Voyage au pays de l’inconscient

Du 29 janvier au 16 février, le Petit Théâtre de Lausanne accueille L’Enfant et le Monstre, une création de la Compagnie Extrapol. Conçu par Camille Rebetez et mis en scène par Guillaumarc Froidevaux, le spectacle a été créé à Delémont puis présenté à l’Échandole d’Yverdon et au Théâtre Am Stram Gram de Genève, où il a conquis les cœurs – des jeunes comme des moins jeunes. On lui prédit un succès similaire à Lausanne.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

La pièce a un petit air de Monstres et Cie, le fameux classique des studios Pixar, dans lequel une fillette tisse une improbable relation d’amitié avec le monstre chargé de la terroriser toutes les nuits. L’onirisme en plus, tempérera-t-on néanmoins: car L’Enfant et le Monstre prend le parti de nous égarer de bout en bout, comme la petite protagoniste, dans l’univers du rêve. On suit donc l’Enfant dans neuf rêves successifs, pendant lesquels le théâtre s’anime; lorsqu’elle s’éveille, l’histoire s’arrête, pour reprendre la nuit suivante et nous emmener dans une nouvelle direction, car aucun rêve n’est identique à un autre. C’est ainsi que les créateurs prennent le parti de « montrer le rêve et faire somnoler la réalité ».

Au cours de ses pérégrinations nocturnes, l’Enfant est amenée à interagir avec le Monstre de ses cauchemars, figure élusive et traîtresse qui multiplie les métamorphoses pour mieux épouvanter la fillette (et l’assemblée avec elle). Cruel, voire un brin sadique, le Monstre sait aussi pourtant se montrer curieusement attachant, notamment lorsqu’il refuse de se soumettre à la logique du rendement que prône sa hiérarchie, allégorie cocasse du monde du travail, qui souhaite le voir générer des songes de manière plus efficace, au détriment du sens. Par-dessus tout, ses manigances ont un but: permettre à la fillette de développer son imaginaire et d’explorer ses peurs profondes pour les confronter et, tout doucement, les apprivoiser.

Face à Laura Den Hondt, qui campe une Enfant toute en délicatesse et vulnérabilité, Vincent Babel prête ses traits (souvent dissimulés) au Monstre fantasmagorique. Le comédien est aidé en cela par l’artiste plasticien Augustin Rebetez, pleinement conscient du défi de séduire par le plaisir du frisson: « Il s’agit d’abord de rendre les monstres assimilables par un public qui aime certes jouer à avoir peur, mais qu’il vaudrait mieux éviter de traumatiser ». La scénographie, signée Neda Loncarevic, exploite les subtilités de la lumière, en offrant à la vue des effets de clair-obscur ou d’ombres chinoises, qui laissent des pans entiers de la scène dans le noir, comme autant de recoins inexplorés de la psyché enfantine.

C’est donc un moment de merveilleux et d’épouvante que nous promet cette fable à la saveur freudienne. Un conte d’apprentissage qui parlera sans aucun doute aux enfants, en leur soufflant qu’il est nécessaire de dépasser ses peurs imaginaires pour pouvoir évoluer sereinement dans le monde du dehors, bien réel celui-là.

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L’Enfant et le Monstre
Dès 7 ans
Du 29 janvier au 16 février 2020
Le Petit Théâtre de Lausanne
www.lepetittheatre.ch