Des claquettes, entre danse et percussions, pour un voyage au cœur du jazz

Invité du Geneva Camerata à l’occasion du concert familial The New Orleans Jazz Band, le 9 novembre à la salle Frank- Martin à Genève, le claquettiste Daniel Leveillé revient sur son parcours de danseur, chorégraphe et interprète. 

Texte: Valérie Geneux 

Photo: ©Marcio Toledo, 2018

Taper du pied n’est-il pas le meilleur moyen de se faire entendre? Le Genevois Daniel Leveillé, âgé de 25 ans, use et abuse de ses chaussures ferrées pour s’exprimer à sa manière. D’une nature plutôt calme, ce jeune virtuose évoque avec passion son amour pour son art et les claquettes en particulier. Tout commence durant son cinquième printemps. « Mon film favori était Soleil de nuit dans lequel jouaient deux grands danseurs: le russe Mikhail Baryshnikov et l’américain Gregory Hines. Le second faisait des claquettes et il m’a fasciné, je rêvais de devenir comme lui », confie-t-il. Ses parents l’inscrivent alors à un cours de claquettes. Et il croche. « Jusqu’à l’adolescence, mes fers ont été un moyen ludique de faire du bruit avec mes pieds. Puis, j’ai commencé à m’y intéresser plus sérieusement: j’ai suivi des stages avec des professeurs venus des États-Unis et j’ai débuté les concours ». Et à 15 ans, il danse déjà à un niveau professionnel. Détenteur de nombreux titres dont plusieurs fois champion du monde dans diverses catégories, Daniel Leveillé reste néanmoins terre à terre. « La compétition m’a techniquement boosté, j’y ai aussi découvert d’autres styles et danseurs, ce qui m’a beaucoup apporté ». 

Un danseur complet 

Daniel Leveillé ne s’est pas fixé de limites dans son apprentissage. Il a suivi des cours de classique, de moderne-jazz, de contemporain, de hip-hop et pratique aussi des danses latines telles que la rumba et le chachacha. Ces différentes influences lui ont permis d’acquérir une connaissance approfondie du mouvement et de l’expression corporelle. « Je ne voulais pas rester cloisonné dans ma spécialité, mais toucher à autant de genres que possible afin de me considérer comme un danseur complet ». Les claquettes demeurent une discipline qui exige rigueur et maîtrise. Les pas de pied peuvent se révéler très subtils dans le but de produire une sonorité bien précise. « Le son et le mouvement vont de pair. Si l’un est faux, l’autre le sera forcément aussi. Avec les claquettes, on ne peut pas tricher », explique le Genevois. Cette discipline demande, entre autres, une parfaite maîtrise du rythme qui pourrait s’apparenter à du solfège. « Les bruits produits par les fers des chaussures s’articulent comme des Lego: on assemble les pas d’une, deux et trois notes ensemble pour construire un tempo complet. Il n’y a pas de barrières à la créativité ». 

 

Jazz et claquettes 

Photo: ©Jorg Brockmann, 2017

Le spectacle The New Orleans Jazz Band, dans lequel Daniel Leveillé performera, retrace l’histoire et la culture du jazz ainsi que celle des danses percussives qui se développent conjointement entre la fin du 19e et le début du 20e siècle. Avec ce projet, Daniel Leveillé espère explorer les formes primaires des claquettes et se plonger aux sources de sa discipline fétiche. « Le public n’y verra pas de grande différence, car la progression se révèle quasiment imperceptible, mais pour moi il s’agit d’un vrai travail de recherche et d’analyse ». Avec des origines afro-américaines, les claquettes détiennent un rapport ancestral au rythme et à la terre. « J’utilise le plancher ainsi que mes chaussures comme des instruments. Le rythme qui vient du sol entre par les pieds et remonte dans tout le corps. C’est ce qui nous fait danser ». Sans oublier que la tête dirige le reste à travers les mathématiques du tempo. Cette dualité entre le cognitif et l’émotionnel entraîne, grâce à la danse, une conscience de soi par le mouvement et l’instinct. 

L’improvisation, une donnée fondamentale 

En claquettes, la part d’improvisation reste importante. « Je danse souvent avec un trio de jazz qui, lui-même, invente sa musique sur le moment. Il m’est donc difficile de tout chorégraphier à l’avance. L’essentiel est que l’on passe un bon moment et que le public le ressente ». Cela laisse à l’artiste un plus large champ lié au divertissement et à la légèreté ainsi que des possibilités infinies de se renouveler. « Quand je danse à l’aveugle, le show ressemble à un concert live. Le désavantage est qu’il se révèle plus compliqué de transmettre une émotion bien précise. Alterner les chorégraphies et l’improvisation constitue donc un moyen efficace de trouver un équilibre ». 

Laisser place à l’innovation 

On pourrait penser que le plus grand rêve du danseur consiste à connaître reconnaissance et respect. Pour Daniel Leveillé il ne s’agit pas de cela. « Aujourd’hui, j’arrive à vivre de ma passion. Je suis impliqué sur plusieurs projets et je danse avec différentes compagnies, notamment pour Stomp. Dans un futur proche, j’aimerais monter mon propre spectacle dans lequel je pourrai transmettre les messages et les émotions que j’ai choisis ». Mais ce qui tient le plus à coeur au Genevois est d’offrir lumière et prestige à son art. « Je souhaite que les claquettes soient autre chose que Singing in the Rain ou Fred Astaire. Il faut sortir ce style de danse de la marginalité, du divertissement type music-hall ou revue. Il y a une place pour l’innovation. La discipline se montre encore jeune, il reste énormément à explorer alors je trouve dommage de se cantonner aux références précitées. Les claquettistes peuvent par exemple investir le champ très actuel de la musique électronique et travailler avec des loopers. C’est d’ailleurs ce que je suis en train d’expérimenter », confesse-t-il. 

The New Orleans Jazz Band Avec le Geneva Camerata, Daniel Leveillé et Aude Cattin 

Samedi 9 novembre à 11h Salle Frank-Martin, Genève 

www.genevacamerata.com