Éditorial 2018-02-22T16:09:54+00:00

Vous pensez qu’il va pleuvoir?

À l’heure où le magazine culturel bienveillant qu’est L’Agenda commencerait sereinement son édito en parlant du printemps avant d’enchaîner sur les créations culturelles qui bourgeonnent, il se doit, comme tous ses compatriotes imprimés, télévisés et diffusés, d’aborder un sujet politique.

Il y aura bien un printemps, mais qui se profile comme un tournant en épingle dans le paysage médiatique suisse alors qu’approchent les votations de mars sur l’initiative No Billag. Beaucoup s’interrogent. Va t-on amorcer ce virage et continuer la route, une large vue sur l’horizon? Que le temps soit clair ou orageux mais qu’au moins, on le voie venir. On n’ose imaginer qu’on le manque, ce virage, qu’en décidant soudainement de s’économiser un mouvement, on retombe en bas de la montagne, étourdi.

Nous avons vu non seulement les médias se rassembler pour protester massivement contre ce qui s’annonce comme une menace directe à la démocratie, mais également les comédiens, cinéastes, auteurs, musiciens, chorégraphes, collaborateurs de théâtres… tous les protagonistes dont nous présentons habituellement le travail se mobilisent pour s’opposer à No Billag.

Est-ce un hasard si L’Agenda compte parmi ses pages plus d’événements présentant les activités de futurs ou jeunes professionnels qu’à son habitude? Danseurs et danseuses de l’AFJD, musiciens et musiciennes de l’Orchestre QuiPasseParLà, de la Maîtrise du conservatoire populaire ou de l’HEMU, comédiens et comédiennes du Conservatoire ou même des ateliers gymnasiaux… Lorsque ces jeunes entreront dans le monde culturel, comment relaieront-ils leurs créations auprès du public si les médias publics n’existent plus?

Quant aux festivals comme le FIFOG ou le FIFDH, pourront-ils continuer à présenter parmi leur programmation des films locaux, ou ceux-ci auront-ils disparu avec la SSR? Car c’est elle qui soutient pratiquement toutes les productions suisses. Productions de longs et courts métrages, mais également de documentaires et de séries télévisées propres à notre culture, un exemple récent étant l’apprécié « Quartier des banques », où Vincent Kucholl donne la réplique à Brigitte Fossey, notre « Face à face » de cette édition de L’Agenda.

Les médias permettent enfin aux grandes institutions comme l’Opéra de Lausanne et le Grand Théâtre d’être démocratisées, notamment au moyen de captations retransmettant le contenu de leurs productions, ou grâce à des médiations auprès des jeunes. Le Prix de Lausanne, qui a eu lieu en février et que vous retrouverez aussi dans nos pages, a pu être diffusé en direct dans le monde entier grâce à des médias romands.

On veut entendre parler de la culture! La relayer, la ressentir. Et cela passe par le relais des médias. Comment accepter que, par découragement de ne pas être entendue, elle s’éteigne?

Katia Meylan,
Rédactrice en chef