La musique sacrée saura-t-elle vous faire vibrer?

Tapanak, par l’ensemble Canticum Novum

La 14e édition du Festival Agapé – Festival international de musique et d’art sacré – se tiendra à Genève du 29 au 2 mai 2019. Le programme pluridisciplinaire comptera sept concerts où les musiques baroques côtoieront d’autres sonorités et d’autres arts. Quant au programme pour enfants, il fera la part belle à l’échange interculturel avec un conte en musique arménienne, et à l’artisanat avec un spectacle de marionnettes.

Texte: Mallory Favre

Le festival de musique sacrée porte le nom d’Agapé, qui est révélateur de son ambiance une fois traduit; il désigne, dans la tradition chrétienne, quelque chose comme « l’amour inspiré par dieu pour remonter à dieu ». Pour Ariane Schwizgebel, directrice artistique du festival, cet amour noble et élevé correspond à l’émotion qu’inspire l’art: « ce que l’artiste transmet, c’est le fruit de son travail, de sa recherche, de son talent et de son inspiration. Il le transmet à d’autres à travers ce que certains appellent l’amour de dieu, d’autres la beauté ». Tout le festival est construit autour de cette émotion qu’inspire l’art par la musique sacrée.

Le festival est né en 1992 par la volonté d’une communauté religieuse de créer un lieu pour accueillir leurs ami·e·s musicien·ne·s et faire découvrir la musique sacrée au public. En 2008, il prend un autre chemin et se détache de la communauté pour voler de ses propres ailes. Plusieurs lieux ont accueilli l’événement, dont le Bâtiment des Forces Motrices. La directrice
artistique nous confie qu’il y manquait quelque chose, à la fois la résonance, mais aussi la signification. Le festival réinvestit donc un lieu de prière, l’Église Sainte-Croix de Carouge. Pour Ariane, « un concert, sans être une méditation, est un voyage avec l’art ». Elle ajoute que bien sûr « chacun y met ce qu’il veut. Les croyants, non-croyants, agnostiques; tout le monde est le bienvenu ».

Depuis 2013, le festival a lieu en alternance à Genève et à Reims. Une année dans un lieu, l’année qui suit dans l’autre. Stéphanie Gueydan, présidente et Ariane Schwizgebel, directrice artistique, assurent l’organisation des deux événements. Le festival a aussi engendré un autre petit, qui aujourd’hui « vit de sa propre énergie » à Saltillo au Mexique.

Leonardo Garcia Alarcón © Jean-Baptiste Millot

Cette année, le programme proposera surtout de la musique baroque avec sept concerts où l’on entendra notamment du Falvetti, du Bach et du Haendel et des oeuvres du temps de Monteverdi. Leonardo García Alarcón, un pionnier de la réhabilitation du genre ancien depuis ces vingt dernières années, dirige au moins une fois par an un concert de musique ancienne au Grand Théâtre. Pour le festival, il dirigera « Il Diluvio Universale » de Falvetti, une musique d’une grande originalité, entre Orient et Occident.

Nuria Rial © Mercè Rial

Quand Ariane Schwizgebel parle de musique sacrée, elle entend « une musique qui touche au cœur ». C’est pour cela que la soirée du samedi proposera deux styles de musiques qui touchent au cœur. En premier, des chants et berceuses arabes seront interprétés par Dima Orsho, chanteuse syrienne mondialement connue. Elle se produira le même soir que Nuria Rial, chanteuse catalane de renommée internationale qui reprendra des partitions de Haendel. Dans cette soirée intitulée « Vierge, Reine et Déesse », la confrontation entre la musique occidentale et la musique arabe crée un dialogue; les deux cultures se parlent à travers deux de leurs représentantes qui exprimeront « les luttes de la femme, la femme qui peut être vue comme une déesse avec une grande puissance et un grand rayonnement, la femme en tant que mère, celle qui défend ses enfants, ou comme la vierge, qui se consacre à une oeuvre humaine ou spirituelle, religieuse quelle qu’elle soit. Finalement, ces figures de femmes dans la culture orientale et occidentale se ressemblent, restent la même femme avec les mêmes luttes, et les musiques elles-mêmes ont beaucoup de connivence ». C’est à travers ce genre d’échange, de moments particuliers que le festival aspire à être un festival pour la paix.

Depuis 2008, un festival des enfants est organisé en parallèle du programme principal. Un spectacle musical sur la médecine à la Renaissance sera présenté le mercredi. Pour les habitué·e·s, on retrouvera aussi le théâtre de marionnettes de Nathalie Roques, qui depuis la première édition revient chaque année avec une pièce différente. L’artiste crée elle-même ses marionnettes et leurs histoires, et met un point d’honneur à partager un moment avec les enfants après chaque spectacle afin de leur montrer le fonctionnement de ses marionnettes.

Toujours dans le cadre du festival pour enfants, le conte musical de Canticum Novum « Tapanak », donnera à entendre l’histoire de l’Arche de Noé où les naufragé·e·s racontent leur nouvelle terre d’accueil. « On peut y entendre aussi les migrants, débarquant d’une arche sur une terre ferme et solide; ceux qui sont sur la terre ferme, dans ce spectacle, les accueillent et s’enrichissent de l’échange ». Si la musique qui accompagne le conte est arménienne, les musicien·ne·s ne le sont pas tous·tes. Ainsi chacun·e apporte un morceau de sa pratique, de sa culture dans l’interprétation, et cela enrichit la performance. Ariane Schwizgebel précise que « c’est justement par ce lien, par le sacré que l’homme rejoint l’autre homme ».

En un mot, le festival prône « l’art comme langage universel qui permet aux hommes de construire une civilisation d’amour et de paix » à travers la musique sacrée. Et même si le festival repose sur des valeurs religieuses, toutes et tous, croyant·e·s, agnostiques, non-croyant·e·s peuvent s’y rendre et partager ces moments culturels.

Agapé – Festival international de musique et d’art sacré
Du 29 mai au 2 juin
À l’église Saint-Croix et au Temple de Carouge
www.festivalagape.org