Miroir Miroir 2017-08-28T09:08:02+00:00

“Miroir Miroir”, ou la déconstruction de l’image au travers du reflet

Avec une nouvelle exposition sur le thème des miroirs, le mudac explore le concept de représentation de soi et la notion d’image. Plongez dans l’univers fascinant de cet objet du quotidien pourtant loin d’être anodin, jusqu’au 1er octobre.

Suite au constat troublant que notre époque place l’image au centre de nos préoccupations et que paradoxalement, leur profusion nous empêche d’en comprendre les enjeux ou de les déchiffrer, le mudac a décidé de présenter l’objet du miroir sous toutes ses formes, afin de redonner du sens à cette notion qui parfois nous échappe. L’équipe du musée présente le miroir à travers les époques et les cultures, en expliquant les mythes qui y sont associés ainsi que les enjeux et la symbolique en découlant. Divers artistes – designers, photographes, créateurs – explorent au travers de leurs travaux les concepts de reflet et d’identité.

L’exposition est organisée par thématique, chaque salle réunissant des oeuvres qui traitent d’une idée commune. Selon le commissaire d’exposition, Marco Costantini, chaque création raconte un aspect du miroir. Faisant parfois appel à des notions sociologiques, les artistes montrent, au moyen de sources très variées, comment l’autoportrait et la représentation de soi traversent des situations aussi légères que dramatiques.

Le but de l’exposition étant de s’interroger sur ce qui fabrique notre image, la visite commence tout naturellement par le mythe de Narcisse. La première salle plonge ainsi le visiteur dans le narcissisme, pour montrer comment l’on peut se perdre dans un reflet et s’y noyer. Métaphoriquement, en photographie argentique, c’est également par noyage du papier que l’on y fixe l’image.

Puis, en plongeant au coeur de la réflexion sur les nouvelles pratiques de la représentation de soi comme les selfies, la deuxième salle de l’exposition questionne la notion de propriété de l’image sur les réseaux sociaux. Le livre “Selfish” de la populaire Kim Kardashian y est présenté comme objet sociologique: dans son cas, on parle de “célébrité inversée”, puisque c’est d’abord son image qui l’a rendue célèbre, bouleversant le star system.

La suite de l’exposition propose une réflexion sur l’impossibilité de percevoir le soi, avec une salle qui présente des travaux liés au concept d’aveuglement. Parmi eux, on note le miroir en bois de Daniel Rozin, fait de 800 petits carrés qui, grâce aux informations retransmises par des capteurs, pivotent afin de nous représenter dans un jeu d’ombres. Les autres visiteurs, ayant plus de recul spatial par rapport à l’oeuvre, distinguent alors la personne qui se tient devant le miroir, alors qu’ellemême ne voit que des carrés plus ou moins inclinés. Dans une lutte contre la solitude narcissique, “Ghost” d’Olivier Sidet ne présente un reflet que lorsque deux personnes se tiennent devant.

La quatrième salle explore quant à elle l’idée du miroir parlant, faisant écho à l’incontournable miroir de la méchante marâtre de “Blanche Neige”. Cette partie de l’exposition présente aussi une réflexion profonde sur notre rapport à la vérité, avec l’oeuvre “Divine Illusion” de Mounir Fatmi, qui superpose sur son miroir des textes saints avec les fameuses taches de Rorschach utilisées lors de tests psychologiques.

La cinquième salle a pour thème “séduction et mélancolie”, et présente des travaux traitants de la vanité et du rapport au corps. Certaines oeuvres explorent aussi l’idée de mélancolie dans le quotidien et le rapport au temps: lorsque l’on s’aperçoit des dégradations causées par l’âge, le miroir devient alors un sablier qui titille notre vanité.

Dans un élan plus visuel, la salle suivante médite sur la perception, et montre comment l’objet peut être utilisé par les architectes pour créer l’illusion d’un espace agrandi. Dans un désir de voir au-delà du miroir plat, d’autres artistes ont créé des oeuvres en trois dimensions, comme le “Miroir froissé” de Mathias Kiss ou encore l’”Apophénie” de Daniela Droz. Ces oeuvres ne laissent pas notre image intacte: elles la fragmentent et l’inversent, ce dans le but de déstabiliser.

Le visiteur entre ensuite dans une salle dont l’atmosphère s’assombrit afin de leur découvrir l’univers captivant du miroir noir. Prétendu objet divinatoire et interdit par le pape Jean XXII en 1326, il sera réintroduit au 18e siècle et utilisé comme outil de peinture. Des artistes contemporains se sont réappropriés son aspect lugubre indéniable: “Black Mirror, Hydrus” de Mat Collishaw, par exemple, est une oeuvre qui superpose des techniques ancestrales de travail du verre de Murano avec un écran numérique. Ce mélange opère comme une mise en garde au téléspectateur face aux dangers de l’illusion des reflets.

Dans la huitième et dernière salle – “reflets numériques”– les curateurs de l’exposition ont choisi des créations qui symbolisent la disparition de l’humain suite au développement des nouvelles technologies. Avec le téléphone autosuffisant de Radamés Ajna et Thiago Hersan, le visiteur est questionné sur l’impulsion de l’image. Les écrans de tablettes deviennent alors à leur tour des miroirs noirs, où le consommateur est prisonnier de son reflet. Le miroir version 2.0 du collectif Random International est une toile blanche qui, tel un Polaroïd géant, photographie celui qui pose en face et imprime instantanément son image sur la surface.

Du narcissisme à la déshumanisation en passant par la vanité, cette exposition étonnante décortique notre image sous toutes ses coutures. À voir jusqu’au 1er octobre au mudac à Lausanne.

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Texte: Chloé Brechbühl