Marie-Eve Musy Dégenre!

Elle entre en scène avec le plus grand sourire de l’histoire du one woman show et des foulées presque aussi grandes. « Bonjour! », lance-t-elle en riant avant de ressortir de l’autre côté. Pas une once de ce cynisme fier qu’arborent certaine·s humoristes. On ressent son plaisir de venir partager des textes qui sortent des tripes. Dans son premier seule en scène intitulé « Dégenre! », l’auteure-interprète Marie-Eve Musy a une énergie rayonnante, à l’aise devant son public, se sentant « plus en sécurité à marcher sur scène que dans la rue », confie-t-elle à l’heure où le harcèlement reste malheureusement d’actualité.

Texte: Katia Meylan

Photo: Patou Uhlmann

En voyant ses parents se partager les tâches, la « petite fille modèle » qu’était Marie-Eve considérait l’égalité des sexes comme une évidence… avant de faire un constat différent dans la « vraie vie ».

Dans « Dégenre! », la comédienne dénonce les stéréotypes de genre, les maladresses qui leur sont liées et les réelles démagogies; avec humour toujours, avec une passion teintée de bienveillance ou de colère selon ce que ses trente ans lui ont prouvé jusqu’ici.

Photo: Patou Uhlmann

Décomplexée, sa franchise est étonnante. Elle lui fait parfois dire ce que l’on entend souvent lorsque ces problèmes sont abordés, car l’importance du sujet prend parfois le dessus sur la recherche d’originalité. Elle singe les bruits qu’éructent certains primates au passage d’une femme, elle parle de l’impression d’être « un morceau de viande », de l’obligation de paraître la moins avenante possible. Les surprises contrebalancent toutefois ces coups de gueules nécessaires. Elle souligne, par exemple, l’absurdité des comportements que la société nous incite à avoir, à l’aide de citations tirées d’un ouvrage de « conseils pour filles ». Elle dénonce les modes vestimentaires genrées et expose leurs limites, anecdotes personnelles à l’appui qui nous font franchement marrer!

 

Une grande partie du spectacle est directement tirée de son vécu. On a l’impression d’être en compagnie d’une copine, celle qui nous fait rire en racontant ses galères et dont l’analyse est toujours fine. Son expérience de comédienne à Paris, ses dates ou ses rendez-vous professionnels ratés, ses histoires d’amour. « Ne raconte que ce que tu as digéré » lui conseillent ses metteurs en scène Jean-Luc Barbezat et Gaspard Boesch. Mais elle semble désobéir à la règle et généreusement nous livre tout, ou du moins nous le laisse entrevoir: les découvertes, les statistiques, le drôle, le dramatique.

Et pour éviter à ceux qui se trouvent dans le public de prendre cher, le danseur Vivien Hochstätter accepte de devenir tous les hommes le temps du spectacle. Évoluant au fil des pensées de la comédienne, il est tantôt homme idéal, tantôt le pire produit de ce que permettent les prérogatives masculines. La complicité est visible entre les deux artistes. Les moments chorégraphiés complètent la narration, ils ajoutent une dimension au geste de trop, au geste dicté, au geste complice. Ils sont parfois juste le geste de deux représentants des genres que la société oppose mais qui aspirent à coexister ensemble et au même niveau.

Marie-Eve Musy dégenre!

Du 25 au 27 septembre

Point Favre, Chêne-Bourg

https://www.facebook.com/marieevemusypageofficielle/