De g. à d.: Étienne Barilier, Anne-Claire Decorvet, Marc Agron Bruno Pellegrino, Auguste Cheval et Pascale Kramer. Photo: Sébastien Agnetti ©Marino Trotta – Ville de Lausanne

Le choix des lausannois·es

En avril 2019, un cinquième roman viendra rejoindre l’étagère du Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne. Le lauréat sera désigné par un jury 100% lausannois, présidé par le comédien Vincent Kucholl.

Texte: Katia Meylan

Le Prix a été lancé en 2015 dans le but de valoriser la création littéraire et la lecture publique, sur l’initiative des Bibliothèques de la ville de Lausanne. Aux premières loges des sorties littéraires, ces dernières se chargent de la sélection des romans, six parmi les titres publiés dans l’année, qui incarnent la richesse de la littérature contemporaine en Suisse romande, la diversité des styles et voix littéraires portés par les écrivain·e·s romand·e·s.

Six romans font partie du cru 2019. « Là-bas, août est un mois d’automne », de Bruno Pellegrino, s’inspire de la vie du poète Gustave Roud et de sa sœur. Également inspirée de faits réels, la trame de « Dans Khartoum assiégée » d’Étienne Barilier prend place dans la ville soudanaise en 1884. « Café des Chimères » d’Anne-Claire Decorvet plonge dans les méandres des sites de rencontres, alors que « Les corps glorieux » d’Auguste Cheval décolle à coup de pédale avec trois jeunes coursiers à vélo sur le trajet Istanbul-Lausanne. Dans « Carrousel du vent » de Marc Agron, un libraire rêveur est envahi par le souvenir de son enfance dans l’Europe centrale des années 80, et dans « Une famille » de Pascale Kramer, ce sont les relations des membres de toute une famille à un grand frère insaisissable qui remuent.

En plus de voir leur livre mis en avant dans les bibliothèques, les auteurs sont tour à tous soumis·es à l’exercice de l' »apéritif littéraire », lors de rencontres au Lausanne Palace: car comme le souligne la déléguée à la politique du livre Isabelle Falconnier, qui anime les discussions, être auteur c’est aussi aller à la rencontre de ses lecteur·trice·s, c’est se faire entendre devant une salle pleine. Et le public est au rendez-vous, prompt à poser des questions sur la forme ou le fond.

Le Jury. ©Marino Trotta – Ville de Lausanne

C’est donc aux Lausannois·es qu’il revient d’attribuer leur Prix, soit 20’000.- et trois mois de résidence d’écrivain au Château de Lavigny (dont nous avions rencontré la directrice dans L’Agenda n°74). Pour ce faire, un échantillon de lecteur·trice·s a été prélevé parmi 50 candidatures: six volontaires de 24 à 74 ans, actif·ve·s professionnellement, à la retraite ou à l’université; étudiant en humanités numérique, pédiatre, directrice d’un atelier beauté, juriste, créatrice de voyages en Asie ou infirmière. Ce panel varié sera présidé par le comédien et éditeur Vincent Kucholl, que nous avons rencontré alors qu’il avait déjà entamé la lecture de la sélection.

©Marino Trotta – Ville de Lausanne

Ses propos nous laissent penser qu’il a déjà un favori, mais pas un mot sur les romans! Car la délibération reste encore à venir…

Vincent Kucholl: Pour certains je me laisse prendre et les pages tournent toutes seules, pour d’autres je dois faire plus d’efforts. Mais peut-être que je me laisserai convaincre par les autres membres du jury pendant les discussions! Je ne sais pas comment ça se passera, mais j’aime bien improviser donc je n’ai pas d’appréhension particulière.

Pour s’éloigner du sujet interdit de la sélection 2019, le comédien, titulaire d’une licence en sciences politiques et éditeur de la collection Comprendre aux Éditions Loisirs et Pédagogie, nous entraîne vers ses autres lectures.
V.K. J’ai été marqué par des auteurs plutôt académiques, ou par des livres d’Histoire, avec une part de subjectivité. Je ne suis pas un grand lecteur de fiction, et en dehors des vacances je dois toujours faire un petit effort pour aller vers un texte. Parfois, cet effort est très court. J’ai un exemple récent: « L’Ordre du jour », le Goncourt de l’année passée. Je n’arrivais pas à le lâcher! J’aime apprendre et dans ce livre il y a de temps en temps un mot qui est parfaitement choisi. J’ai regretté de ne pas l’avoir lu sur liseuse, car il suffit d’appuyer sur un mot pour en avoir la définition précise. Ça enrichit – au-delà du fait qu’on peut avoir 10’000 livres dans sa poche.

Pourquoi avoir accepté de présider le jury de l’édition 2019 de ce Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne?
V.K. Parce que c’est flatteur de me l’avoir proposé! Et comme je ne marche qu’à la flatterie… (il sourit)
Et parce que je trouve chouette de relever des défis. Je me suis toujours senti dans un rapport de respect avec les livres. Les débats du jury seront empreints de subjectivité, j’y participerai avec la mienne dans un cadre non public. Mais je ne me sens pas armé pour critiquer publiquement en dehors de ma subjectivité. Si j’adore un style, je n’ai pas les outils qu’un littéraire aurait, là où j’en aurais pour parler de de politique, d’économie ou de théâtre, qui seraient plus mes domaines et pour lesquels j’ai des critères de praticien. Parler de littérature, ça peut vite être niais si ce n’est pas construit. C’est pour ça que c’est un défi! Et je me dis que c’est l’occasion de découvrir des bouquins que je n’aurais pas eu le temps de lire sinon. Je n’ai jamais lu autant de littérature romande de ma vie! Je la connais assez peu, à part Chessex, Ramuz et Jaccoud.

Est-ce que ça vous a encouragé à découvrir plus la littérature romande?
V.K. Je dirais que l’origine des artistes m’importe peu… sauf quand ils parlent d’ici. (Il nous dit réfléchir à haute voix). Parfois l’ancrage est important et l’origine de l’auteur donne un éclairage à l’oeuvre. Chessex parle bien du pays romand. Il y a quelque chose d’identitaire, une relation charnelle avec le lieu. Dans « Le Vampire de Ropraz », la région est un personnage en soi. Et c’est fondamental d’avoir des écrivains d’ici qui parlent d’ici… Donc oui, c’est important, et ça fera partie de mes bonnes résolutions!

Lausannois·e ou non, est-ce que ce sera aussi votre bonne résolution?

Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne
Cérémonie de remise du prix
le 10 avril à 19h au Théâtre de Vidy.
Entrée libre, sur inscription à:
prixdeslecteurs@lausanne.ch