“Hayim, Tolède, au coeur de trois mondes”. ©DR

Les Nuits du Monde, pour un éveil des sensibilités

Du 1er au 11 novembre, l’Alhambra et l’AMR résonneront au son de musiques traditionnelles tout droit venues de Syrie, d’Afrique de l’Ouest et d’autres contrées plus familières du mélomane européen dans le cadre du festival Les Nuits du Monde. L’Agenda a rencontré son programmateur, Fabrice Contri, dont le credo se résume en trois mots: ouvrir des portes.

Texte: Marie Pichard

“Quand les musiques s’en mêlent”, telle est la promesse de cette nouvelle édition du festival Les Nuits du Monde, placée cette année sous le signe de la rencontre fusionnelle de traditions musicales parfois éloignées: ainsi de la kora mandingue, instrument de 21 cordes à mi-chemin entre la harpe et le luth, transformée pour l’occasion en une guitare classique, ou encore de la viole d’amour, issue de la tradition baroque occidentale transposée ici sur des musiques arabes. La programmation fait également la part belle aux sonorités mongoles, ottomanes et méditerranéennes; elle fera même voyager son public par-delà les steppes ukrainiennes et russes dont on découvrira que les rituels ont largement inspiré Stravinski dans la composition de son célèbre Sacre du Printemps.

Loin de toute “musique-fusion”, l’édition 2018 se défend de produire un patchwork culturel dénué de profondeur: “Les créations auxquelles le public assistera reposent sur une véritable expérience vécue entre les musicien∙ne∙s. Elles sont pour certaines le résultat de deux à trois mois d’atelier”, nous explique Fabrice Contri, programmateur de la manifestation et récemment nommé à la tête Les Nuits du Monde, pour un éveil des sensibilités des Ateliers d’ethnomusicologie (ADEM), dont l’activité s’attache depuis plus de trente ans à mettre en avant les musiques et danses du monde. Nul bricolage entre genres opposés, donc, bien que la fusion des styles prenne des formes très variées, touchant tant aux instruments qu’aux milieux. Citons l’exemple du trallalero, né à Gênes du mariage entre la canzone populare et le bel canto italien.

Les maîtres mots de cette édition étant l’ouverture à la culture de l’autre, il a paru nécessaire à Fabrice Contri d’organiser durant le festival une rencontre entre l’audience et les artistes, dans le cadre de discussions alimentées non pas par des musicologues, mais bien par les musicien∙ne∙s. “Nous avons souhaité inclure une dimension pédagogique sans pour autant convoquer un érudit qui aurait tendance à s’approprier la parole des interprètes et compositeurs∙trices contemporain∙e∙s. Ce serait méconnaître la capacité de ces dernier∙ère∙s à prendre du recul sur leur pratique”, note le président des ADEM pour qui le festival doit permettre d'”éveiller les sensibilités”.

C’est que ce fils de géologue, né au Cambodge et professeur au Conservatoire National Supérieur de Lyon, a lui-même fait ses premières gammes dans la musique baroque avant de s’intéresser à l’ethnomusicologie. Ainsi porte-t-il en lui une conviction forte: celle que les traditions musicales du monde puisent dans une infinité de sources, gages de leur constant renouvellement. C’est d’ailleurs loin de tout cloisonnement que Fabrice Contri prévoit la suite des événements organisés par les ADEM. En attendant, on se réjouit de se laisser entraîner dans des aires culturelles
aussi riches que surprenantes.

Les Nuit du Monde, du 1er au 11 novembre 2018, à l’Alhambra et l’AMR

www.adem-geneve.com

2018-10-29T16:27:28+00:00