Olivia Gerig: réfléchir par l’écriture

©Julien Gregorio, Phovea

Du Club des Cinq à Camus en passant par Mary Higgins Clark, la Genevoise Olivia Gerig a des influences diverses qui la mènent à l’écriture. Elle nous parle de son dernier polar en date: “Le Mage Noir”, paru en 2018 aux Éditions L’Âge d’Homme.

Texte: Sandrine Spycher

C’est avec le sourire aux lèvres qu’Olivia Gerig nous attend, enthousiaste à l’idée de partager son parcours d’écrivain. À l’image de ses romans de cinq cents pages, la discussion commence pour durer, tant l’auteure se confie avec une honnêteté sans demi-mesure. Elle révèle d’emblée que la lecture l’a accompagnée depuis ses jeunes années d’enfant unique: “Mes parents n’avaient pas de télévision, donc je m’occupais avec des livres. Plus tard, je dévorais tous les livres qu’il y avait à l’école et à la bibliothèque”. De fil en aiguille, l’écriture s’impose comme un nouveau “moyen de m’évader. Je faisais beaucoup travailler mon imagination parce que je m’ennuyais énormément quand j’étais seule”.

Une manière de tromper la solitude qui se mue ensuite en réel projet de carrière puisqu’Olivia Gerig se voit journaliste. “Je savais depuis assez jeune que j’avais envie d’écrire dans un média, souligne-t-elle. Ça me permettait d’écrire et puis de parler d’histoire, de politique, et de géographie”. Ses intérêts la poussent à entreprendre un cursus en Hautes études internationales (HEI) qu’elle complète avec succès en obtenant un Master. Après cela, elle devient chargée de communication et s’occupe des relations presse dans un hôpital. “J’ai beaucoup appris, notamment des choses sur la médecine que je devais vulgariser pour le grand public. Mais je pense qu’il m’a toujours manqué un truc”.
Ce truc, c’était le polar. L’auteure avoue qu’elle ne voulait pas se lancer dans l’écriture d’un roman policier sans avoir un minimum de connaissances quant au déroulement d’une enquête, notamment au niveau psychologique. Une rencontre décisive va alors lui insuffler l’idée qui lui manquait: “Maxime Chattam, que j’ai rencontré une fois lors de ses dédicaces, m’a inspirée pour faire des études de criminologie”. Olivia Gerig effectue dès lors deux ans d’études par correspondance, cadre propice à l’écriture d’un premier roman. “C’était mon mémoire, à la fin de la première année”, se souvient-elle en souriant. À l’aboutissement de la deuxième année, avec deux certificats en poche, elle écrit “L’Ogre du Salève”.

Elle a le soutien de ses proches, en particulier de son père qui l’encourage vivement à montrer le manuscrit à un éditeur. L’occasion se présente au Salon du Livre à Genève où elle s’occupe d’un stand. “Comme c’était moi la responsable du stand, j’y étais tous les jours, explique-t-elle. Et en face de moi,
il y avait Alexandre Regad des éditions Encre Fraîche. On a eu un bon feeling et je me suis dit que si je devais donner mon manuscrit à quelqu’un, ce serait lui”. Une décision qui sera la bonne: “L’Ogre du Salève” paraît en décembre 2014. “Pour moi, c’était un rêve qui se réalisait”. Ayant besoin d’une plus grande diffusion, Olivia Gerig quitte toutefois son éditeur pour collaborer avec L’Âge d’Homme sur “Le Mage Noir”, deuxième opus de la trilogie qui se complétera bientôt avec “Ravines de Sang”. Comme d’autres avant elle, l’auteure genevoise constitue une trilogie du mal. “J’essaie de comprendre à quel moment une personne peut passer à l’acte. Est-ce que quelque chose justifie ce passage à l’acte? Est-ce qu’on peut excuser certaines choses ou non?”. À travers ces trois volumes, chaque fois plus sombres et tortueux, elle présente diverses facettes du mal, parce que “le mal n’a pas toujours le visage qu’on pense”.

Des visages, il y en a beaucoup dans “Le Mage Noir”. Une structure complexe pour un récit mêlant plusieurs histoires: comment l’auteure s’en sort-elle? “Au début de chaque roman, je pose les chapitres pour savoir ce que je vais dire dans chaque partie. Ça m’évite de me perdre, même si je sais, dans ma tête, où je veux aller”. Ces personnages nous entraînent de Morzine à Paris en passant par Annecy ou encore Genève. Des endroits dont le choix n’est pas anodins, comme l’explique l’écrivain: “C’est toujours des lieux que je connais, qui m’ont inspirée et où j’ai ressenti des choses particulières”.

Le point fort du roman est sans aucun doute la secte. Olivia Gerig décrit avec brio les mécanismes de séduction et de manipulation d’un leader charismatique qui sait “trouver la brèche chez les gens pour ensuite s’y infiltrer”. Au-delà de la personnalité du Mage, la secte devient presque un personnage à part entière, tant elle est érigée comme un organisme qui avale tout sur son passage. L’auteure souligne que l’idée vient d’éléments de la société actuelle: “C’est très facile de faire des promesses uniquement pour soutirer de l’argent aux gens, et c’est un truc qui me révolte”. Ce polar si sombre reflète donc le monde d’aujourd’hui, et l’ambiance chaotique et injuste qui y règne parlera à plus d’un·e. “Je me pose beaucoup de questions sur l’avenir de la société. J’ai l’impression qu’on n’a plus de valeurs, et qu’on donne de la valeur à des choses qui ne devraient pas en avoir. Je pense qu’on manque énormément de repères et d’espoir”.

Cette atmosphère noire reviendra nous faire trembler dans “Ravines de Sang”, dernier tome de la trilogie mettant en scène le lieutenant Aurore Pellet. L’enquête nous conduira cette fois à la Réunion où un tueur en série déposera des corps sur les plages. En parallèle, un crime horrible sera commis dans une ferme derrière le Salève: le couple de fermiers ainsi que tous leurs animaux seront retrouvés morts. Le roman étant en cours d’écriture, aucune date de sortie n’est pour l’instant connue. Le temps donc de faire joliment dédicacer les deux premiers par Olivia Gerig dans une librairie de l’Arc lémanique.