Le château de Meinier ench’hanté

Perdues dans la campagne genevoise, les ruines du château de Rouelbeau suscitent la curiosité des passant·e·s. Autrefois lieu d’intérêt stratégique dans les relations entre le Faucigny, la Maison de Savoie et Genève, il est délaissé pour finalement être détruit en 1536. Pourtant un hôte continue à veiller sur ce vestige d’architecture militaire médiévale. Selon la légende, une Dame Blanche apparaîtrait les nuits de pleine lune ou de Noël pour faire revivre ses habitant·e·s et protéger son trésor des visiteur·euse·s trop cupides…

Texte: Eugénie Rousak

Mais qui est donc ce mystérieux personnage? Elle serait la première épouse d’Humbert de Chollay, qui a construit ce château en 1318. Ne lui donnant pas de descendance, elle aurait été répudiée, une procédure acceptée par l’Église à l’époque. Après sa mort, elle serait revenue pour hanter ce lieu chargé de souvenirs, où elle a d’abord connu le bonheur, puis le chagrin. Depuis, des bruits étranges proviennent des ruines de la bâtie Rouelbeau. Serait-ce les sanglots de la malheureuse ou les derniers soupirs des visiteur·euse·s trop curieux·euses, enfermé·e·s à tout jamais? Vous le saurez au mois de septembre, quand cette légende prendra vie grâce à cinq représentations fantasmagoriques…

Du 17 au 21 septembre les ruines du château deviendront le théâtre exceptionnel de celle qu’elles connaissent si bien. Organisée par L’Orchestre de Chambre de Genève (L’OCG), en collaboration avec École&Culture (Département de l’Instruction publique, de la Formation et de la Jeunesse – DIP), une série de spectacles musicaux « Qui a peur de la Dame Blanche » se déroulera sur ce lieu isolé, récemment restauré.

L’OCG ©VOLPE.PHOTOgraphy

Prémices du projet

L’idée du spectacle est née il y a déjà quelques années, pendant une discussion entre Andrew Ferguson, secrétaire général de L’OCG, Philippe Genevay, conseiller culturel École&Culture, le musicien et compositeur Christophe Sturzenegger et le chef d’orchestre Arsène Liechti. « Nous étions quatre genevois autour d’une table avec l’envie de créer un projet en lien avec la Cité de Calvin. Après avoir parlé de l’horloge fleurie et du Jet d’eau, je me suis rappelé du livre de contes de mon enfance. Parmi les différentes légendes, il y avait celle de la Dame Blanche de Rouelbeau. Notre choix s’est donc directement porté sur ce mystérieux personnage » se rappelle Andrew Ferguson. L’objectif initial était de mettre en place une création à la fois artistique et pédagogique, en intégrant les élèves des écoles du secondaire I et II. Ainsi, le projet a directement eu une dimension participative, devenant une occasion unique pour les jeunes musicien·ne·s et choristes de travailler avec des professionnel·le·s.

Écriture, composition et vidéo-mapping

Le développent du projet s’est axé sur trois dimensions: l’écriture des textes, la composition pour un orchestre à géométrie variable et l’accompagnement en vidéo-mapping. La légende de la Dame Blanche étant écrite d’une façon assez neutre, un travail de retranscription était nécessaire pour apporter plus de caractère et faire vivre les personnages. Le romancier genevois Guillaume Rihs a donc préparé le livret, rédigé les répliques des trois comédien·ne·s et imaginé les chansons. Christophe Sturzenegger, qui avait dans la même veine déjà composé la « Reine des Neiges » et « Les aventures du Baron de Münchhausen » s’est chargé de la musique. Le public pourra l’entendre de trois façons: accompagnement des chansons, intermède musical et habillage en underscore du jeu des comédien·ne·s ou des commentaires du récitant. « Nous avons vraiment travaillé en parallèle avec Guillaume Rihs. Il me montrait ses idées, je lui faisais écouter des passages. Nous avons donc avancé ensemble dans cette oeuvre dramaticomusicale, s’imaginant dans l’ambiance du château sous la pleine lune » explique Christophe Sturzenegger. Dans la mesure où la pièce allait être jouée avec des ensembles d’élèves différents, la seule contrainte pour la composition était d’intégrer des voix flexibles, permettant de distribuer les parties selon l’instrumentalisation disponible. Ainsi, seules les partitions pour les vents de L’OCG (flûte, hautbois, clarinette, basson, cor et trompette) sont fixes, les autres peuvent s’adapter à la géométrie des différents ensembles orchestraux du secondaire. Finalement, une véritable mise en scène avec des projections de grandes images sur différentes surfaces a été préparée par le vidéaste et réalisateur Robert Nortik.

Christophe Sturzenegger ©Blaise Glauser

Les élèves au château

Écrit il y a deux ans, le spectacle « Qui a peur de la Dame Blanche » a déjà été présenté au Cycle de Cayla en 2018 et cette année au Cycle de Bois-Caran. « Notre ambition aujourd’hui est de dévoiler cette production au public dans le berceau de sa légende.

Ainsi, plongé dans la noirceur de la nuit, le public découvrira le château de Rouelbeau sous un nouveau projecteur. Au coup de baguette du chef Arsène Liechti, des milliers de tonalités résonneront dans le village de Meinier. À l’occasion de cette session de septembre, les vents de L’OCG seront rejoints par une quarantaine de musicien·ne·s de l’orchestre du Cycle d’orientation, L’OCO-Motion. Les envoutantes voies du coeur du CO Drize survoleront la scène, dominée par trois comédien·ne·s. Dans la première partie, le récitant Laurent Sandoz donnera le contexte de Genève à l’époque, avant de se concentrer sur la vie de la Dame Blanche, interprétée par Sacha Cotting. Un saut temporel mènera le public à une seconde partie avec l’aventure d’un jeune garçon, Jean Bahut, joué par l’artiste Thibaud Pedraja, qui rencontrera l’esprit de la Dame Blanche.

« Labélisé genevois, ce projet réunit les forces vives de la Cité de Calvin pour revenir sur l’histoire de notre région et mettre en avant le terreau local. Ce concert en plein air est également l’occasion de mieux connaitre notre patrimoine en découvrant cet important site médiéval, classé monument historique en 1921 » conclut Christophe Sturzenegger.

Cela dit, « n’allez jamais de nuit dans les ruines du château de Rouelbeau, vous risqueriez de n’en jamais revenir… ».

« Qui a peur de la Dame Blanche »

Du mardi 17 au samedi 21 septembre à 21h

Château de Rouelbeau, Meinier http://www.locg.ch