Que disent nos courses de nous-même?

Depuis novembre dernier, une nouvelle websérie est apparue sur le site de la RTS et sans avoir eu le temps de dire “BIP”, on a déjà terminé de la regarder. Huit épisodes de 3 minutes s’enchaînent sans se ressembler, leur format capsule permettant de créer pour chacun un nouvel univers. Réalisée pour le web par Vincent Bossel et la maison de production lausannoise Imajack, “BIP” s’est donné des moyens de cinéma et l’a prouvé lors de sa sortie, en étant projetée au Pathé Les Galeries devant le public nombreux de la Nuit du Court Métrage à Lausanne.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Sur le tournage de la série, Marie et Adrien. @ Alexia Buttet

Le pitch de “BIP”: pour Marie, la caissière du supermarché, les aliments qu’elle scanne ont bien plus de résonnance qu’un simple bip. Ils sont les notes ou les silences de petits bouts de vies, celles des client·e·s qui passent à la caisse et qu’elle se plait à imaginer.

Marie, c’est ce personnage que l’on est toutes et tous par moment, dont l’imagination va à la rencontre de l’inconnu·e qui est en face de soi. Dans les courts portraits des client·e·s, on sourit de reconnaître ici une connaissance, là une anecdote personnelle. Huit épisodes, c’est peu (on en voulait encore!), juste assez pour quelques traits type: un étudiant, une mère célibataire, un bodybuilder, une végétarienne, un paysan, des ados, un vieux monsieur, et… Marie. Si toutes les générations sont représentées, les portraits des vingt-trentenaires sont particulièrement réussis, et l’on devine que l’équipe de réalisation se rapproche de ces colocataires qui réchauffent leur Tupperware de “pâtes à rien” à l’uni, ou de ces végétariennes/vs/ carnivores, pris·es dans la sempiternelle discussion sur la souffrance des légumes.

Certains épisodes font rire comme d’autres feront verser une larme. Une bienveillance dans l’écriture, presque naïve, se mêle aux couleurs des bonbons à la vodka, du cimetière, du bord du lac en été et des lèvres rouges de Marie, qui elle aussi a droit à son histoire. Une histoire d’amour peut-être, dans laquelle on retrouve un peu d'”Amélie Poulain”, film dont Vincent Bossel nous dit s’être inspiré.

 

“BIP”, 2018

Mais l’inspiration est multiple. Le réalisateur s’attache à quelques références classiques, “Les Vieux” de Jacques Brel pendant la rédaction de l’épisode du vieux monsieur, ou la série “Bref” pour son rythme, devenue un incontournable qui a donné ses codes à la websérie. Une envie de travailler avec la comédienne Marie Fontannaz s’est imposée, en écrivant le rôle. “C’était ses yeux”, dit-il catégoriquement devant l’audience de la Nuit du Court Métrage. En effet, les plans sur ses yeux sont nombreux et ses expressions parlent pour elle, il fallait donc choisir le bon regard! Certains personnages sont tirés d’autres projets esquissés, certaines situations inspirées de reportages vus à la télévision. “Je pense qu’on ne crée jamais rien dans l’immédiateté, on fait appel à des choses qui viennent de plus loin, que ce soit un souvenir d’enfance ou une idée que l’on a eue il y a un mois. Surtout pour un projet comme celui-ci, où la matière se trouve dans la vie de tous les jours”.

 

Sur le tournage de la série, Vincent Bossel (en bleu) et son équipe© Alexia Buttet

Vincent Bossel écrit “BIP” pour un appel à projets de la RTS, n’ayant encore à son actif de réalisateur que trois courts métrages autoproduits et un clip réalisé dans un cadre professionnel. Il fait appel à l’équipe de production d’Imajack, également autodidacte, qui se lance pour la première fois dans la fiction web, et le projet est retenu. Vincent bénéficie de relectures avisées de l’équipe et de Patrick Suhner, producteur éditorial de l’unité fiction de la RTS, qui lui offrent un regard neutre. Un mélange entre exigence et liberté artistique à laquelle le réalisateur est attaché. La période de tournage s’étend sur 13 jours, avec 37 comédiens entre les rôles principaux et secondaires, et bon nombre de lieux de tournage.

Un tournage conséquent et une expérience réussie, qui renforce Vincent Bossel dans la conviction qu’un format long est à sa portée. “La websérie est un magnifique tremplin et une carte de visite, un bel exercice de style aussi, je n’échangerais cette expérience pour rien au monde. Après “BIP” je me suis dit que j’étais prêt à viser ce que j’ai toujours envisagé lorsque j’ai commencé à formuler ce rêve: me diriger vers des formats longs”.

Passant des mots à l’acte, Vincent Bossel s’est déjà attelé à l’écriture d’une série longue autour d’un chef d’orchestre et de la musique comme personnage en tant que tel, et l’a proposée à la RTS. L’investissement de la chaîne dans une fiction de qualité permettrait au réalisateur, comme il nous l’explique, de développer la psychologie des personnages et les ressorts dramatiques. Le projet est en cours de travail et rien n’est encore joué, mais le paysage romand compte un réalisateur de plus à garder à l’œil!

Tous les épisodes de la série BIP sont disponibles sur www.rts.ch/fiction

2018-12-19T09:26:47+00:00