Des airs changeant à la manière des sentiments

Du 9 au 13 juillet, l’Opéra de Chambre de Genève plongera l’Alhambra dans un climat méditerranéen aux sérénades passionnées avec “Così Fan Tutte”, oeuvre musicale et théâtrale de la fin du 18e siècle, issue de la combinaison entre la maîtrise sonore du rigoureux Mozart et l’histoire aux enjeux romantiques élaborée par Lorenzo Da Ponte, condottiere aux moeurs légères. L’Agenda a rencontré Franco Trinca, chef d’orchestre de longue date et directeur artistique de l’Opéra de Chambre de Genève, qui a partagé son expérience et sa méthode de prédilection quant à la représentation contemporaine d’une oeuvre aussi connue. 

Texte: Giovanna Santangelo 

©J.-R Berthoud

La trame de “Così Fan Tutte”, à l’allure simple, cache des questionnements moraux profonds sur la séduction et les duperies de l’amour, des masques et du mensonge. Mozart se prend au jeu de la comédie napolitaine avec des personnages légers. Guglielmo et Ferrando, deux officiers persuadés que leurs fiancées, les soeurs Fiordiligi et Dorabella, ne les trahiraient pour rien au monde, finissent par accepter le pari de Don Alfonso, autrement dit, celui d’intervertir les rôles pour tester la fidélité de leurs compagnes. Les jeunes hommes prétendront devoir partir pour l’armée pour une durée indéterminée, alors qu’ils se déguiseront juste en étrangers afin de séduire la femme de l’autre et témoigner si oui ou non, la gente féminine est aussi inconstante que Don Alfonso aimerait le faire croire. 

Aborder une oeuvre si connue n’est cependant pas de tout repos. Il faut faire abstraction de pleins d’éléments parasites de la mémoire collective pour se réapproprier l’essence pure de ce que pouvait vraisemblablement être l’opéra de Mozart. Non seulement le processus mental est complexe, mais en plus de cela, le chef d’orchestre nous confie qu’il commence la réflexion aux origines: 

“Je suis Mozart, j’ai le livret de Da Ponte, quelles musiques pourrais-je composer en m’inspirant de ce texte?” 

En ce qui concerne la mise en scène de l’oeuvre, notre interlocuteur, en collaboration avec un duo de metteurs en scène de Lucques, Cataldo Russo et Nicola Fanucchi, a décidé de tremper l’histoire dans un bain de lumière en situant celle-ci dans un théâtre napolitain de la fin du 19e siècle. Il réhabilite notamment la profession théâtrale désormais disparue de capocomico, incarnée par Don Alfonso, qui tire les ficelles de l’intrigue à sa guise. Si le siècle change, le lieu de l’action reste le même, et les yeux du chef d’orchestre s’illuminent lorsqu’il évoque Naples: 

« “Così Fan Tutte” est un opéra plein de lumière, la musique y est pleine de lumière, l’histoire y est pleine de lumière, Naples est pleine de lumière, il y a la mer, les couleurs, et il y a une brise particulière: des éléments fantastiques qu’il faut pour la musique de Mozart. » 

Vous laisserez-vous séduire par cet opéra à l’italienne? “

“Così Fan Tutte” 

Du 9 au 13 juillet à 20h 

Dans le cadre de Musiques en été, 

Alhambra – Genève 

www.opchge.ch/2019-cosi-fan-tutte/