Ils ont les moyens de vous faire chanter!

Prenez un texte de théâtre léger et drôle, ajoutez-y des « tubes » d’opéra, d’opérette, de chanson française et de comédie musicale, mettez tout ça dans les mains d’artistes talentueux·ses et observez le résultat… C’est ce cocktail savoureux que nous proposent Raphaëlle Farman et Jacques Gay avec leur spectacle « Attention, Maîtres chanteurs! » qui sera joué les 8 et 15 janvier 2019 ainsi que le 27 février 2019 à la Salle Centrale de la Madeleine, à Genève.

Texte: Léa Frischknecht

C’ est génial votre truc, on aimerait bien chanter avec vous! C’est ce genre de commentaires, à la sortie des théâtres, qui a fait naître l’idée d’ »Attention, Maîtres chanteurs! » dans les esprits créatifs de Raphaëlle Farman et Jacques Gay.

Il y a quelques années, les deux chanteur·euse·s d’opéra se sont rencontrés sur une production et « ce qui devait arriver, arriva », comme nous l’explique Jacques Gay avec malice. Depuis, tous deux ont décidé d’aborder un nouveau virage et de se mettre à l’écriture de spectacles « plus drôles, plus rythmés et plus « grand public » que l’opéra ». De cette union sont nées LyriComédies, en France, et La Comédie Lyrique Romande, sa petite soeur helvète. En duo complice, l’intégralité des spectacles est rédigée à quatre mains. Et si cela crée inévitablement des chamailleries épouvantables, Jacques Gay insiste sur le fait que cela reste passionnant humainement et artistiquement. Pas moins de sept spectacles plus tard, les voici passés expert·e·s en la matière.

Légèreté, rigueur, fidélité et sang neuf
Lorsque l’on demande à Jacques Gay de quel·le·s auteur·e·s lui et Raphaëlle Farman s’inspirent pour écrire leurs spectacles, le premier nom qui ressort, presque par réflexe, c’est Molière. « Nous avons été nourris avec les classiques mais ceux-ci sont toujours modernes, c’est extraordinaire ». Puis, viennent Sacha Guitry, Georges Feydaux, Jacqueline Maillan mais également Fred Astaire, Gene Kelly ou encore Ginger Rogers. Un univers qui puise donc ses origines dans le théâtre mais également dans la comédie musicale hollywoodienne. « Cette légèreté et cette rigueur dans la légèreté, c’est ça notre culture ». Ainsi, les auteurs veulent distraire et faire rire le public mais sans lésiner sur la qualité. Pour ce faire, ils misent sur la fidélité. « Quand on aime les gens, on les aime vraiment » nous dit Jacques Gay. Le duo s’est donc entouré d’artistes aux multiples talents. C’est le cas notamment de l’irrésistible Fabrice Coccitto, à la fois pianiste et comédien, présent à leurs côtés depuis les débuts. Pourtant, à cette fidélité, s’ajoute l’envie de nouveauté… Et cela est possible grâce au projet pédagogique Le Pont des Arts de la Comédie Lyrique Romande, qui offre à de jeunes talents l’opportunité de se produire dans des spectacles professionnels. Mais ici, « jeune » rime tout de même avec très haut niveau. À titre d’exemple, « Attention, Maîtres chanteurs! » accueillera la talentueuse soprano Lysa Menu, qui sort de la Haute École de Musique de Lausanne ainsi que Clément Buchon, jeune ténor du Conservatoire Régional d’Annecy. L’équipe se réjouit de l’arrivée de ce sang neuf à qui elle tient à donner des rôles importants. Et les « anciens » n’hésitent pas à faire profiter les nouveaux de leurs années d’expérience au compteur en leur enseignant la comédie, la diction, les lois scéniques ou secrets pour capter le public. « C’est tout un tas de trucs que nous avons appris sur le tard et nous aurions gagné du temps si quelqu’un nous avait appris ça ».

 

Si le chœur vous en dit…
La famille Dugosier de la Glotte est sans le sous. Et pour renflouer un peu les caisses, ces aristocrates montent un spectacle qui retrace l’histoire de leur famille de la préhistoire à nos jours en passant par l’Antiquité, le Moyen-Âge et la Révolution Française. Mais voilà que le choeur qui devait arriver de Bulgarie – spectacle low cost oblige – reste coincé à la douane… Et c’est ici que vous intervenez! Pour la première fois dans un de leurs spectacles, Jacques Gay et Raphaëlle Farman invitent le public à donner de la voix grâce à un véritable « karaoké lyrique ». Karaoké lyrique, oui, mais pas que! Le spectacle reste très construit, le public ne chante pas pendant deux heures. Les deux auteur·e·s ont cherché quelque chose de très équilibré, ils ne laissent pas place à l’improvisation. « On n’est pas à la fête de la bière non plus » rigole Jacques Gay. On garde donc la recette de base, une histoire bien ficelée, des gags, de beaux morceaux musicaux, un visuel attractif, et on y ajoute l’interactivité avec le public grâce au karaoké.

Mais les gens chantent-ils vraiment? « C’était notre plus grande angoisse », nous raconte Jacques Gay. Alors pour faciliter l’interaction avec le public, ce karaoké lyrique est construit de manière à ne mettre personne mal à l’aise: les lumières restent éteintes, personne ne monte sur scène et chantera qui voudra chanter. Et après être resté quatre ans à l’affiche à Paris, force est de constater que le pari est réussi. « Nous avons toujours eu des salles qui chantaient à tue-tête. Une femme nous a même dit « J’ai trainé mon mari, il ne voulait pas venir, je ne l’ai jamais entendu chanter de ma vie… Il poussait des hurlements à la fin, je ne pouvais plus l’arrêter! ».
Une autre grande question que se posait l’équipe de la Comédie Lyrique Romande était de savoir si le public chanterait juste. Là encore, pour Jacques Gay, c’est une bonne surprise: « Sur 300 personnes, vous allez peutêtre avoir des gens qui chantent faux mais ils vont être noyés par des gens qui chantent juste. Donc après 400 représentations, on peut dire que les gens chantent juste… et qu’ils chantent! ».

 

Attention, Maître chanteurs!
Les 8, 15 janvier et 27 février à 20h30 Salle Centrale Madeleine
www.lyricomedies.com