La Cage aux folles 2018-01-12T08:41:48+00:00

La Cage aux folles

À la reprise des saisons culturelles, le public a eu écho des difficultés financières du Théâtre Barnabé, peu soutenu par les institutions publiques et financé en grande partie par des recettes qui s’amenuisaient. Heureusement, cette note résonnait en chœur avec une autre, créant un accord plus gai: la promesse d’une ouverture de saison folle.

Texte: Katia Meylan

Promesse tenue! Le théâtre Barnabé nous emmène cet hiver dans la célèbre « La Cage aux folles ». La pièce de théâtre de Jean Poiret, datant de 1973, a été adaptée cinq ans plus tard au cinéma, puis en comédie musicale à Broadway par Harvey Fierstein. Les noms, quelques détails changent d’une version à l’autre, mais l’essentiel reste le même. Albin, alias Zaza, est la star du cabaret que tient son compagnon Georges. Tous deux passé la cinquantaine, ils vivent entre la scène, le salon et les bons restaurants, au gré de leurs amours et petites contrariétés. Un beau jour, leur fils Laurent leur annonce qu’il va se marier avec Anne Dieulafoy, fille d’un député conservateur. Il demande par conséquent à ses deux pères de ne pas se montrer sous leur vrai jour. Cette rencontre prévue entre les deux belles familles sera le déclencheur de toute une série d’événements comiques.

« La Cage aux folles » est un projet qu’ont rêvé puis concrétisé Valérie Bovet et Nancy Juvet. Cela fait des années que les deux femmes, respectivement à la mise en scène et à la direction musicale, contribuent avec passion aux créations de Servion. Arrivées aux commandes du lieu l’année dernière, elles souhaitaient s’ouvrir à un nouveau public sans chasser les spectateurs fidèles qui aiment à venir voir dans ce théâtre populaire un grand show saupoudré de rire et de paillettes. Leur décision de remplacer la Revue de Servion par la comédie musicale de Broadway n’était donc pas une réaction d’urgence à la situation financière du théâtre, mais bien un désir de plus longue date. « Quand la difficulté est survenue, il ne fallait pas abandonner « La Cage aux folles » mais trouver un moyen de la faire quand même! », affirme Nancy. La pièce de Jean Poiret dégage une extravagance qui trouve bien sa place au théâtre Barnabé, et son côté provocateur plait particulièrement à la jeune femme. Nancy Juvet a été meneuse de la Revue de Barnabé pendant 6 ans, couplant cette casquette à celle de directrice musicale. Devant ce nouveau challenge, elle descend de scène, pleinement concentrée sur son rôle de directrice.

Pour monter cette comédie musicale, la méthode de travail de l’équipe artistique, rôdée à la Revue, s’est trouvée quelque peu modifiée. Les partitions de la comédie musicale de 1983 en main, Mikal Mardas s’est attelé aux chorégraphies, Nadir Graa aux arrangements qu’il enregistre avec des musiciens en studio. Quant à Nancy Juvet et Valérie Bovet, elles ont respecté l’œuvre de Fierstein en s’octroyant la liberté de petits changements nécessaires: par exemple, la pièce est écrite pour 25 cagelles – comme sont appelées les danseuses – et elles ne sont que 7 sur la scène de Barnabé. Pour les dialogues et les scènes musicales, les directrices optent pour un savant mélange entre les versions américaines et françaises, restant proche du texte de la pièce originale de Poiret. « L’humour américain diffère parfois de l’humour francophone », constate Nancy, et « le public serait déçu que l’on transforme la fameuse scène de la biscotte à la manière des Américains qui en ont fait une chanson! ».

L’équipe artistique apporte aussi sa patte moderne çà et là, même si l’on ne se défait pas de la double dose de kitsch qui fait le charme de cette comédie, amenée d’une part par l’esthétique des années ’70-’80 et d’autre part par l’univers camp dans lequel les personnages évoluent. Ceux qui ont déjà vu la pièce savent ce qu’elle comporte d’humour et de provocation. Dans l’adaptation de Valérie Bovet, la « gouvernante », qui se balade à plume et dont le rêve le plus cher serait de participer au show, ne répond que s’il se fait appeler Rihanna. Notons aussi une scène de danse stroboscopique sur un beat électro, à faire tourner la tête à M. Dieulafoy alors qu’il découvre la vérité sur sa future belle-famille.

Comme pour certains tableaux que l’on retrouvait chaque année dans la Revue, les comédien-nes affichent corsets, bas résille et talons… mais le travail de la costumière Caroline Zanetti ne s’en est pas trouvé simplifié pour autant! À part les boas et les perruques, pas question de réutiliser: elle commande des chaussures tailles 48 aux États-Unis, confectionne des robes à paillettes tant pour les filles que pour les gabarits de 1m80, couds, découds, recouds. Ce sont des journées de travail sans compter les heures, mais elle ne se départ pas de son enthousiasme. Et d’admettre avec un demi-sourire qu’elle a adoré travailler avec cette équipe, leur faire des corsets qui affinent la taille, « pour que les hommes dans le public soient troublés ». À la Cage aux folles, qui est femme, qui est homme? Parfois, maquillages et déhanchés nous jouent des tours.

Ces costumes éblouissants donnent le coup de pouce final aux cagelles, vrais showmen et showgirls, artistes complets de comédie musicale, un genre que l’on n’a pas l’habitude de voir dans le paysage culturel romand. Barnabé lui-même fait quelques apparitions amusantes, dont l’une où son personnage, le concierge, est attrapé au vol par Zaza et Georges pour une leçon de virilité improvisée.

« Nous sommes ce que nous sommes », version française du tube « I am what I am » rendu célèbre par Gloria Gaynor – interprété ici par Pascal Parisot, magnifique en Zaza – donne le ton. Et à partir de là, on se laisse volontiers accueillir à La Cage aux folles!

« La Cage aux folles », jusqu’au 24 février au Théâtre Barnabé.

Les détails des horaires ainsi que le programme de la soirée du Nouvel An sont sur le site du théâtre:
www.barnabe.ch