Giselle, une relecture électrisante du plus romantique des ballets classiques

Dire de l’artiste originaire de Johannesburg qu’elle a l’imagination féconde relève de la tautologie. Elle nous l’a prouvé à maintes reprises ces dernières années en revisitant des classiques, tels que “Roméo et Juliette”, “Carmen”, ou encore, plus récemment, “Swan Lake”. Aujourd’hui, la pétulante et explosive Dada Masilo, chorégraphe et danseuse de talent, s’attaque à “Giselle”, archétype par excellence du ballet classique romantique, dans lequel elle interprète le rôle principal.

Texte: Julia Jeanloz

Si le titre est familier, l’histoire, quant à elle, l’est moins. Le ballet met en scène une paysanne, qui, suite à une trahison amoureuse, sombre dans la folie et meurt de chagrin. Ne pouvant se reposer en paix, elle se transforme en wili, un fantôme féminin condamné à danser la nuit avec ses semblables.

Le coeur de l’action se déroule dans un village africain. Supercherie, trahison, colère ou revanche sont des thèmes qui figurent déjà dans l’oeuvre originelle, mais qui prennent une importance toute particulière dans cette adaptation. Dans cette version à la croisée des cultures occidentale et sud-africaine, Giselle n’est plus la jeune fille dupe et candide de 1841. Bien au contraire, elle y apparaît plus fébrile et vindicative que jamais.

La partition musicale est le fruit d’une collaboration avec le compositeur sud africain Philip Miller, qui, tout en s’inspirant de la musique d’Adolphe Adam, y intègre percussions africaines et chants zoulous. Loin du ballet romantique, à travers cette adaptation de “Giselle”, Dada Masilo nous assène une performance artistique qui fait la part belle au collectif. Avec précision et fougue, elle et ses danseur·seuse·s mettent leur énergie foudroyante au service de ce projet artistique impressionnant, pour le plus grand plaisir du public, pris aux tripes.

Giselle, au Théâtre de Beausobre,
le mardi 19 mars à 20h

www.beausobre.ch

Dada Masilo est née en Afrique du Sud en 1985. Formée en danse classique et contemporaine, elle conjugue ces genres avec des pas empruntés aux danses africaines. Depuis plus de 10 ans, elle propose des relectures artistiques de ballets classiques, qu’elle empoigne avec ferveur en y ajoutant des références à des thèmes sensibles comme les mariages forcés ou les relations interraciales.