Le pouvoir de l’amour ou l’amour du pouvoir? 2018-03-26T11:06:12+00:00

Le pouvoir de l’amour ou l’amour du pouvoir?

Créé en 1791, à peine quelques mois avant la mort de son illustre compositeur, « La Clemenza di Tito, opera seria » en deux actes, est à découvrir du 18 au 28 mars 2018 à l’Opéra de Lausanne. Sous la direction de Diego Fasolis, dans une mise en scène de Fabio Ceresa, ce chef-d’oeuvre de Mozart, longtemps boudé par les musicologues, saura vous émouvoir en vous emportant dans la tourmente des amours contrariées de ses protagonistes, déchirés entre le devoir et la passion.

Texte: Kelly Lambiel

Photo: Alan Humerose

Expressément commandée pour ouvrir les festivités du couronnement du roi de Bohême Léopold II et composée sur mesure, dans un intervalle de temps très court, par un Mozart malade et affaibli, « La Clémence de Titus » ne reçoit pas d’emblée les hommages qu’elle mérite, effacée par la très célèbre « Flûte enchantée » ou le « Requiem » – les dernières créations du génie.
C’est un livret du poète Métastase que le compositeur doit sublimer, mandaté par Domenico Guardasoni, directeur de l’Opéra de Prague dans lequel auront lieu les festivités. En cette période d’instabilité politique, la Révolution française fait trembler les monarques d’Europe. Afin de célébrer la montée sur le trône du nouveau souverain et de magnifier l’image de la monarchie éclairée, l’histoire de Titus, parangon de l’empereur vertueux, semble convenir à la perfection.

Amoureuse de Titus, Vitellia ne peut supporter que ce dernier désire épouser Bérénice. Sans savoir que l’empereur a finalement renoncé aux autres femmes pour s’unir avec elle, elle pousse Sesto, son prétendant et ami de Titus, à tenter un assassinat contre la couronne. Trahi par son meilleur ami, déchiré entre son amour pour lui et la nécessité de faire de cet acte de trahison un exemple, Titus le condamne à mort avant de revenir sur sa parole. Bouleversée par le courage de Sesto, Vitellia sacrifie son avenir et se confesse à l’Empereur qui, dans un dernier acte de clémence, gracie tous les comploteurs.

Force est de constater que, malgré les critiques de l’époque, « La Clemenza di Tito » est sans doute aucun un véritable chef-d’oeuvre mozartien, magnifiquement porté dans cette nouvelle création de l’Opéra de Lausanne, par une distribution de haut vol avec des talents comme Paolo Fanale, Salome Jicia ou Estelle Poscio et un chef de renom, Diego Fasolis.

Fabio Ceresa.

Certains de ses airs, comme le célèbre « Parto, parto… » de Sesto, interprété par le contre-ténor Yuriy Mynenko, possèdent la puissance tragique, violente, des pièces classiques de Racine ou Corneille. Comment ne pas être bouleversé par les plaintes de ces êtres terrassés par leurs contradictions? D’autres, tels que le « Non più di fiori » entonné par Vitellia, sont emprunts d’une mélancolie et d’une tristesse déchirantes auxquelles on ne saurait rester insensible. Quant à la mise en scène, elle a été confiée à l’impressionnant Fabio Ceresa qui, après avoir été élu meilleur jeune metteur en scène à l’international Opera Award, fait ses débuts à l’Opéra de Lausanne. Ses tableaux impressionnent, donnant à voir statues monumentales, bassin d’eau où les personnages se délassent ou se déchirent, et une Rome miniature du plus bel effet.

 

« La Clemenza di Tito », Les 18, 21, 23, 25 et 28 mars à l’Opéra de Lausanne.

 

www.opera-lausanne.ch