Afrique: une fenêtre sur l’extase2018-06-13T09:49:33+00:00

Afrique: une fenêtre sur l’extase

Les religions africaines, dans leur diversité et dynamisme, se dévoilent ce printemps au Musée d’ethnographie de Genève, dans l’exposition intitulée “Afrique. Les religions de l’extase”. Du 18 mai 2018 au 6 janvier 2019, plus de trois cents objets inédits du Musée, accompagnés par des centaines de photos, plusieurs vidéos et installations immersives plongeront le/la visiteur·teuse dans une expérience cognitive surprenante à la découverte des pratiques religieuses africaines dans le monde. On en demande plus à Boris Wastiau, directeur du MEG.

Texte: Anna Maria Di Brina

“Holy 1” De la série Vues de l’esprit, Fabrice Monteiro (1972 – ). 2014 (2017). MEG.

La beauté de deux photographies similaires, représentant une même femme africaine en prière, frappe l’oeil du/de la visiteur·teuse qui rentre dans la nouvelle exposition du Musée d’ethnographie consacrée aux religions africaines. Vêtue de deux habits ne différant que par leur couleur, porteuse de références à l’Islam et au Christianisme, cette femme à l’air béni nous interroge sur la relation entre visible et invisible, ainsi que sur le concept l’extase.

Le titre de l’exposition “Afrique. Les religions de l’extase”, nous explique Boris Wastiau, est inspiré du livre “Ecstatic religion” (1971) de l’anthropologue britannique Ioan M. Lewis. “Il faut rappeler que l’expérience religieuse en Afrique, à la différence de ce qui se passe en général dans nos sociétés, est très forte et procure énormément d’émotion à qui la pratique. L’extase religieuse est un état dans lequel une personne se trouve comme transportée hors de soi et du monde sensible”.

C’est cette ferveur et la diversité des cultes africains dans le monde que l’exposition met à l’honneur. Entre objets rituels, photos grandeur nature, vidéos et installations immersives, le parcours de visite conduit en quatre étapes dans un univers complexe et souvent inconnu.

“Holy 2” De la série Vues de l’esprit, Fabrice Monteiro (1972 – ). 2014 (2017). MEG.

Le tour commence par les religions monothéistes (Islam, Christianisme et Judaïsme), pour en  expliquer la versatilité et montrer les éléments mystiques communs dans leur fondation. “Les anachorètes”, nous dit Boris Wastiau, “qui se nourrissaient très peu pour avoir des hallucinations, adoptaient des pratiques du corps qu’on retrouve dans le Soufisme, par exemple, ou parmi les confréries des Mourides”. Aux Mourides de Genève, ainsi qu’à la communauté orthodoxe érythréenne à Genève sont consacrées plusieurs photos du photographe Christian Lutz. Nous découvrons ainsi des lieux et des pratiques religieuses fascinantes, tout près de nous.

La seconde étape du parcours aborde les fondamentaux des religions africaines autochtones. “Dans l’Afrique subsaharienne”, continue Boris Wastiau, “les ancêtres continuent à avoir des rapports très étroits avec leur descendants: ils les aident et les protègent. Ils sont vénérés par des prières, des offrandes et des sacrifices. La divination aussi est très pratiquée. Ils interprètent l’invisible en mettant en relation l’humain avec les forces de l’inconnu”. Le/la visiteur·teuse pourra voir en exposition de nombreux objets liés à cette pratique, notamment des tambours, des pièces de textile et des cannes en fer. “Le sacrifice”, nous explique le directeur, “est un élément essentiel de la foi, point commun à l’ensemble des religions, mono- et polythéistes”. Le vidéaste Theo Eshetu a consacré l’une de ses installations à cette pratique répandue. Grâce à plusieurs écrans, l’artiste plonge le/la visiteur·teuse dans des oeuvres immersives à l’esthétique kaléidoscopiques, souvent accompagnées d’éléments sonores.

Figure de reliquaire bwete. Gabon. 19e siècle. Photo: ©MEG, J. Watts

La troisième étape est dédiée à l’une des formes les plus saillantes des religions africaines, les cultes de possession (vaudou, mahamba, zâr…). Le vaudou, par exemple, est caractérisé par des rituels où la transe permet aux esprits de se manifester. “Il s’agit d’une religion très importante en Afrique et dans le monde”, nous dit le directeur, “et pourtant méconnue dans nos sociétés. On veut en montrer ici la complexité, le dynamisme et aussi sa grande force vitale”. Deux statuettes à la forte expressivité nous rappellent la cérémonie vaudoue du Bois-Caïman en 1791, première étape de la révolution haïtienne contre les maîtres français.

C’est à la diversité des univers magicoreligieux africains qu’est dévolue la dernière étape du parcours. “Être religieux en Afrique”, nous explique Boris Wastiau, “ne signifie pas seulement embrasser une religion. On est en permanence dans un univers peuplé d’esprits de la terre, des rivières et des montagnes, des ancêtres, et d’autres forces encore. L’incarnation de ces esprits se trouve par exemple dans les masques, considérés comme des sacrements. La sorcellerie aussi est très importante. À la différence de l’Occident, en Afrique, la présence du diable est fortement perçue. Pour les Pentecôtistes, par exemple, toute maladie manifeste la présence du Mal, qu’il faut chasser grâce aux exorcismes et à l’imposition des mains”. Dans l’exposition, on voit des dizaines de photos et d’objets liés à cet univers fascinant, comme des amulettes, des masques et des talismans. On remarque des images de Mami Wata, un être spirituel ambivalent à la forme de sirène, qui peut protéger ou attirer le malheur. Les photos du Festival des Jumeaux en Afrique de l’Ouest, où les naissances jumelles sont considérées comme une bénédiction divine, sont également très intéressantes.

“Nous voulons montrer l’Afrique comme un espace culturel relié au monde, non pas comme un espace géographique restreint”, conclut le directeur. “Mon espoir est que les visiteurs soient émerveillés, qu’ils fassent un voyage de connaissances et qu’ils s’aperçoivent d’une complexité extraordinaire”.

Afrique. Les religions de l’extase
Musée d’ethnographie de Genève
Du 18 mai 2018 au 6 janvier 2019
E X P O S I T I O N