Operami fidèle à Tchaïkovski

En 1877, la chanteuse russe Elisaveta Lavrovskaïa conseillait à Piotr Ilitch Tchaïkovski, un jeune compositeur à la recherche d’une source d’inspiration, de baser sa prochaine oeuvre sur Eugène Onéguine, roman en vers de Pouchkine. Hésitant au début, Tchaïkovski suivit néanmoins le conseil, se mit aussitôt au travail et termina son opéra une année plus tard, en 1878 à San Remo. En ce début d’année 2020 l’opéra sera, une fois de plus, représenté en Suisse, où séjourna le compositeur avant de se rendre en Italie et poursuivre sa création musicale. Cette nouvelle production de la troupe Operami, dirigée par Benoît Willmann, avec la participation de Sacha Michon, Marion Decorvet, Fabio Antoniello, Marie Hamard, Catherine Pillonel Bacchetta, Alexandre Diakoff, Valérie Bonnard et Quentin Monteil, aura lieu à Genève, au Bâtiment des Forces Motrices, le 12 et le 19 janvier.

Texte: Margarita Makarova

Au centre de l’opéra, dans le texte de Pouchkine retravaillé en un libretto par le compositeur K. Chilovsky, une jeune fille commet un acte audacieux pour l’époque: elle rédige une lettre d’amour à son bien-aimé qui lui répond par un sec refus. L’intrigue entre d’ailleurs en parallèle avec la vie de Tchaïkovski lui-même. De façon semblable, il rejette son étudiante de conservatoire, Antonina Milukova, qui lui confie ses sentiments dans une lettre amoureuse. Contrairement au personnage de Tatiana, l’étudiante insiste et attire au bout du compte l’attention de son enseignant. Tchaïkovski et Milukova se marient mais le compositeur s’enfuit quelques semaines plus tard. D’après la légende, Tchaïkovski voulait par ce prompt mariage dissiper les ouï-dire concernant son orientation sexuelle. La scène de la lettre de Tatiana, ses airs musicaux et ses vers célébrissimes en Russie, fut écrite la première et constitue le nœud de l’histoire.

L’Agenda a eu l’occasion d’en discuter avec Marion Decorvet qui non seulement interprète le rôle de Tatiana mais se charge aussi des costumes et des décors, ainsi que de la mise en scène, conjointement avec Madeline Alexander. « C’est un moment unique pour le personnage de Tatiana », affirme la soprano. « Tout au long de l’opéra, elle est discrète, mesurée et même timide à l’exception de cette scène où elle ouvre son cœur et son âme dans une confidence ultime. C’est un moment de lâcher-prise où toutes les émotions refoulées font surface. La réponse négative d’Onéguine la replonge dans son silence et dans sa timidité d’où elle ne parviendra à sortir que quatre ans plus tard lors de son mariage avec le Prince Gremine ».

La mise en scène d’Operami semble être exceptionnelle car elle sera, d’une part, fidèle au roman de Pouchkine grâce aux extraits récités en russe et, d’autre part, se basera sur la toute première version de Tchaïkovski, telle qu’elle était avant qu’on ne lui demande de supprimer un chœur. Les costumes et les décors nous feront voyager dans le temps et dans l’espace. La troupe choisit en effet de situer l’action en 1850, car l’écart vestimentaire entre les classes sociales était significatif à cette époque.

Eugène Onéguine
Dimanches 12 et 19 janvier 2020 à 17h
Bâtiment des Forces Motrices, Genève
www.operami.ch