Color Of Rice 2018-05-30T13:58:36+00:00

Color Of Rice

Color Of Rice est le nom que Rani Bruggmann a donné à son projet solo, débuté il y a sept ans. À 24 ans, la musicienne prend les petites et grandes choses de la vie comme des émerveillements. C’est l’idée plaisante de la diversité des cultures, du mélange des origines qui lui inspire ce nom singulier: « la couleur du riz ». Elle voyage, une guitare sèche à la main, et joue un folk que ses émotions lui ont inspiré. À l’occasion de la sortie de son nouvel album « Oh Darling », L’Agenda s’est glissé à La Parenthèse à Nyon, où elle donnait un concert, pour l’écouter en live.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Le bar est silencieux, à l’exception des notes qui s’envolent depuis la petite scène où se tiennent Rani et sa guitare Luna. Si un nouvel arrivant s’aventure à parler un peu trop haut, il réalise vite qu’il n’est pas dans le ton. La voix de la musicienne étourdit par sa douceur. Elle alterne les morceaux de son nouvel album, les plus anciens et les reprises. Ainsi, « Mon mec à moi », « The House
of the Rising Sun » et « Fast Car » deviennent cousines de ses propres compositions. 

C’est justement avec la reprise « Fast Car » de Tracy Chapman que Color Of Rice s’était fait remarquer sur le plateau de l’émission française The Voice, en 2017. Lorsqu’on lui demande si cette expérience télévisuelle a été un tournant dans sa carrière, la réponse n’est ni positive ni négative: « en Suisse, j’ai eu beaucoup de demandes d’interview, mais pas au sujet de mon album, toujours par rapport à The Voice! Par contre, je sais que certaines personnes sont venues à mes concerts après m’avoir découvert dans l’émission. Mais le plus touchant a été la réaction de mon père; il a compris que c’était sérieux, lorsque trois coaches sur quatre se sont retournés ». Rani nous confie que ce dernier, sans être lui-même artiste, lui a appris à se sentir libre de s’exprimer, et à faire un travail – n’importe lequel – le mieux possible, de toutes ses forces. Sa mère, artiste quant à elle, l’inspire aussi énormément; à travers des spectacles où se mêlent calligraphie, philosophie et musique. « Lorsque j’ai vu sa pièce pour la première fois, j’ai été touchée. Ce n’était plus ma maman, mais une artiste ».

Après un coup de foudre avec la guitare, Rani se met tout naturellement à s’exprimer à travers la musique. En écoutant ses deux albums, on pourrait s’étonner que la couleur des titres soit si mélancolique, contrastant avec la joie de vivre chaleureuse et le rire spontané avec lesquelles Rani nous fait face. Elle s’explique simplement: « Quand tu as des émotions heureuses, tu ne dois pas les écrire, puisque tout va bien. No news, good news, comme on dit! Lorsque quelque chose te fait de la peine, il faut le canaliser ». Le titre « Oh Darling », qui représente l’album éponyme sorti en 2018, est paradoxalement un peu à part, plus rythmé. La voix de l’artiste, dont la beauté se laisse croire fragile dans le reste de l’album, se fait ici plus audacieuse: elle est changeante et se plaît dans des effets de blues. « Lorsque j’écris, je n’essaie pas de voir ce que font les autres, ou comment construire une chanson. Cela sort, tout simplement! Je ne sais pas comment « Oh Darling » est sortie, mais je l’aime beaucoup, et elle englobe tout l’album, qui parle d’amour ».

C’est Rani seule qui choisit cette chanson pour représenter l’album, tout comme elle avance seule dans son projet. « J’aime beaucoup les rencontres que je fais lors des festivals et des open mic, et il m’est arrivé de collaborer avec d’autres musiciens. On trouve même sur YouTube un titre que j’ai fait avec un rappeur ». Mais pour Color Of Rice, la compositrice tient à chanter en solo, trouvant
que cela offre plus d’intimité avec le public.

En partageant ses émotions, elle espère que d’autres se reconnaîtront. « Par rapport à « Fly » (ndlr: son premier album), j’espère avoir mûri. Mes compositions sont encore plus personnelles, car j’ai vécu plus de choses, forcément. Je les raconte différemment, et je les trouve plus travaillées ».

Depuis le début de Color Of Rice, l’artiste illustre certains de ses titres en vidéo, toujours dans le même esprit home made. Elle fait équipe avec Linus Ehi, jeune réalisateur du Jura bernois. Lorsqu’ils ont tourné la première vidéo, « I Enjoy » en 2013, ce dernier n’avait que treize ans. « On a commencé un peu en même temps, lui la photo, moi la musique. On s’entend très bien! Quand j’arrive avec une tenue ou une idée bizarre, je m’attends à une réaction, mais il me dit « je ne vais pas te juger » ». Cinq ans plus tard, c’est lui également qui réalise le clip pour « Oh Darling », tourné au Creux-du-Van. Les jeunes artistes se sont ainsi retrouvés à cinq heures du matin sur cette montagne rocheuse, dans une atmosphère brumeuse qui prodigue un effet mystérieux au clip.

Rani admet que son entourage lui donne de temps en temps coups de pouces et conseils: son père lui recommandera de jouer une chanson en français lors des ses apparitions en suisse-romande. Sa soeur, étudiante dans une école d’art et de mode, s’enquerra de sa tenue de concert…
… Mais comme conclut la jeune femme en riant, « ils savent bien qu’au final, je ferai comme je veux! ».

Montreux Jazz, Festineuch’, les Créatives… Color Of Rice avait déjà été remarquée dans les festivals avec « Fly », et espère retourner à la rencontre du public cet été et plus tard, avec « Oh Darling ».
Une date à noter d’ores et déjà: le festival AlternatYv à Yverdon, le 16 septembre 2018.

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