Déclinaison de motifs au MAMCO

Photo: Annik Wetter

Depuis cet automne, le MAMCO propose en ses murs une exposition collective intitulée « Pattern, Decoration & Crime »,mettant à l’honneur le mouvement « Pattern and Decoration », relativement méconnu dans nos contrées. Également connue sous le sigle P&D, cette mouvance artistique a fait beaucoup parler d’elle entre les années 1970 et 1980 aux États-Unis. La démarche consiste en une revalorisation de l’aspect artisanal de l’art et une proposition de réflexion autour du motif (pattern) et de la décoration (decoration).

Texte et photos: Mathilde Morel

De l’imprimé floral printanier influencé par les années 40 au patchwork mêlant diverses étoffes et matières, de toiles quadrillées de motifs géométriques ou d’arabesques orientales, l’exposition « Pattern, Decoration & Crime » se décline.

Le musée d’art moderne et contemporain de Genève présente les travaux d’artistes comme Miriam Schapiro, Valérie Jaudon, Robert Kushner, Jennifer Cecere, Robert Zakanitch et bien d’autres. L’exposition présente également des travaux de Noël Dolla et de Claude Viallat, de la collection du musée, qui ne sont pas des artistes spécialement liés au  mouvement « Pattern and Decoration », mais dont la facture des oeuvres et l’historique rejoint en partie la démarche. Les deux hommes sont à l’origine du mouvement « Supports /Surfaces », apparu en 1969, dont la ligne directrice rejoint en de nombreux points celle propre à P&D. « Supports / Surfaces » réunit des peintres français qui, à la fin des années 1960, veulent défendre leur art pictural, se distinguant de la blancheur du mouvement minimalisme. Les deux tendances se rejoignent dans leurs compositions riches, entre symétries et agencements plus étudiés, utilisant des couleurs vives et poussant la tendance parfois jusqu’au kitch.

Tina Girouard, Screen #4, 1974-1975.

Le mouvement « Pattern and Decoration » a vu le jour dans un milieu artistique mixte, composé essentiellement de peintres. Chacun·e développait son propre style, mais tous·tes cultivaient un intérêt partagé pour la nouveauté et les découvertes. Dans le modernisme de l’époque, la tendance était à une forme de marginalisation de la production artistique féminine. Les mouvements féministes luttaient justement contre la surreprésentation des hommes dans les musées et pour la reconnaissance qualitative des travaux d’artistes femmes. Dans cette mouvance réactionnaire, on retrouve une majorité de femmes dans « Pattern and Decoration ». La plupart de ces artistes étaient engagé·e·s dans des luttes libératrices des années 60-70.

Le même phénomène se retrouve dans la domination du monde occidental de ce temps sur les autres régions du monde, que ce soit sur le plan artistique ou intellectuel. Le mouvement « Pattern and Decoration » a eu pour ambition de porter un regard nouveau sur des formes qualifiées de « mineures » à l’époque, notamment les motifs, par exemple, qui avaient un côté « primaire » et qui étaient associés à une certaine trivialité. Les artistes de P&D ont rallié leurs regards à ceux des cultures non-occidentales qui qualifiaient les arts dits « décoratifs » d’extrêmement riches. Ils·elles se sont inspirés d’ornementation de papier peints, de quilts (patchworks typiques des pays anglo-saxons, aussi appelés courtepointes), d’étoffes imprimées et colorées, de l’art décoratif islamique, de mosaïques byzantines, de mosaïques mexicaines, de broderies turques, de gravures japonaises, de tapis indiens et d’autres motifs variés. Les artistes du mouvement « Pattern and Decoration » ont créé un art de leur temps, inspiré de leur culture, de leur quotidien, mais également inspiré d’arts d’ailleurs. Par la création d’oeuvres mêlant inspirations artistiques et formes issues des arts appliqués, ils revalorisent des pratiques artisanales dévaluées et engendrent la migration de ces techniques de la sphère privée au domaine public et artistique.

Valérie Jaudon, Toomsuba, 1973

Ci-contre, l’œuvre d’une peintre américaine née en 1945, Valérie Jaudon, très liée au mouvement
« Pattern and Decoration ». Son travail propose des entremêlements maîtrisés
de lignes régulières. Ils évoquent des arabesques de l’art islamique. Ces
éléments permettent d’identifier l’œuvre comme faisant partie du mouvement artistique, de par ces inspirations venues d’ailleurs qui y apportent un côté décoratif. Son travail peut également être qualifié de post-minimaliste par l’utilisation de lignes créant des formes nettes et épurées.

 

« Pattern, Decoration & Crime », jusqu’au 3 février 2019 au MAMCO, Genève.

www.mamco.ch