L’envoûtement à « Contre-temps » de Flavien Berger

Artiste français, Flavien Berger s’est fait connaître avec un premier album, « Lévithan », sorti en 2015. Cet opus s’est révélé comme une exploration sonore aux mélodies psychédéliques et électroniques, inspiré notamment de la musique et de l’esthétique du groupe allemand Kraftwerk. Cultivant un style quelque peu vertigineux, Flavien Berger a choisi de ne pas être trop précis dans ses paroles et dans les histoires qu’il racontait, fuyant une certaine trivialité. De ce fait, l’artiste a frôlé parfois l’absurde et s’est plu dans une sorte de flou, dans l’évocation des choses, plus poétique que leur narration.

Texte: Mathilde Morel

Trois ans plus tard, Flavien Berger réapparait sur le devant de la scène avec un nouvel opus intitulé « Contre-temps », sorti l’automne dernier. Au fil des morceaux, il propose un voyage mouvementé, entraînant son public avec véhémence dans une exploration mystique et hors du temps, entre monde onirique et réalité. L’artiste a l’ambition de voguer au gré des rencontres et des découvertes, au gré des sons et des rythmes, créant une réelle odyssée musicale L’auditeur·trice entre dans une transe virtuelle aux rythmes électroniques et pop et s’adonne aux chemins sinueux de son univers. Comme une des références principales de son album, Flavien Berger cite le film « Je t’aime, je t’aime » d’Alain Resnais (1968), dont le héros va jouer le cobaye pour une expérience de voyage dans le temps.

Dans son univers empreint de science-fiction, la notion de temporalité est très présente. Le temps comme un ennemi qui sépare ou au contraire, une bouffée salvatrice pleine de promesses futures. La voix de Flavien Berger, à la fois douce et aérienne, célèbre le moment présent.

« Tu sécheras tes larmes dans l’air climatisé… »

Usant d’un « je » plus ou moins autobiographique, Flavien Berger semble s’impliquer et se dévoiler davantage dans ses derniers morceaux. De manière générale, dans « Lévithan », l’artiste livrait des images abstraites et fantasmagoriques. Dans son nouvel album, Berger a la volonté d’exprimer davantage de précision, au plus proche de ses ressentis et de ses interrogations. Il propose des variations de tonalités, exposant des bribes de confessions, de fantasmes, et de souffrances. L’artiste écrit ses attentes, ses déceptions, il parle de séparations et de souvenirs. Son ton est à la fois tragique et poétique et c’est ce mélange qui fait la virtuosité de l’artiste. Dans tous les morceaux de « Contre-temps », Flavien Berger évoque les relations humaines et parle de sentiments.

Aux émotions, Flavien Berger mêle une technologie pointue. L’artiste compose des sons électroniques sophistiqués, qu’il entrecoupe de bruits tirés du quotidien, allant de sonneries de portable à de multiples cliquetis, en passant par des bribes lointaines de conversations, sous forme d’onomatopées. Pour l’élaboration de ce deuxième album, Flavien Berger a changé de logiciel, passant de GarageBand, outil de ses débuts, à Logic. Il ne change pas pour autant sa méthode de travail, réalisant ce disque chez lui, « simplement ». Pour l’artiste, la production représente une partie aussi importante que l’écriture et que la composition dans la réalisation.

Les résultats qu’il propose détonnent et les mélodies qu’il crée sont entraînantes. Flavien Berger compose son monde aux inspirations multiples tout en s’affranchissant de classification unique.

Entre deux concerts à l’Olympia, il sera aux Docks à Lausanne le 25 janvier 2019 à 20h30.

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