Béjart Ballet Lausanne2018-05-09T12:13:56+00:00

“Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui”. Les ailes des danseurs migrateurs du Béjart Ballet les déposent un instant à Lausanne, où leur grâce fera à nouveau rêver le public. Le solo imaginé par Maurice Béjart il y a 25 ans pour Gil Roman est transmis à deux danseurs de la compagnie. “Syncope” de Gil Roman fait tenir l’éternité ou presque dans cinq secondes de perte de connaissance. Le ballet de Julio Arozarena tire son essence de la musique qui résonne en “Éclats”. Et enfin, Yuka Oishi, pour la première fois avec cette troupe, crée “空 Ku”, inspiré du bouddhisme et des lois mystérieuses de l’univers.

Photo: Ilia Chkolnik

 

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Lausanne a la fierté d’abriter depuis 1987 le Béjart Ballet, référence incontestée dans le monde chorégraphique. Tant de scènes ont été foulées par ces danseurs; au moment où nous écrivons ces lignes ils sont à Versailles, alors que vous les lisez ils sont en Ouzbékistan, ou peut-être déjà en Belgique. Puis en juin, ils reviendront évoluer “à la maison”, au Palais de Beaulieu, juste à côté de là où ils s’entraînent six jours par semaine, d’innombrables heures où leurs corps tracent les mouvements imaginés par des chorégraphes mythiques ou émergents. C’est justement une jeune chorégraphe qui signe l’une des quatre pièces présentées à Beaulieu en juin. “Un bébé chorégraphe!” selon les mots de Yuka Oishi elle-même. Avant “空 Ku”, elle n’avait encore jusqu’ici jamais travaillé avec le Béjart Ballet. Elle confie que lorsque Gil Roman lui propose en 2015, après avoir vu l’une de ses chorégraphies au World Ballet Festival à Tokyo, de créer pour la troupe, elle ne s’attendait pas à recevoir si tôt une telle proposition. En effet, jusqu’à la même année, elle dansait au sein du Ballet de Hambourg et avait encore peu d’expérience en tant que chorégraphe.

De sa rencontre avec Gil Roman s’ensuit une visite à Lausanne pour assister à des répétitions. Plus tard, elle a l’occasion de revoir le Béjart Ballet lors d’une tournée au Japon. Elle commence alors à élaborer “空 Ku”, en s’inspirant des danseurs de la compagnie, prenant en compte les différentes personnalités. “Chacun de nous est si unique. La façon dont nous pensons et ressentons les choses est parfois totalement opposée. C’est fascinant pour moi, toutes ces couleurs”, dit-elle.

Photo: Gregory Batardon

Les morphologies des danseurs sont au moins aussi diverses que les personnalités, et Yuka Oishi les met pleinement en valeur dans sa pièce. Elle réunit toutes ces différences dans un tout: 空 (). est le cycle, l’éphémère. Les lois de l’univers que tous ressentent, mais que nul ne saurait expliquer. Cette notion, inspirée de la culture japonaise et du bouddhisme, est chère à la chorégraphe. “Je ressens tous les jours. Je pense souvent à la vie elle-même. Quel en est le sens? Comment est-on arrivé là? C’est quelque chose qui a toujours été avec moi, mais je ne cherche pas la réponse. Le monde a un passé, un présent et un futur qui continuera peut-être sur des milliers d’années, et la façon d’y vivre a changé et changera encore. Ce qui ne change pas sont les sentiments. C’est ce dont je me suis inspirée pour ma pièce. Cela n’a rien à voir avec mes tristesses ou mes joies passagères, c’est un ressenti universel. C’est à la fois très vaste, mais aussi très simple, car c’est quelque chose que l’on sait tous”.

Photo: Gregory Batardon

Avant le début des répétitions avec la troupe, Yuka Oishi a pensé une structure autour de son thème, défini l’alternance des émotions de pair avec sa recherche de musique. On reconnait du hang et du taiko dans les rythmes que nous envoie “空 Ku” comme des coups droit au cœur. Difficile de contenir son émotion devant une scène où un danseur semble mis à nu, seul, livré aux yeux des autres. Ou plus tard, devant les corps qui tombent fatalement, un à un… “Je ne veux pas choquer le public, mais montrer ce qui arrive entre les êtres vivants sur cette terre. Je n’ai jamais vécu en temps de guerre, je ne peux qu’imaginer. Je vis une vie heureuse et en paix, mais quelque part il y a ceux qui vivent d’autres émotions. Pour voir la lumière, nous devons voir l’obscurité”. C’est cette lumière que la chorégraphe souhaite révéler.

… Après un instant au sol, les danseurs (humains, animaux, minéraux?) se relèvent d’une onde commune. Un sentiment puissant nous prend, expliqué en partie par les mots de la chorégraphe: “dans “空 Ku”, il y a une forte énergie vers l’avant”.

Yuka Oishi nous dit qu’elle n’a pas pensé “空 Ku” en termes de narration. Mais comme lorsque l’on regarde dans le ciel la forme des nuages, on ne peut s’empêcher de reconnaître dans les mouvements une silhouette familière…

Sa chorégraphie sera à découvrir en avant-première, aux côtés des trois autres pièces du programme, sur la scène du théâtre de Beaulieu, du 22 au 28 juin.

Photo: Gregory Batardon

 

“空 Ku”, nouvelle création de Yuka Oishii
“Éclats”, nouvelle création de Julio Arozarena
“Syncope”, pièce de 2010 de Gil Roman
“Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui”, pièce de 1993 de Maurice Béjart

www.bejart.ch

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