis deux concerts le 28 au Duke’s Bar à Lausanne et le 29 à La Parenthèse à Nyon. Il fera également partie de la programmation du festival Piano im Pool – le 20 octobre –, où les musicien·ne·s jouent littéralement à l’intérieur du bassin de la piscine, dans ce lieu insolite et alternatif qu’est la Neubad à Lucerne.

Infos et billets: www.adrianokoch.com

2018-09-10T19:02:06+00:00