L’Âge de Pierre

Photo: Thomas Pontois

Cinq millions d’exemplaires vendus pour sa chanson “Le Zizi”, une première partie des Rolling Stones à l’Olympia, vingt-deux écoles portant son nom, et tant d’autres distinctions le long d’un parcours exceptionnel. À 84 ans, Pierre Perret ne compte pas s’arrêter là; il compose 12 titres inédits pour un album intitulé “Humour Liberté”, sorti en 2018, et repart à la rencontre de son public. Il sera en concert le 7 avril prochain au Théâtre du Léman à Genève.

Texte: Katia Meylan

Cette chanson libre jaillie d’mon coeur /
J’aim’rais qu’les écoliers l’apprenn’ par coeur,

chante Pierre Perret dans les derniers vers de “Ma France à moi”, tiré de son album fraîchement sorti. Ce souhait vaut pour son ode à une France libre, créative et tolérante, mais il pourrait
aussi s’appliquer à une bonne partie de son répertoire, ouvert au monde et aux autres. On a tous en son coeur ou en choeur chanté “Les jolies colonies de vacances”, et des milliers d’élèves ont étudié “Lily”, un titre dénonçant la xénophobie et le sort des immigrés qui a valu à son auteur le Prix de la Ligue Contre le Racisme et l’Antisémitisme en 1977.
Dans le reste de l’album, on retrouve les diverses facettes de l’artiste; souvent léger comme dans “Le beau matelot” ou même “Mémé” (on vous laissera découvrir pourquoi, puisque le titre n’est pas évocateur), parfois nostalgique, lorsqu’il éveille ses souvenirs de castagne et de triche à “La Communale”, mélomane dans “Django”, révolté dans “Pédophile”, et toujours engagé, comme le prouve la chanson-titre “Humour Liberté”, un hommage à Charlie Hebdo.

L’Agenda a eu la chance de rencontrer Pierre Perret, poète peu conformiste.

Photo: Thomas Pontois

Pour “Humour Liberté”, qui vous a demandé trois ans et demi de travail, vous avez dit avoir plus que jamais “serré les boulons”. Dites-nous en plus.

Pierre Perret: C’est peut-être une impression… mais je sais le temps que j’y ai passé et l’effort que ça m’a demandé. J’ai une maison en Normandie dans laquelle je vais m’enfermer lorsque j’écris. Je suis à la table vers 7 à 8 heures le matin – maintenant je suis devenu un peu fainéant, avant je commençais à 6 heures – et j’y suis encore à 8 heures du soir.

On vous connait pour vos chansons légères, mais aussi pour vos textes engagés. Même si c’est pour les révéler à travers une poésie dont vous avez le secret, n’est-ce pas parfois lourd de s’attabler seul des heures durant devant des thèmes comme l’immigration ou la pédophilie?

C’est pour ça que j’écris dessus, parce que si tout était idyllique je n’aurais rien à dire! Je n’ai pas d’apriori et je n’ai aucune inhibition pour aborder tel ou tel sujet. Là j’ai abordé la pédophilie, il faut marcher sur des oeufs et remettre cent fois son écriture en question, mais ça ne me fait pas peur. J’ai toujours fait cela, j’ai écrit comme cela toute ma vie. Une fois que toutes les chansons sont écrites, la première à les écouter est ma femme. Ensuite ce sont mes musiciens, les mêmes qui m’entourent depuis des années. Lorsqu’ils découvrent les textes, ils sont surpris à chaque fois. Et surprendre à chaque fois ses musiciens, croyez-moi, c’est pas fastoche! Quand ils éclatent de rire ça me touche beaucoup, quand ils sont émus, comme pour les chansons “Humour Liberté” ou “Ma France à moi”, ou qu’ils sautent au plafond en écoutant “Pédophile”, c’est que je n’ai pas travaillé pour rien.

 

Pierre Perret à Genève. Photo: Joyce Taubé

Puis, c’est au public de les découvrir. Comment cela se passe pour vous?

Ça, c’est la grande inconnue! Pour moi, c’est un grand jour, celui où je chante mes chansons pour la première fois. Pour cet album, il n’y a que des chansons qui suscitent beaucoup de réactions. Parfois un éclat de rire fuse là où vous ne vous y attendiez pas du tout, d’autres fois il y a une émotion terrible. Et une des seules chances que j’aie de pouvoir vraiment faire écouter mes chansons au public c’est de chanter celles qu’ils ne connaissent pas encore! (rire). Sinon toutes les autres, dès qu’on commence à repartir en arrière, les gens chantent sur presque tous les titres.

Avoir répandu cette ouverture d’esprit pendant 60 ans, c’est un don, c’est du travail?

C’est 1% de don et 99% de transpiration, et le recul fait pas mal, je dis ça avec l’apanage de l’âge. Lorsque je regarde mes premières chansons, je me dis que je les ai faites avec la maturité que j’avais à ce moment-là. Ça m’amuse car je vois que j’avais un tempérament optimiste et une tournure d’esprit un peu particulière. Les propos avec lesquels j’ai cheminé et ce que j’ai défendu comme valeurs, tout cela est parti d’un constat souvent pessimiste mais à l’arrivée, il y a toujours une ouverture sur un coin de ciel. Mettre le doigt là où ça fait mal et suggérer aux gens que l’on pourrait être meilleurs, c’est à peu près toujours ce que j’ai voulu dire.

Pierre Perret
L’âge de Pierre, le 7 avril à 15h
au Théâtre du Léman, Genève
www.prestoprod.ch