Les 130 ans de Chaplin en musique

Père du cinéma hollywoodien, Charlie Chaplin a révolutionné le septième art. Producteur, réalisateur, scénariste, acteur et compositeur, il a joué dans plus de 80 films. Mais c’est son personnage culte, Charlot, qui l’a définitivement associé dans nos esprits au vagabond maladroit avec sa canne et son chapeau. Cette année marque le 130e anniversaire de ce Britannique de naissance et Suisse d’adoption. Tout au long de l’année 2019, Chaplin’s World a proposé des événements thématiques et le 17 novembre, les spectateur·rice·s sont invité·e·s à la dernière manifestation officielle: le ciné-concert Le Kid, organisé conjointement par le musée et la Saison culturelle de Montreux. Alors que le film sera projeté sur un écran, la musique écrite par Charlie Chaplin sera interprétée par L’Orchestre de Chambre de Genève sous la direction de Philippe Béran. 

Texte: Eugénie Rousak 

Mythique personnage du 20e siècle, Charlie Chaplin connaît une enfance chamboulée dans les rues londoniennes. Cette vie vagabonde difficile forge le caractère humaniste de l’artiste, qui puise son inspiration dans ces scènes du quotidien. Il use ainsi du langage filmographique pour dénoncer les conditions des travailleur·euse·s, illustrer la vie des immigrant·e·s, présenter le quotidien des petites gens et fustiger les régimes politiques montants. Cette approche lui vaut une notoriété grandissante et un succès à l’international. Mais l’artiste rêve d’autre chose et quitte Hollywood pour le paisible sol helvétique en 1952. Il s’installe alors avec sa famille dans le Manoir de Ban, surplombant le lac et les montagnes. Là, il peut mener une vie de famille et se concentrer sur la composition des musiques de ses films, explique Annick Barbezat-Perrin, directrice communication de Chaplin’s World. Depuis, cette demeure et son parc sont devenus l’épicentre du seul musée au monde entièrement dédié à Charlie Chaplin. « Le projet initial prévoyait uniquement l’ouverture de la maison au public, mais les deux initiateurs, l’architecte Philippe Meylan et le muséographe Yves Durand, se sont rendu compte que l’espace n’était pas suffisant pour expliquer l’amplitude de l’oeuvre de Chaplin. Ils se sont donc lancés dans la construction d’un studio hollywoodien pour proposer aux visiteur·euse·s une expérience corporelle et interactive dans la peau de Charlot » complète-t-elle. 

Chaplin’s World™ © Bubbles Incorporated. Photo C. Recourat

Le Kid 

L’année 1919 marque l’indépendance de l’artiste des studios et la création de United Artists avec trois autres producteurs. La sortie du film Le Kid en 1921 met un point final à son contrat avec First National Pictures et ouvre une longue période de longs métrages. Ce film a également une signification forte pour Charlie Chaplin qui traverse une période personnelle traumatisante au même moment. Alors qu’il débute le casting pour trouver le fils adoptif de Charlot, il fait le deuil de son propre enfant. Fruit du hasard, il tombe sur Jackie Coogan, jeune prodige qui imite à la perfection ses nombreuses expressions. « Le jeu d’acteur entre Charlie Chaplin et Jackie Coogan est particulièrement intéressant. Ils ont une complicité extraordinaire et une proximité frappante. C’est certainement l’un des plus beaux rôles d’enfants » précise Philippe Béran, chef d’orchestre du projet. Dans l’histoire, les deux acteurs forment un véritable duo tragi-comique. Abandonné par sa mère, l’enfant âgé alors de 5-6 ans est adopté par Charlot. De cette rencontre nait un plan maléfique: le petit garçon casse les vitres, alors que le vagabondvitrier les répare aussitôt contre une rémunération. Cette collaboration continue jusqu’à ce que les travailleurs sociaux décident de placer l’enfant dans un orphelinat et Charlot entame une véritable lutte pour garder son fils. Une histoire de séparation qui rappelle l’enfance de Charlie Chaplin. 

Scène du film “The Kid” © Roy Export SAS

Ciné-concert 

Même s’il est muet et en noir et blanc, Le Kid a un fort impact émotionnel sur le public, qui passe du rire aux larmes, et inversement. Les dix dernières années, plus de 1’100 ciné-concerts ont déjà été mis en place dans le monde, dont quelques-uns en Suisse. Ce format s’adapte parfaitement aux oeuvres de Chaplin, puisqu’en absence de répliques, l’ouïe est entièrement consacrée à la musique. C’est d’autant plus intéressant que c’est le réalisateur lui-même qui a composé l’accompagnement acoustique de ce long métrage. Il badine donc avec les spectateur·rice·s, titillant leurs différents sens. « En initiant ce projet, nous voulions donner une dimension pluridisciplinaire et permettre aux enfants de découvrir la musique et le cinéma d’une façon inédite. Tout naturellement, nous nous sommes tournés vers L’OCG qui a l’habitude de sortir du répertoire classique et avec qui nous avons déjà collaboré sur des projets artistiquement décalés, comme un concert avec les musiciens d’ABBA ou une animation de sable autour du Petit Prince » explique Pierre Smets, administrateur de la Fondation de la Saison culturelle de Montreux. Finalement, Philippe Béran a été nommé le gardien de la cohésion entre l’image et les interventions musicales, rôle qu’il maitrise à la perfection. « Dans ce type de production, le format du ciné-concert permet de donner plus d’ampleur à l’image grâce à la musique, celle-ci apporte une puissance nouvelle au film » précise ce dernier. Après une brève introduction de l’oeuvre, il colorera les images muettes de ses coups de baguette. « La Suisse a été la terre d’accueil de l’un des fondateurs d’Hollywood. Ce 130e anniversaire est une occasion supplémentaire pour transmettre son oeuvre aux nouvelles générations et remarquer une fois de plus la modernité folle de ses films, qui nous font toujours réagir » conclut Pierre Smets. 

Le Kid 

Dimanche 17 novembre à 17h 

Auditorium Stravinski, Montreux 

www.lasaison.ch

www.chaplinsworld.com