Patrick Peikert 2017-08-28T09:14:15+00:00

Passions passées et présentes, sans compromis

Ce n’est qu’à une époque telle que la nôtre que l’on peut parler d’un homme à la fois directeur du Concours Clara Haskil, du Zermatt Festival et de la maison de disques Claves, mais également contrebassiste, et agent artistique de sa propre société, Applausus. Patrick Peikert administre tout un monde classique, en restant fidèle à sa première passion, le jazz. Portrait.

Dans les années 1970, lorsque sa génération commence à travailler, les procédures étaient longues, ce qui prend deux jours à régler par mail aujourd’hui pouvait prendre des semaines, tempère-t-il. Soit. Mais l’exercice de gérer en même temps le Concours Clara Haskil et le Zermatt Festival, lorsque tous deux tombent à la rentrée, n’est pas de tout repos et il l’admet. Pas question de prendre des vacances pendant l’été, il profite du calme de celles des autres.

Il a malgré tout le temps de pratiquer la contrebasse tous les jours: au sein du “Big Band” de l’École de Jazz de Montreux, dans le duo qu’il forme avec une chanteuse, et dans les petits concerts que donne le “Blue Moon Band” avec lequel il joue, ravi d’avoir pu revenir au coup de foudre de ses 15 ans, le jazz. Jeune élève, il commence avec le classique, car c’est ce que l’on faisait à l’époque. En parallèle, son entrée dans le monde du travail le mène aux travaux administratifs que nécessitent les festivals et les concerts. Il est même administrateur de l’Orchestre de Chambre de Lausanne durant 20 ans. Mais sa passion, c’est bien dans les coulisses du Montreux Jazz qu’elle a démarré: “J’avais une autorisation spéciale pour travailler dans le staff. C’était en 1975, et c’était la folie, car il y avait Ella Fitzgerald, Charles Davis…”. C’est en écoutant qu’il dit avoir le plus appris. “Ça, on ne peut pas nous le voler. Ça reste quelque part, et le jour où il faut refaire un swing, si on l’a entendu avec Ron Carter ou avec Charlie Mingus, en direct devant ses yeux, ça aide”. Toujours avec le même enthousiasme, il prévoit de passer professionnel d’ici l’année prochaine.

Comment conjugue-t-il toutes ces casquettes? On imagine qu’une occupation en enrichit une autre. “J’essaie au maximum de ne pas tout mélanger: je ne vais pas éditer mes propres disques chez Claves, ni profiter de mon travail d’organisateur pour faciliter celui d’agent artistique”. Mais une certaine perméabilité est inévitable: il arrive au Zermatt Festival d’inviter un vernissage de disque de Claves ou un prix Clara Haskil. La direction artistique du festival étant partagée entre le Scharoun Ensemble et Patrick Peikert, il faut de toute façon “que tout le monde soit d’accord”.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que sa peur de ne pas avoir de travail est pour l’instant rassurée!

Le Concours Clara Haskil

“Parfois on me pose la question si après 14 ans je ne suis pas fatigué de diriger ce concours. Mais chaque année le jury change, ainsi que le répertoire. Cette année, j’ai même appris un mot: la sérendipité”. Ayant moins de temps et moins de budget pour le concours qu’auparavant, il n’envoie pas les habituels imprimés dans tous les conservatoires, mais effectue quelques recherches pour retrouver les professeurs des pianistes faisant carrière actuellement, et leur envoie simplement le règlement du concours. Le résultat, en plus d’être écologique: 30% de candidatures en moins, mais une augmentation proportionnellement inverse du niveau! “Et Christian Zacharias (ndrl: chef d’orchestre, pianiste et membre du Jury) le dit lui-même, alors qu’il n’est pas du genre à s’enthousiasmer de manière complètement désordonnée!”.

Cette année, Patrick Peikert et la sociologue Miriam Odoni ont mis en place les ateliers “jeune critique”, se focalisant sur le sujet d’étude de cette dernière: les critères de sélection dans les concours. Cela permet aux étudiants de la section musicologie de l’Université de Genève de se faire chroniqueurs à la radio et sur le blog du concours, d’animer les rencontres entre les candidats et le public, d’attribuer un Prix, et surtout de se faire un réseau.

Finale du Concours Clara Haskil: le 25 août au Reflet – Théâtre de Vevey www.clara-haskil.ch

Le Zermatt Festival

La grande fierté de Patrick Peikert, c’est le film d’Arnold Fanck “Im Kampf mit dem Berge”, devenu fil rouge du festival depuis les débuts du directeur. Projeté dans un lieu différent chaque année, le premier film tourné à plus de 4000 mètres dans lequel on peut observer les techniques d’alpinisme de l’époque (1920), a d’abord été montré au cinéma du village, puis à l’église. Cette fois, il sera projeté sur les lieux mêmes du tournage, à la cabane Monte Rosa. “Ce qui est surtout extraordinaire dans cette production, c’est la musique de Paul Hindemith, composée spécialement pour le film. À l’époque, c’était une partition trop difficile pour les orchestres de cinéma, qui ne jouaient que des poursuites ou des valses, et l’oeuvre fut un peu oubliée”. Toutefois, vu la difficulté d’accès – quatre heures de marche sur le glacier pour atteindre la cabane – la bande son enregistrée sera de mise cette année: impossible de faire monter toute une formation de musiciens là-haut! Les sportifs cinéphiles seront peut-être enchantés, les puristes de la musique attendront 2018 pour revoir le film.

Ils auront toutefois de quoi ravir leurs oreilles au village, avec les concerts du Scharoun Ensemble de Berlin, du Zermatt Festival Orchestra et des invités, dont la violoniste Isabelle Faust et le pianiste et chef d’orchestre Christian Zacharias.

Du 8 au 17 septembre

www.zermattfestival.com

Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Photos:
1) BCUL – L. Dubois,
2) Copyright: Concours Clara Haskil
3) Copyright Zermatt Festival