Plutôt rock ou old-school?

Le Théâtre Barnabé est comme cette maison où l’on ne frappe pas, où les artistes de la petite famille de la comédie musicale s’en vont un an ou deux au gré des projets, puis reviennent, toujours bienvenus. Une maison qui sera bientôt peuplée de cheveux longs – aux coupes rock des années 80 – et peuplée de fous puisque la Compagnie Broadway s’attaque à deux comédies musicales de taille cet été: “Les Producteurs” en mai, suivie de “Hotel California” en juin.

Texte: Katia Meylan

Noam Perakis, metteur en scène, et Céline Rey, directrice vocale de la Compagnie Broadway, nous reçoivent à Servion avec un plaisir évident à évoquer les spectacles pour lesquels ils remonteront bientôt sur les planches avec leur troupe.

La Compagnie Broadway, dans la veine américaine de la comédie musicale, cultive un esprit collectif. Pas de clivage entre les arts ni entre les artistes, car… tout le monde fait tout! C’est aussi pour cela que la famille est petite; le genre est exigeant, il faut y maîtriser le chant, la danse et le théâtre. Et dans la région, les artistes ayant des compétences dans les trois domaines sont rares. Le Théâtre Barnabé, en s’imposant comme LE lieu de la comédie musicale, les rassemble; “On y est comme à la maison. On a nos loges, nos petites habitudes, le cuisinier nous fait à manger…”, surenchérissent Noam et Céline. Le confort ne les a toutefois pas piégés, et leur énergie les pousse à imaginer des productions toujours plus folles. La compagnie ne donne que quelques représentations par spectacle, et ce côté éphémère ne fait qu’exacerber la magie de l’instant, pour les artistes comme pour le public.

Hotel California. Photo: Jean-Pierre Vicario

Deux comédies musicales, deux styles distincts
Le théâtre présentera donc deux comédies musicales successivement. Mais le genre est vaste, et leur style, radicalement différent, ne touchera sûrement pas le même public. “Les Producteurs”, la grande comédie musicale broadwayesque par excellence, déploiera décor faste, orchestre et claquettes. “Hotel California” touchera quant à elle les nostalgiques qui ont vu leur premier concert d’AC/DC à Zurich en 1982, qui s’écrivaient des SMS en écoutant rêveusement “I Don’t Wanna Miss a Thing” ou qui subissaient en boucle l’album “Still Loving You” dans la voiture familiale.

“Hotel California”, solo de guitare et leggings léopard

Au Théâtre Barnabé, on ne refuse jamais quelqu’un à l’entrée, on rajoute des chaises pour qui n’aurait pas réservé sa place. Mais lors de la création de “Hotel California” en 2014, devant tant de succès, le théâtre n’avait pas pu honorer sa réputation et s’était résolu à faire une liste d’attente. La troupe s’était donc promis de la remonter un jour… c’est aujourd’hui chose faite!

Pour la compagnie qui avait l’habitude d’adapter des grandes licences américaines (Cabaret, Chicago, Hair…), “Hotel California” était au départ un pari incertain. En effet, il s’agissait cette fois d’écrire une trame de toute pièce, sur le mode du jukebox musical. Céline Rey et Noam Perakis (avec leur troisième acolyte, Didier Coenegracht) avaient donc sélectionné les plus grands tubes des années 80, y avaient mêlé leurs souvenirs marquants de la culture populaire de cette décennie, et tissé autour une narration délurée, en prenant au 15e degré le too much des années Bon Jovi, Aerosmith, AC/DC ou autres Guns’n’Roses.

L’un de leurs principaux défis avait été de dénicher le rock band polyvalent qui, en plus de savoir reproduire le solo de guitare de “The Final Countdown” à la note près, jouerait aussi un rôle à part entière dans la pièce, leggings léopard et perruques à l’appui.

 

“Les Producteurs”, un désastre réjouissant
Bien que peu connue du public suisse, cette comédie musicale old school et exubérante est un classique aux États-Unis, la plus titrée de l’histoire de Broadway. Les chansons sont partie intégrante de l’intrigue et ont pour cela été traduites en français pour la création à Servion.

Les Producteurs

C’est à travers le remake, un film de 2005, que Noam Perakis découvre Les Producteurs. “Pendant les cinq premières minutes, je me disais que c’était le film le plus nul que j’aie jamais vu… et à la sixième, que c’était le plus incroyable que j’aie jamais vu!”. Il a cependant dû attendre 2018 pour réaliser son rêve de le porter sur scène: “Il y a des spectacles qu’on peut monter avec trois bouts de ficelle, en étant astucieux, en choisissant un décor épuré. Mais là, rien n’est épuré!”. Il énumère l’orchestre, le décor, les lumières, la technique et le nombre d’artistes que requiert le show. Financièrement, cela représente un demi-million de budget. Et pour le metteur en scène, pas question de monter la pièce au rabais: dans l’histoire, deux producteurs de Broadway réalisent qu’ils pourraient faire fortune en présentant une comédie musicale désastreuse. Ils choisissent donc le pire scénario qu’ils puissent trouver: “Des fleurs pour Hitler”, une biographie musicale nazie. “Ce genre de truc, si ce n’est pas extravagant, ça peut vite instaurer un malaise”, juge-t-il.

Il garde cependant l’idée dans un coin de sa tête… jusqu’au jour où, après une représentation de la Cie Broadway, le directeur du Théâtre du Passage à Neuchâtel Robert Bouvier était allé les voir pour leur proposer de monter quelque chose ensemble. “Quand je lui ai dit que je rêvais de faire Les Producteurs, il a bondi de sa chaise. On n’a même pas discuté d’autres possibilités, on s’est lancés à fond là-dedans”.

La pièce a alors pu prendre forme, grâce au soutien du Théâtre du Passage et aux expériences combinées des artistes. Sans oublier les trésors que recèle le Théâtre de Servion! Des trésors d’imagination, amassés par l’excentrique Barnabé qui dans les années 70, nous rappelle Noam Perakis, était revenu des États-Unis avec des étoiles plein les yeux et la résolution de créer les mêmes effets spéciaux chez lui.

On croit bien déceler en notre interlocuteur le digne héritier du théâtre…

Hotel California
Du 14 au 29 juin

Les Producteurs
[passé]: du 3 au 11 mai Prochaines dates: Du 25 au 27 septembre à 20h30 au Théâtre et Centre Culturel Le Baladin, Savièse
www.barnabe.ch