Tartufferies et rimes à foison dans “Ombres sur Molière”

Dominique Ziegler revient sur les planches avec son spectacle “Ombres sur Molière”, une fiction historique basée sur l’ “Affaire Tartuffe”, écrite dans les règles classiques de l’art dramatique du 17e siècle que le maître lui-même n’aurait sûrement pas reniée.

Photo: ©David Deppierraz

Texte: Anaïs Mansouri

Nous sommes en 1664. Fraîchement installés au château de Versailles, Jean-Baptiste Poquelin – dit Molière – et sa troupe se sont remis au travail. Mais la mort d’un ami comédien, excommunié pour n’avoir pas renié son métier avant de trépasser, va pousser le dramaturge à écrire une nouvelle pièce pour le roi. Celle-ci s’en prend à certains membres du clergé, imbus d’une morale et d’une hypocrisie à géométrie variable. Pour échapper aux foudres ecclésiastiques, Molière fait la distinction entre le vrai et faux dévot: le Tartuffe est né.

Le pari semble gagné. La première représentation du “Tartuffe” est un triomphe et reçoit même l’approbation du roi. Mais très vite, la reine-mère et la Compagnie du Saint-Sacrement – une confrérie jésuite influente – lancent une violente campagne de dénigrement contre Molière. Alors qu’il est confronté à l’adversité politico-religieuse et professionnelle, Molière voit également sa vie privée se décomposer; en effet, il trahit sa fidèle compagne de vingt ans au profit de la jeune sœur de celle-ci.

L’ombre éternelle de la censure
L'”Affaire Tartuffe” est emblématique de la problématique du lien entre l’art et la politique, du rapport de l’artiste au pouvoir. La liberté d’expression artistique de Molière se retrouve ici confrontée à l’attitude ambiguë du roi, aux rivalités des différentes cours et à l’influence du réseau de catholiques intégristes au sommet de l’État.

Le projet porte en lui plusieurs histoires: celle de l’artiste, celle d’un homme, celle de la condition sociale et celle d’un roi. Située à une période où l’art dépendait très souvent des pouvoirs politiques, “Ombres sur Molière” reste un sujet brûlant d’actualité, quel que soit le type de régime politique ou religieux.

Hommage stylistique à Molière
Après avoir écrit sur Calvin (“Le Maître des minutes”,), Rousseau (“Le Trip Rousseau”) et Jean Jaurès (“Pourquoi ont-ils tué Jaurès?”), Dominique Ziegler a repris sa plume pour raconter l’ “Affaire Tartuffe”. Pour concevoir “Ombres sur Molière”, le dramaturge genevois a consulté de nombreux documents historiques. Il en résulte une pièce qui retrace les événements en se plaçant du point de vue de Molière.


La pièce est écrite en suivant la plupart des règles de l’alexandrin classique et en tentant de respecter l’unité de temps et de lieu. Si les règles stylistiques sont fidèlement suivies, la difficulté du metteur en scène a été de réussir à condenser l’ “Affaire Tartuffe” – qui dure près de 5 ans – en une unité de temps cohérente. Comme Molière avant lui, Dominique Ziegler résout le problème en s’affranchissant en partie des règles classiques en insérant des ellipses de plusieurs semaines. En revanche, l’unité de lieu reste constante: toute l’action se déroule dans une pièce du château de Versailles.

Photo: ©David Deppierraz

“Ombres sur Molière” rend un hommage modeste au dramaturge. Les thématiques abordées rendent la pièce actuelle, malgré les cinq siècles qui nous séparent des événements. L’intrigue montre que le combat de l’artiste se double du combat de l’homme.

Ah! pour être dramaturge, il n’en est pas moins homme.”

Ombres sur Molière
Le 11 janvier au Théâtre Benno-Besson, Yverdon

Les 15 et 16 janvier à la Salle communale d’Onex, Spectacles Onésiens

Les 26 et 27 janvier au Théâtre Grand-Champ, Gland

Du 8 au 21 février au Théâtre Kléber-Méleau, Renens

www.dominiqueziegler.com
www.spectacles-onesiens.ch