Ce qui frappe

 

En novembre, le 74e Concours de Genève accueillera dans sa grande famille de musicien·ne·s de nouveaux et nouvelles lauréat·e·s dans les domaines de la composition et de la percussion. Le public pourra assister aux différentes épreuves, aux finales, ainsi qu’à deux concerts événements qui reflètent une envie de vivre avec son temps propre au Concours depuis sa création.

Texte: Katia Meylan

 Photo: G. Cuartero

 

Édition après édition, le Concours a eu pour but d’innover, de prêter l’oreille aux talents singuliers et de valoriser la musique contemporaine. Les deux épreuves de 2019 l’illustrent à merveille.

 

Concours de composition

C’est le but de cette épreuve que de découvrir une musique nouvelle, en jouant des œuvres de jeunes compositeur·trice·s en première mondiale et en les encourageant à l’aube de leur carrière. Parmi le jury 2019, le compositeur suisse Michael Jarrell, qui ne sait que trop bien que dans l’histoire de la musique comme dans la vie, ce qui nous est familier procure une émotion, et « ce qui est nouveau pose une question ». Par-là, la musique contemporaine divise mais est essentielle. Le 8 novembre au Studio Ernest Ansermet, jury et public entendront, sous les doigts du Lemanic Modern Ensemble, naître les œuvres pour hautbois et ensemble composées par les trois finalistes Daniel Arango-Prada, Hanako Takagi et Hyeon Joon Sohn.

 

Concours de percussion

Les partitions pour percussion ne sont pas nombreuses; elles comptent de belles œuvres « classiques » notamment de Xenakis ou de Stockhausen pour citer les plus connus, mais appelle à la création si l’on veut élargir le répertoire des musicien·ne·s. Les candidat·e·s qui auront passé le premier tour auront d’ailleurs l’occasion d’interpréter une pièce inédite pour marimba solo commandée à Michael Jarrell. La possibilité d’exprimer pleinement leur personnalité ira en grandissant: en finale, un Concerto de Peter Eötvös avec l’Orchestre de la Suisse Romande est imposé, mais la première partie du programme est laissée entièrement au choix du·de la musicien·ne. Car c’est tout d’abord une personnalité qu’espère dénicher le Concours, et ce n’est pas Philippe Spiesser, Président du jury de l’édition 2019, qui dira le contraire: « J’attends des candidats d’être originaux, d’être de vrais performers ».

 

Photo: Bertrand Cottet

 

 

Philippe Spiesser et le projet GeKiPe

Le travail de Philippe Spiesser, professeur à la HEM Genève, s’inscrit dans une logique d’innovation. « Je suis percussionniste, mais je me sens avant tout musicien et curieux », nous dit celui qui en 2015 a lancé le projet GeKiPe, « Geste Kinect Percussion », qui se libère de l’instrument physique pour se concentrer sur le geste. Le projet, dont la force est de réunir des gens du domaine de la musique, des nouvelles technologies (notamment de l’IRCAM et de l’EPFL) ou encore des artistes visuels, est aussi soutenu par la HES-SO et la HEM.

Concrètement, GeKiPe crée des spectacles immersifs multimédia joués par un percussionniste. Ses gestes sont captés grâce à une caméra Kinect et à des gants accéléromètres, puis sculptés en octophonie (huit haut-parleurs placés tout autour du public) et en projection vidéo. Depuis 4 ans, le projet évolue en permanence au fil des résidences. L’équipe invite régulièrement des artistes à mettre cette technologie au service de leur univers. Le « souci » de ce projet, sourit Philippe Spiesser, c’est que « tout est possible, et qu’il faut faire des choix ». L’idée avec laquelle vient un compositeur indique toutefois rapidement la direction à prendre, et les concerts sont très différents de l’un à l’autre. Musique hypnotique, hologramme… ou retour au figuratif, comme dans l’une des dernières créations en date, Mad Max, où le compositeur Pierre Jodlowski voulait des gestes très reconnaissables et pour laquelle Philippe Spiesser a proposé de réintégrer des instruments sur scène.

 

Photo: Anne-Laure Lechat

 

Mad Max sera jouée lors du concert au CERN le 14 novembre en présence de Pierre Jodlowski, également compositeur de l’œuvre pour la demi-finale du Concours de Genève. Les deux autres pièces de la soirée, les premières créées par GeKiPe en 2015, font quant à elles table rase des instruments, explique Philippe Spiesser. « Au début, ça me semblait étrange d’être seul sur scène sans instrument. Je suis d’abord parti de gestes de percussionniste que je connaissais, et petit à petit, on a trouvé de nouvelles façons d’interpréter des choses, de déclencher du son, de la lumière et des images. J’ai travaillé avec des metteurs en scène, avec des danseurs et danseuses, et mes mouvements ont évolué, j’appréhende l’espace différemment ».

Fonctionnant aussi bien sur partition que sur improvisation, le projet devient aisément interactif. GeKiPe s’ouvrira d’ailleurs aux écoles meyrinoises lors d’ateliers au CERN. Philippe Spiesser, en nous racontant une expérience récente lors des Nuits Blanches à Pristina, note surtout l’aisance et la liberté des participant·e·s: « Sans savoir ce qu’ils vont déclencher, la compréhension vient très vite. On oublie complètement son corps: on n’a pas peur de faire une fausse note car tout donne du son. C’est universel, on est comme un synthétiseur humain qui déclenche du son et de l’image ».

Il remarque aussi que le multimédia est un outil pour faire aborder la musique contemporaine au public: « Quand on est immergé, il y a moins de codes à connaitre pour pourvoir apprécier. Les gens se sentent en confiance, sans barrière socioculturelle ». Philippe Spiesser est convaincu que le monde de la percussion doit continuer à ouvrir ses horizons. « Sans être obligé d’utiliser l’électronique, faire de nouvelles choses amène de nouveaux publics. C’est pourquoi le jury du Concours de Genève va privilégier les personnalités ».

Les 34 percussionnistes inscrit·e·s cette année ont en tous cas l’embarras du choix pour leur future carrière: « L’un de nos élèves de la HEM est devenu soliste de l’orchestre de l’opéra de Paris, un autre est timbalier solo de l’OSR, un autre encore mène un projet sur la musique bulgare… C’est très varié, il y a une vraie vie après un conservatoire ou un concours ».

 

 

Finale de composition
Vendredi 8 novembre à 19h
Studio Ernest Ansermet, Genève

Concert GeKiPe
Jeudi 14 novembre à 20h
CERN, Meyrin

Épreuves de percussion
Du 11 au 18 novembre
Centre des Arts, Genève

Finale de percussion
Jeudi 21 novembre à 18h
Victoria Hall, Genève

www.concoursgeneve.ch

www.philippespiesser.com