Maestro et élèves d’une même impulsion

Le 22 janvier, Maxim Vengerov et les Solistes de la Menuhin Academy accueilleront le public dans leur lieu de résidence à l’année, le Rosey Concert Hall. Une occasion de voir le maestro parmi ses étudiants, jouer d’un même souffle. Tenant le rôle de chef d’orchestre lors de ce grand concert de gala, Maxim Vengerov sera tour à tour soliste ou premier violon, dans des œuvres de Chostakovitch, Mendelssohn et Tchaïkovski choisies pour mettre en valeur l’émotion et la virtuosité des jeunes solistes.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Depuis sa création, la Menuhin Academy (IMMA) a pour vocation de rassembler des jeunes musicien∙ne∙s talentueux∙ses et de permettre à chacun∙e de pratiquer la musique de chambre tout en développant son potentiel de soliste. Elle s’y est attelée avec succès jusqu’à aujourd’hui. Toutefois, dans la course actuelle du monde, l’académie se doit de prendre un nouveau tournant, et c’est sous l’impulsion de Maxim Vengerov et de Charles Méla, son président depuis juin dernier, qu’elle l’abordera. Pour en savoir plus, nous avons rencontré M. Méla, qui commence par retracer l’histoire de la Menuhin Academy.

Avant de devenir orchestre en résidence du Rosey Concert Hall, la Menuhin Academy a tissé son histoire dans diverses régions de Suisse. Elle fut fondée en 1977 à Gstaad par le violoniste prodige Yehudi Menuhin et par Alberto Lysy, qui en fut le directeur artistique durant trente-et-un ans. Prenant rapidement de l’ampleur, l’académie fut invitée à s’installer à la Villa Nestlé à Blonay et y resta pendant 25 ans, avant d’être un temps pensionnaire du Château de Coppet. À la mort de Lysy, en 2009, une période de flou avait laissé l’académie sans personne à sa tête. En 2012, Maxim Vengerov accepte d’en devenir le directeur artistique. L’IMMA devient officiellement l’orchestre en résidence du Rosey Concert Hall en 2015, un an à peine après l’inauguration de cette salle prestigieuse dans la région du Léman.

Lord Menuhin, dans sa vision humaniste, avait imaginé une académie qui réunirait des jeunes talents venant de tous horizons, leur offrant les meilleures conditions pour travailler leur instrument, sans demander aucun frais de scolarité aux élèves afin de permettre une admission basée sur des qualités musicales intrinsèque. En reprenant la direction artistique, Maxim Vengerov perpétue cet héritage humaniste. Son don, ainsi qu’une vie entière consacrée à la musique, l’investissent d’une mission: celle de transmettre son savoir et de contribuer à une oeuvre de paix. En tant que professeur, il prend le temps de se rendre régulièrement au Rosey et d’y rester plusieurs jours pour donner des Masterclass. “Il a la passion d’enseigner, il fait ce que souvent les grands violonistes ne font pas: il livre ses secrets. Comment obtenir une qualité de vibrato particulière, comment se tenir… car il a à cœur de former un ensemble exceptionnel”, remarque Charles Mela. “La Menuhin Academy réalise la prouesse de réunir des traditions totalement différentes en un ensemble soudé, unique, avec une couleur musicale tout à fait particulière. C’est à la fois un modèle de solidarité et de tolérance réciproque”, s’émerveille le président, qui a l’occasion d’entendre les quinze étudiant∙e∙s à l’oeuvre lors des répétitions et aime à observer leurs progrès lors des Concerts du dimanche régulièrement donnés au Rosey, en entrée libre.

Ces quinze heureux∙ses élu∙e∙s sont trié∙e∙s sur le volet par Maxim Vengerov lors d’invitations dans les grands concerts ou les écoles prestigieuses à travers le monde. Il organise aussi des séances de recrutement, conseillé par Oleg Kaskiv, premier violon, formé à l’académie en 1996, et par Rostyslav Burko, assistant de direction et violoncelliste.

En arrivant sur ce point, Charles Méla se permet une petite digression historique – pour mieux revenir sur les valeurs de l’IMMA. Il nous fait remarquer que Kaskiv et Burko
 sont tous deux originaires de la ville de Lviv. Pour l’homme de lettres, ce n’est pas un hasard si plusieurs musiciens viennent de cette région dans laquelle ont pu se mêler tous les dialectes et peuples d’Europe; fondée au 13e siècle comme capitale de la Galicie, avant de devenir polonaise du 14e au 18e siècle, autrichienne jusqu’en 1918, polonaise à nouveau pendant vingt ans, elle se trouve aujourd’hui en Ukraine. “Ces origines sont concrètes, la passion que l’on a pour la Menuhin n’est pas simplement le fait d’avoir des virtuoses exceptionnels – ce qui n’est pas rien –, mais aussi le fait qu’elle soit composée de strates d’une histoire commune. Au point de départ, on a l’histoire de l’Europe, qui s’ouvre aujourd’hui à tous les continents, et c’est comme ça qu’on trouve réunis dans l’IMMA un Ukrainien, une Polonaise, un Espagnol, une Serbe, un Chinois, un Finlandais, des Japonais et une Canadienne.

C’est dans la lignée de cette formation d’excellence que Maxim Vengerov confie son projet à Charles Méla: les conditions de notre monde ont changé et de nos jours, on ne peut plus se contenter d’être virtuose. Il faut ajouter d’autres dimensions à son art: la composition, la direction d’orchestre pour acquérir la perception de l’ensemble, l’improvisation, l’ouverture au jazz… les langues, même, puisqu’une carrière de musicien se joue à l’international, ainsi que des notions plus concrètes d’économie et de droit pour savoir la gérer.

C’est une révolution pour l’IMMA, un nouveau planning d’étude et des liens avec des professeurs éminents dans différents domaines que conçoit Maxim Vengerov. Un défi auquel Charles Méla se trouve confronté en tant que président, et dont il mesure l’importance puisque ce Chevalier de l’ordre des Palmes académiques nous confie avoir lui-même été toute sa vie marqué par des enseignants.

Le concert de gala qui aura lieu le 22 janvier au Rosey Concert Hall à Rolle sera l’occasion pour le grand public de découvrir Maxim Vengerov, l’un des plus grands violonistes de notre époque, et qui sait, de susciter un coup de cœur chez des mécènes qui permettraient d’offrir à une telle excellence les moyens financiers de se développer. En plus des solos du maestro, le public découvrira les élèves en solistes dans des pièces de Tchaïkovski, notamment Chaofan Wang, qui vient de commencer sa première année à l’académie, ou encore Alice Lee, qui a dernièrement remporté le 2e prix de la compétition Fritz Kreisler à Vienne. “On ne devrait plus voir un siège libre, et même des gens assis par terre!” plaisante Charles Méla. Mais il ne subsiste aucun doute sur le fait que sa foi en ce matériau rare est réelle.

Maxim Vengerov et les Solistes de la Menuhin Academy
Le 22 janvier à 20h15
Le Rosey Concert Hall, Rolle

www.roseyconcerthall.ch