Rétrospective et rêves futurs

Pour son dixième anniversaire, la lyre du Festival Puplinge Classique annonce une Rétrospective! Le programme, qui s’étend du 20 juillet au 1er septembre, réinvite plusieurs artistes parmi celles et ceux qui ont honoré le festival de leur présence par le passé. Douze dates à l’Église de Puplinge, clôturées en beauté par un concert de gala au Victoria Hall qui réunira seize solistes et un orchestre, et fera découvrir au public les oeuvres de quatre compositeur·trice·s vivant·e·s. 

Texte: Katia Meylan

Photo : Jacques Philippet

C’est à Puplinge, sa commune d’origine, que le pianiste François-Xavier Poizat décide il y a dix ans de créer un festival classique. Aux côtés de Damien Bachmann, clarinettiste, il programme alors une petite série de quatre concerts, qu’ils ouvrent en compagnie de la violoncelliste Nadège Rochat. Les trois amis – qui ne se sont jamais vraiment éloignés, puisque tous rejoueront au festival pour cette année anniversaire – ont alors à peine vingt ans.

Déjà lors de cette première édition de 2010, une “star” est invitée, en la personne du violoniste Sergei Ostrovsky. Deux ans plus tard, la programmation s’internationalise, puis le nombre de concert augmente, et au fil du temps s’ajoutent des éléments comme le jazz ou la philosophie. Désormais reconnu au niveau régional, le festival n’a pas peur de se réinventer chaque année, comme nous explique son directeur François-Xavier Poizat.

Nous avons rencontré le pianiste genevois, dont l’expérience des festivals internationaux a débuté à 12 ans – lorsque Martha Argerich l’invite à jouer lors du Pacific Music Festival au Japon – pour qu’il nous parle de celui qu’il a fondé.

Quand on fréquente régulièrement des festivals internationaux depuis l’âge de 12 ans, est-ce que cela aide à réaliser des défis comme diriger son propre festival à 20 ans? 

François-Xavier Poizat: Bien sûr, ça aide même aujourd’hui alors qu’on est moins jeune. En parcourant les festivals, je trouve des idées qui vont m’inspirer pour le mien. Pour l’aspect musical, notre force est d’assister à beaucoup de concerts au niveau international, on rencontre beaucoup d’artistes. Pour l’aspect extra-musical, je constate des manières de faire et lorsque certaines sont intéressantes j’apprends à faire pareil; par exemple pour la vidéo, les réseaux sociaux… ça me permet de m’intéresser à l’ensemble du festival, pas juste à l’aspect musical et artistique, mais à tout ce qui est organisationnel, management, comment les gens travaillent entre eux… je trouve ça tout à fait passionnant.

Quelles expériences irremplaçables vous a apporté le fait d’être organisateur de festival en plus d’être musicien? 

En tant que musicien, le plus beau cadeau que m’a fait ce festival est de comprendre le travail des organisateurs. Cela me permet, quand je suis invité en tant que pianiste, de travailler de façon fluide avec les organisateurs, parce que je comprends vraiment leurs soucis, leur stress, j’ai appris à les respecter. Quand on fait soi-même le travail, on sait tout ce que ça représente, et je ressens maintenant une grande reconnaissance quand je peux donner un concert quelque part.

Comment vous et Damien Bachmann, avec qui vous vous occupez de la programmation, préparez une édition du Festival de Puplinge? 

On pose les premières bases d’une programmation pendant l’édition précédente. On regarde comment ça se passe, comment le public réagit à ce qu’on lui offre. Puis elle s’affine tout au long de l’année. En tant que musicien, l’année dernière j’ai donné à peu près 50 concerts, j’ai énormément voyagé, je suis allé deux fois à New-York, deux fois en Chine, en Amérique du Sud et dans toute l’Europe. Cela me permet de faire des rencontres qui éventuellement déboucheront sur des concerts à Puplinge. On se répartit les tâches en fonction de ses spécialités, Damien va s’occuper des quatuors et je vais m’occuper plutôt des pianistes et des orchestres. Et on garde toujours une petite marge pour les opportunités, on peut recevoir des propositions intéressantes à n’importe quel moment de l’année. Trois mois avant le festival, il peut y avoir encore des surprises!

Photo : Miguel Bueno

Si vous vous retournez sur la programmation des dix années de festival, de quel concert êtes-vous le plus fier?

 Il y en a un auquel on pense beaucoup, c’est le concert de gala des cinq ans, au Victoria Hall en 2014. C’était un très beau concert, il y avait mille personnes dans la salle, qui se sont levées à la fin. C’était le plus gros tournant du festival: l’affluence a doublé l’année suivante, l’église est pleine depuis ce moment-là, avec une moyenne de 200 personnes par concert. On verra ce que le gala de cette année apportera au festival! Au niveau de la notoriété, des vidéos, la possibilité de progression n’a pas de limite. Et si vraiment on est pleins à craquer, on pourra doubler les concerts.

Est-ce que vous vous permettez d’être plus audacieux à Puplinge, vous profitez de jouer des oeuvres que l’on ne vous demanderait pas ailleurs? 

Tout à fait. Par exemple l’année dernière on a eu envie de faire un concert farfelu avec piano, violon, clarinette et saxophone. C’était drôle car le pianiste et clarinettiste venaient de Puplinge et Thônex, le saxophoniste venait de New-York, et le violoniste de St-Pétersbourg. Chacun est venu et a proposé un morceau original. Moi je voulais faire un trio de Russell Peterson, un compositeur de musique de films américain. C’est le genre de concert que le festival me permet de faire, qu’on ne va pas me proposer de jouer ailleurs, et que je pourrais difficilement proposer à quelqu’un d’autre: je sais qu’en tant qu’artiste qui veut donner le meilleur de lui-même, ce n’est pas idéal lorsque l’organisateur propose des morceaux qu’il faut entièrement apprendre. Généralement, j’accepte le programme des musiciens que j’invite sans trop de réserves.

Le festival a-t-il tout de même une ligne musicale? 

Le grand thème du festival pendant ces 10 ans a toujours été la diversité à tous les niveaux: au niveau musical, on essaie de jouer de tous les répertoires, de tous les compositeurs. On prévoit au début de l’année une architecture au festival, pour que chaque soirée ait un genre et un style différent: généralement ça va du baroque – ou même de la musique du Moyen-Âge – jusqu’aux compositeurs vivants. La diversité se retrouve aussi chez les artistes: il y a des musiciens très locaux, les Genevois du quatuor Terpsycordes par exemple, et d’autres qui viennent de loin. Ce sont parfois des gens inconnus, que nous-même connaissons et savons être de très bons musiciens, mais c’est peut-être la première fois qu’ils jouent en Suisse. La diversité est aussi dans les générations: les plus jeunes sont les artistes du dernier concert à Puplinge, les élèves de la filière Musimax du conservatoire, qui ont entre 12 et 17 ans. L’une des solistes, Zala Kravos, a 18 ans. Et généralement il y a toujours un ou deux musiciens octogénaires. On a essayé de retrouver tout cela dans le concert de gala des 10 ans au Victoria Hall, pour assoir l’identité du festival qui se résume à un mot: la diversité.

Photo : Jacques Philippet

Parlez-nous du concert de gala du 1er septembre, qui annonce de grandes oeuvres, d’autres inédites, et beaucoup d’invité·e·s! 

J’essayais d’avoir une idée pour les dix ans, qui ne venait pas. Puis un jour, en écoutant le triple concerto de Daniel Schnyder – que j’ai écouté cinquante fois à fond dans ma voiture – je l’ai lié au triple concerto de Beethoven, qui est une tradition dans le répertoire. L’un est tout à fait traditionnel et l’autre, jazzy, d’un compositeur vivant qui viendra pour l’occasion. C’est devenu les deux gros morceaux dont est parti le programme.

Tout autour, il y aura les autres morceaux, notamment avec les trois violons, Svetlin Roussev, Sergey Ostrovsky, et Igudesman qui est littéralement une star internationale. Une chance que l’on a est d’avoir, sur les quatre présidents d’honneur qu’a compté le festival depuis 2016, trois présences ce soir-là. Ils seront actifs sur scène pour le concert: on va jouer les oeuvres de Daniel Schnyder, premier président d’honneur, qui sera là avec son saxophone, et celles du président de l’année dernière, Igudesman, également soliste du concert. Olivier Bellamy, président en titre cette année, présentera la soirée. Le rêve serait que Michel Onfray, président en 2017, soit également présent; je l’ai invité, on ne sait jamais!

La programmation est quatre fois plus dense que pour le concert des cinq ans; de quatre solistes et un orchestre de chambre d’une vingtaine de musiciens, on passe à soixante personnes sur scène. On cherchait quelqu’un pour composer une pièce qui puisse tous nous réunir à la fin, et pour plus de diversité, dont les oeuvres n’étaient pas encore au programme. Lucy Landymore, la percussionniste, compose exactement le genre de musique qui serait parfait à ce moment-là du concert, le final. Elle est en train d’écrire un morceau de 5 minutes qui réunira les 16 solistes et l’Orchestre de chambre de Genève. Je ne sais pas ce qu’on va faire pour les quinze ans! À chaque édition, on se demande comment rendre la prochaine encore mieux, et finalement ça arrive tout seul. Il n’y a pas tellement d’effort à fournir de notre part, car la vie continue entre chaque édition, en apportant naturellement son lot d’idées, de ressources, et de nouvelles connaissances”.

En attendant de voir comment le festival évoluera dans les années à venir, on se réjouit déjà de rencontrer les invité·e·s 2019 du Festival Puplinge Classique, que ce soit dans l’église du village en juillet-août, ou lors du concert de gala le 1er septembre au Victoria Hall!

Nouveauté pour cette année: le public peut acheter dès à présent ses billets en ligne, sur le site de la Ville de Genève ou du service culturel Migros Genève.

Puplinge Classique Festival 

Du 20 juillet au 23 août, Église de Puplinge

Gala des 10 ans, 1er septembre, Victoria Hall, Genève

Retrouvez tout le programme des concerts sur: www.puplinge-classique.ch