Le Rosey Concert Hall n’a pas fini de vous étonner

Après le succès de sa dernière programmation, le Rosey Concert Hall propose dès la rentrée divers spectacles riches en émotions provenant des répertoires de la musique, du théâtre ou du ballet. D’un spectacle musical humoristique à une révolte littéraire historique en passant par l’histoire d’une femme dont le charme n’est plus à prouver, les spectateur·trice·s auront l’occasion de découvrir des univers classiques et populaires.

Texte: Sumiko Chablaix

“Igudesman & Joo; And Now Mozart”. Photo Julia Wesely

“Igudesman & Joo; And Now Mozart”, un spectacle où Mozart n’a paradoxalement pas sa place
Musiciens de classique, Aleksey Igudesman, violoniste, et Hyung-Ki Joo, pianiste, sont des artistes qui ont remporté un succès mondial grâce à leur spectacle unique en son genre. Se plaisant à bouleverser les codes, ils allient la musique classique, l’humour et le théâtre pour créer un univers qui leur est propre. Leur rêve commun? Rendre la musique classique accessible à une audience plus large et plus jeune. Et selon eux, elle en aurait bien besoin: “On avait la sensation quand on était jeune et qu’on allait dans des salles de concert, d’assister à des funérailles”, explique Hyung-Ki Joo.

Leur spectacle “Igudesman & Joo; And Now Mozart” est une promesse excentrique aux amateur·trice·s de musique classique – ou non –, un moment de partage et de rire. Le 10 septembre, il ouvre la saison orchestrée par Marie-Noëlle Gudin et son équipe au Rosey Concert Hall.

“Mind Blow Gala”, une performance expérimentale alliant arts et sciences
Retour au calme et à l’introspection le 27 septembre. En collaboration avec l’Université Hébraïque de Jérusalem, le Rosey Concert Hall organise un événement philanthropique permettant de financer des bourses pour des élèves de l’université excellant dans différents domaines et promis à un bel avenir.

Dans ce cadre, il accueillera sur sa scène la performance “Mind Blow”. Recette jamais imaginée jusque-là, avec des ingrédients bien particuliers; un brin de folie du concepteur Raphaël Castoriano, une pincée des goûts et couleurs de l’artiste plasticien Tony Oursler, l’intervention de Lior Suchard, considéré comme le meilleur mentaliste au monde, et la supervision du Dr. Idan Segev, professeur en neurosciences. Pour savoir ce qu’il résultera de ce mystérieux mélange, il suffira de se rendre au Rosey le n° 27 septembre.

“Carmen”, une première: un opéra au Rosey Concert Hall
Après s’être penché sur le fonctionnement du tissu neuronal, Rosey Concert Hall entre pour la première fois en collaboration avec le Grand Théâtre de Genève pour proposer une promenade au son d’un opéra. Il recevra ainsi sur sa scène l’Orchestre de la Suisse Romande et des solistes internationaux. Qui de mieux que Bizet pour cette inauguration? Basé sur le roman de Prospère Mérimée, “Carmen” est créé le 3 mars 1875 à Paris. Il raconte l’histoire d’une jeune bohémienne andalouse et cigarière, incarnée ici par la mezzo-soprano Héloïse Mas. Grande séductrice, le personnage n’en est pas moins une femme rebelle. Déclenchant une bagarre dans la manufacture de tabac où elle travaille, elle doit être menée en prison. Don José, le brigadier en charge de son transfert, tombe sous son charme et la laisse s’échapper. Par amour pour Carmen, il abandonne sa fiancée Micaëla et déserte pour rejoindre les contrebandiers. Vite lassée, Carmen se laisse séduire par le célèbre torero Escamillo… Une histoire riche d’intrigues qui, le 5 octobre, se déroulera au fil de la baguette de John Fiore.

“Les Misérables”: une révolte, une déchéance, et de l’espoir
“Tant qu’il existera […] une damnation sociale créant artificiellement des enfers […]; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus; […] tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles”, s’exprime Victor Hugo. Comment mieux décrire le monstre de la littérature qu’est “Les Misérables”? Véritable dénonciation, le roman incarne, à travers l’histoire de ses protagonistes, une déchéance – celle de Fantine – et un espoir – celui des deux amoureux, Cosette et Marius. S’étalant sur 10 volumes, publié en 1862, ce chef d’oeuvre fait aujourd’hui partie de la mémoire collective. Reprenant les grandes thèses du socialisme égalitaire des années 1830-40 et ses idéaux utopiques, il met en scène une lutte entre liberté et fatalité questionnant tantôt les notions de misère et d’injustice, tantôt de démocratie.

Pour restituer la multitude d’histoires racontées sur pas moins de 1800 pages en 1h30 de performance, l’on se doit de faire des choix. Un défi brillamment relevé par Manon Montel, de la Compagnie Chouchenko. S’étant attaquée à ce qu’elle qualifie de “Titan de la littérature”, la metteuse en scène lui donne une fraîcheur nouvelle. S’appuyant sur le personnage de Madame Thénardier – véritable noyaux des relations entre les personnages –, elle lui attribue le rôle de narratrice.
Mais pourquoi avoir choisi la mère de Gavroche comme angle de vue? “J’ai de l’attachement pour cet horrible personnage” s’exprime Manon Montel. “Hugo le précise, au début ce n’était pas une méchante femme. ‘Madame Thénardier était juste assez intelligente pour lire ces espèces de livres. Elle s’en nourrissait. Elle y noyait ce qu’elle avait de cervelle […] plus tard quand la Mégère se dégagea de la Pamela, la Thénardier ne fut plus qu’une grosse méchante femme ayant savouré des romans bêtes’. C’est la raison pour laquelle je me suis demandée ce qu’elle aurait pu devenir si elle avait rencontré une belle personne comme Monseigneur Bienvenu qui aurait pu la mettre sur le droit chemin et non son mari”.
Plus qu’une comédienne, l’actrice qui incarne Madame Thénardier est aussi accordéoniste. Sa gouaille populaire entraîne le public dans un univers parisien vibrant de chants et d’expressions corporelles, clin d’oeil de la metteuse en scène à Charlie Chaplin. Au cœur de la conception? Un paradoxe hugolien: alternance entre le bas et le haut, entre histoires intimes et histoires révolutionnaires, entre parcours individuel et celui d’une nation. Un classique émouvant et bouleversant qui, après une tournée française et un succès à Avignon, se rejouera le 16 octobre 2018 au Rosey Concert Hall.

Les deux premiers mois de la saison démarrent sur les chapeaux de roues, avec, si l’on récapitule, un show musical déjanté, une performance culinaire et mystique, un classique de l’opéra et un classique de la littérature.

Découvrez le programme de l’année complète sur le site du Rosey Concert Hall:
www.roseyconcerthall.ch

2018-09-10T18:34:01+00:00