La réalité que l’on s’invente

Lorsqu’on a un Jojo, un frère en chaise roulante emmuré dans son silence qui ne voit pas ce qui se passe au dehors, on a deux solutions: lui raconter la réalité extérieure telle qu’elle est
parfois, triste à mourir, ou alors la lui faire voir autrement. Lorsqu’on est une âme rêveuse, on opte pour la deuxième. On rejoue sa journée, on rejoue sa vie, comme on en a envie. On le fait pour lui et surtout pour soi-même.

Texte: Katia Meylan

Photo: Lionel Aebischer

La création théâtrale et musicale Jojo est partie d’une “somme d’envies”, nous racontent les membres de la toute jeune Compagnie de L’Impolie, fondée pour l’occasion. L’envie de la fratrie Vernerey, Juliette, comédienne, et Jonas, tromboniste, de travailler ensemble. L’envie de l’auteur-compositeur Lionel Aebischer, l’un des trois Petits Chanteurs à la Gueule de Bois, de “s’affranchir du côté clownesque” de ce groupe de chanteurs-musiciens et de se lancer le défi de l’écriture théâtrale et de la mise en scène. En résultent plusieurs rencontres: celle entre une complicité fraternelle et une plume extérieure, celle entre une comédienne et deux musiciens.

Les trois artistes, en résidence au Théâtre de l’ABC de la Chaux-de-Fonds, prennent le temps de discuter longuement des thèmes qui les touchent, d’imaginer une histoire dans laquelle transparaît leur complicité. Lionel écrit alors un texte sur mesure pour Juliette, “une fille aux multiples facettes”, affirme-t-il. “J’ai adoré me mettre dans
sa tête, même si ça reste fictionnel”. La comédienne, qui nous confie aimer découvrir des textes, “parle désormais la langue de Lionel” et nous la transmettra dans un monologue d’une heure trente.

Un monologue qui conversera tout de même… avec la musique composée par Jonas, également personnage à part entière de la pièce. Mais surprise: pas de trombone. “On ne voulait pas faire une démonstration de ce qu’on a appris à l’école. Et pour le côté purement pratique, le trombone couvrait trop ma voix…”, sourit Juliette. L’occasion de céder à leur malicieuse envie d’être là où on ne les attend pas!

Le trio se livre donc aux expérimentations entre mots et sons. Pour Juliette, il s’agit “de voir comment interpréter un texte comme une partition de musique, de façon organique, sans trop de psychologie”. Lionel se sait sensible à la musique de la langue, au rythme du texte. “J’écris comme un musicien: je n’ai pas le choix, car je ne sais pas faire autrement”. Musique et texte cohabitent; tantôt la première se fait filmique en arrière-plan quand le second prend le dessus, tantôt les deux s’amusent à sprinter, parfois encore la musique seule vient alléger la densité de l’instant.

Ce que racontent cette musique et ces mots, ce Jojo et cette Juliette, “secouera un peu”, prévient la comédienne. “Je trouve le texte de Lionel parfois impoli. J’aime bien brusquer le spectateur, lui donner des sensations, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. J’aime les pièces qui font miroir, qui me renvoient à ce que j’ai vécu et qui ne me donnent pas toutes les réponses”.

Jojo
Du 10 au 19 janvier 2020
Théâtre de l’ABC, La Chaux-de-Fonds

Les 23 et 24 janvier 2020
Théâtre du pommier, Neuchâtel

Le 7 février 2020
Théâtre du Pré-aux-Moines, Cossonay

Les 27 et 28 mars 2020
CPO, Lausanne
www.compagniedelimpolie.ch