Marc Voltenauer: le Nordique suisse

Sorti le 14 mars 2019, “L’Aigle de sang”, troisième opus tant attendu de Marc Voltenauer, emmène le lectorat francophone sur l’île de Gotland, en Suède, une terre chère à l’auteur qui en revient tout juste pour le lancement du livre. Entretien à la librairie Le Crime Parfait, à Bex.

Texte: Sandrine Spycher

Photo: Sandrine Spycher

Lorsqu’on rencontre Marc Voltenauer pour la première fois, on tombe d’emblée sous le charme de son sourire et de ses yeux d’un bleu impressionnant. Chaleureux et disponible, il approche la rédactrice de ces lignes sans artifice aucun, pour un rendez-vous autour d’un café crème – l’opercule de la crème lui servira d’ailleurs à s’occuper les mains pendant la discussion. Sa biographie se résume en un élément central: “Je suis un mélange de cultures”. En effet, ce natif de Genève est suédois par sa mère, allemand par son père, et suisse par son enfance à Versoix. De langue maternelle suédoise, il garde un attachement affectif avec l’île de Gotland où se passe “L’Aigle de sang”.

Les lieux sont d’ailleurs sa plus grande source d’inspiration. L’idée pour son premier polar, “Le Dragon du Muveran”, naît de sa rencontre avec Gryon, un village dans les Alpes vaudoises. “On y a vécu quelques mois avec mon compagnon Benjamin”, se souvient l’auteur. “C’est un cadre magnifique pour écrire un polar, il y a vraiment tout ce qu’il faut: plein d’endroits sympas pour cacher des cadavres, une atmosphère villageoise un peu à huit clos, les montagnes, l’environnement”. Après deux romans se déroulant à Gryon, il concrétise son envie d’en écrire un qui se passe à Gotland, une île qu’il a souvent visitée pendant ses vacances scolaires et où il s’établit pendant dix mois pour rédiger “L’Aigle de sang”. “C’était super intéressant d’écrire ce livre en étant sur place parce que ça m’a permis, de par les recherches que j’ai faites, de découvrir l’île sous d’autres aspects que je connaissais moins. Vivre aussi longtemps là-bas m’a aidé à m’imprégner des lieux avec ce but d’écrire un polar”.

Marc Voltenauer se plaît à faire découvrir les endroits qu’il aime à son lectorat. Mais il ne s’agit pas seulement du cadre de l’intrigue, le territoire est un véritable acteur du roman. “Les lieux sont des personnages à part entière qu’on découvre au travers des aspects géographiques mais aussi des gens, de la culture, de l’histoire, de la gastronomie”. Or, un défi survient dans l’écriture d’un polar sur sol suédois: “J’écris un livre qui se passe en Suède, mais principalement pour des francophones. Donc je me demandais comment réussir à retranscrire ce qu’est cette île de Gotland en français”. N’ayez crainte, le roman est bel et bien écrit en français et on se plonge dans les paysages de l’île sans aucune difficulté grâce aux descriptions dont l’auteur a le secret. Vous apprendrez peut-être même un mot ou deux de suédois!

Dans les romans de Marc Voltenauer, les personnages sont complexes et mènent des vies aux détails abondants qui en font réellement des gens que l’on côtoie le temps de la lecture. D’inspirations multiples, les protagonistes sont le fruit d’une réflexion qui ne laisse rien au hasard. “Au départ, j’avais le lieu et l’intrigue, et puis il a fallu y mettre des personnages. Le modèle que j’avais dans mes lectures était ce style de flic un peu alcolo et taciturne, qui a des problèmes à avoir une vie sentimentale stable. J’ai voulu prendre le contre-pied: quelqu’un qui est heureux, qui vit une vie de couple tout ce qu’il y a de plus banal. Je me rends compte que je passe maintenant beaucoup plus de temps qu’avant à travailler sur les personnages, à leur faire une biographie, réfléchir à qui ils sont, quelle est leur histoire, leur psychologie, comme pour leur donner une certaine consistance, une certaine existence, avant de les intégrer dans le récit”.

Son processus d’écriture a donc bien évolué depuis la rédaction du premier tome, paru en 2015. Le départ peut même être surprenant; Marc Voltenauer confesse: “Je n’ai jamais eu envie d’écrire parce que j’avais plutôt de la peine avec le français à l’école”. Plus que l’écriture en tant que telle, c’est le polar qui l’attire. Après les Colombo et autres Agatha Christie, il est fasciné surtout par le polar nordique. “Adolescent, je lisais en suédois les polars que ma mère me donnait, et j’en suis toujours un grand fan”. Ses propres romans empruntent à ce sous-genre de littérature noire le réalisme social, l’ambiance sombre et sanglante, ainsi que les protagonistes à la psyché tourmentée. L’inspiration se renforce pendant un voyage autour du monde lorsque Marc Voltenauer reprend la lecture de polars scandinaves. “Il y a un moment donné où plus je lisais, plus je commençais à me rendre compte des ficelles qu’il y avait derrière, comment ils étaient construits et comment les auteurs faisaient pour maintenir le suspense. Et là, une petite voix m’a dit que ça devait être sympa d’écrire des polars”. Arrivé à Gryon, le déclic se produit. “Je crois que ma plus grande surprise, c’était après  avoir rédigé quelques éléments du premier scénario, quand j’ai commencé à écrire, c’est venu tout seul. J’avais envie de raconter cette histoire et l’écriture était un moyen de le faire”.

L’auteur sait également s’entourer au mieux pendant l’écriture et la relecture de son travail, avant l’envoi à sa maison d’édition. Chaque personne a un avis basé sur des compétences précises. Certaines abordent l’aspect de la langue, d’autres le rythme ou la cohérence. “Au début, j’avais de la peine à couper dans mon texte, mais maintenant je leur dis “Soyez impitoyables” car les critiques sont la meilleure manière de progresser”. Marc Voltenauer est effectivement ouvert à la discussion et aux remarques sur ses romans. Alors s’il vous tarde de le rencontrer, notez les dates du 1er au 5 mai 2019, où vous pourrez lui serrer la main lors du salon du livre de Genève.

“L’Aigle de sang”, Slatkine & Cie, 2019

www.marcvoltenauer.com