Gstaad Menuhin Festival 2018-06-13T11:53:42+00:00

Mise en abîme des sommets

Mettre les Alpes à l’honneur dans la programmation du Gstaad Menuhin Festival s’est présenté cette année comme une évidence pour le directeur Christoph Müller et son équipe. C’était comme si tout s’y était toujours prêté: le décor environnant, l’omniprésence de la force de la nature qui a inspiré des chefs d’oeuvre musicaux à travers les siècles, la relation particulière de certains grands compositeurs avec la montagne. Sept semaines et de nombreux lieux de concerts, de l’Alp Züneweid à Châteaud’Oex, rendent la vue sur le programme étourdissante.

Texte: Katia Meylan

Jaap van Zweden et un étudiant de la Conducting Academy. Photo: Raphael Faux

Les grands esprits du 19e siècle ont trouvé l’inspiration dans une certaine fascination pour la puissance de la nature, et nos Alpes suisses ont été parmi les terrains propices pour la ressentir pleinement. Les compositeurs romantiques s’étant inspirés ou ayant composé au coeur de ce paysage sont nombreux; ainsi, Tchaïkovski mettait en musique le poème « Manfred » de Lord Byron, écrit d’après les impressions d’un carnet de bord que ce dernier avait tenu en visitant les Alpes. Mendelssohn avait également tenu un journal agrémenté de dessins lors de son tour de Suisse, entrepris en 1823. Un concert à l’Église de Boltigen lui rendra hommage le 7 août, 187 ans jour pour jour après son passage dans le même village.

Pour la première fois en 62 ans, le festival a également choisi de nous présenter, tout au long des sept semaines, l’intégralité des oeuvres composées par Brahms sur les bords du Lac de Thoune. Ce cycle est l’un des temps forts de l’édition 2018.

Le deuxième cycle de musique de chambre du programme s’intitule « Chansons populaires et Ländler chez Schubert ». Il reflète en onze soirées les influences de la musique folklorique dans les œuvres du compositeur et sera ouvert par le Quatuor Chiaroscuro.

Un étudiant lors de la Conducting Academy. Photo: Raphael Faux

Les cordes de ce jeune quatuor ont même l’honneur d’une double ouverture, car elles sont également les premières à représenter les Menuhin’s Heritage Artists. Avec ce programme créé en 2017, le festival met un point d’honneur à découvrir de jeunes musiciens prometteurs, mais également à les suivre, en les invitant à se produire à Gstaad sur une durée de cinq ans. Ainsi, le public pourra retrouver le clarinettiste Andreas Ottensamer, les violonistes Christel Lee et Ji-Young Lim et le claveciniste Jean Rondeau et les voir évoluer d’année en année. C’est l’une des fiertés du festival que d’avoir présenté de jeunes talents devenus à présents des stars internationales. Christoph Müller rappelle d’ailleurs avec un sourire ému que Khatia Buniatishvili y avait joué en 2002 déjà. Parmi les artistes de cette saison, c’est en la violoniste Veriko Tchumburidze qu’il entrevoit un potentiel similaire.

Les concerts quotidiens de juillet à septembre font donc se côtoyer jeunes prometteur∙euse∙s et grands noms de la scène mondiale. En ouverture du festival, « Les Quatre Saisons » de Vivaldi seront remixées par le DJ allemand Max Richter. Le violoniste David Garrett, dont le répertoire habituel s’étend de Tchaïkovski à Coldplay, jouera cet été « Manfred » cité plus haut. Les registres se suivent et ne se ressemblent pas; le ténébreux ténor Jonas Kaufmann interprétera différents airs symphoniques de Wagner, accompagné du Gstaad Festival Orchestra et de son chef Jaap van Zweden.

Ce Néerlandais qui avait fait exploser les records d’inscriptions en devenant le directeur de la Gstaad Conducting Academy reprend son poste avec 15 nouveaux élèves sélectionnés.Unique au monde, ce projet offre aux jeunes chefs d’orchestres une occasion de travailler pendant trois semaines sous la direction de musiciens réputés et de donner des concerts avec un orchestre professionnel. Tous les morceaux interprétés par le Gstaad Festival Orchestra lors des apparitions de la « Conducting Academy » sont dirigés par un élève différent, selon l’appréciation des professeurs durant les semaines de travail. L’exercice est donc tout aussi intéressant pour le public, qui peut décèler dans la musique les différences de textures ou d’élan. Lors du dernier concert, le 15 août sous la tente à Gstaad, un élève recevra le Prix Neeme Järvi, promesse d’engagements futurs à la tête d’orchestres suisses.

Patricia Kopatchinskaja et Sol Gabetta. Photo: Raphael Faux

L’inventif festival continue de se développer puisqu’il comporte encore une nouveauté cette année: une compétition de composition. Estimant le répertoire de duos violon-violoncelle trop restreint par rapport à son potentiel, le Gstaad Menuhin Festival et les solistes Patricia Kopatchinskaja et Sol Gabetta ont lancé un concours sur Facebook, appelant les créatifs à leur envoyer de courtes compositions. Les musiciennes, férues de musique contemporaines, feront la sélection parmi les morceaux qu’elles interpréteront aux côtés d’oeuvres de Ligeti, Schulhoff, Coll, Widmann et Kopatchinskaja elle-même, lors d’une soirée dédiée, le 30 juillet.

Il est évident que sur un programme de sept semaines complètes impliquant tant d’artistes, de genres et de formats différents, il serait difficile de rendre une vue du festival en quelques lignes.

Le plus simple serait de se rendre dans son décor, ces Alpes qui fascinent encore aujourd’hui, pour en découvrir toute l’étendue.

Gstaad Menuhin Festival, du 13 juillet au 1er septembre
www.gstaadmenuhinfestival.ch