L’art comme antidote à la monotonie du trajet pendulaire

Les futur·e·s usager·ère·s des gares du Léman Express auront le privilège de pouvoir admirer quotidiennement une sélection d’œuvres d’art dans divers formats: animations, vidéos 3D, écrans LED ou projections. Ce projet est prévu pour dix ans et se concentrera sur treize emplacements.

Texte: Oscar Ferreira

C’est par le biais du Fonds cantonal d’art contemporain (FCAC) qu’est né le projet Mire, qui proposera au public des œuvres dans toutes les futures gares du Léman Express. Entretien avec Petra Krausz, Collaboratrice scientifique au Département de la cohésion sociale (DCS).

L’Agenda: Comment est née l’idée du projet Mire?
Petra Krausz: L’une des missions du FCAC est de penser l’art dans l’espace public genevois. Dans cette perspective, nous essayons d’accompagner les transformations urbaines majeures avec des propositions artistiques de qualité. Mire est né d’une réflexion commune avec l’Office de l’urbanisme, en charge du suivi des chantiers de CEVA – devenu le Léman Express. Nous souhaitions de manière conjointe inscrire l’art contemporain au cœur de ce nouvel axe de mobilité essentiel pour Genève. Très vite, nous avons décidé de travailler avec des œuvres d’images en mouvement afin d’utiliser un vecteur important de contemporanéité – de plus en plus d’artistes utilisent les divers médiums et possibilités de l’image en mouvement – et de faire écho à la dynamique propre à un réseau de transport public. Nous avons immédiatement sollicité la collaboration du Centre d’art contemporain – expert en la matière par les Biennales de l’image en mouvement dont le Centre a repris l’organisation.

Quels ont été les difficultés pour réaliser un projet comme celui-ci?
P.K.
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Les gares sont des lieux complexes dans lesquels de nombreux intérêts variés convergent. Il y a des contraintes liées à la sécurité, au fonctionnement correct des trains et aux flux des utilisateurs. Les CFF, que nous avons de suite associés au projet, ont ainsi validé au fur et à mesure toutes les étapes du projet et les endroits où se situeront les différents supports de diffusion des œuvres. Nous travaillons donc en consultation permanente avec les CFF pour toutes les modalités de Mire.

Des initiatives similaires existent, par exemple en France. Quelle est la particularité de Mire?

P.K.: Des œuvres d’images en mouvement dans l’espace public existent dans de nombreux pays. Cependant, la particularité de Mire est de se déployer sur treize supports différents dans cinq gares d’un même réseau, avec une programmation qui est régulièrement renouvelée par des commandes d’œuvres nouvelles d’une part et par la mise en valeur du patrimoine vidéo existant d’autre part (incluant les collections du FCAC mais aussi du FMAC – Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève), le tout étant prévu sur dix ans. Tous ces éléments rendent Mire unique.

Parlez-nous du processus de sélection des œuvres. Quid de la liberté artistique? Seriez-vous disposés à exposer des œuvres radicales ou « dérangeantes » (non consensuelles)?

P.K.: Le Fonds cantonal d’art contemporain s’est entouré d’un comité d’experts en art vidéo pour penser la programmation. Il y a également un représentant des CFF au sein de ce comité, qui s’assure que les contenus correspondent à ce qu’il est possible de montrer dans une gare. Il est évident que dès que l’on travaille dans l’espace public, quel que soit le contexte de présentation des œuvres, il y a un certain nombre de règles à respecter. L’espace public implique davantage de contraintes qu’une présentation institutionnelle par exemple. Il n’est cependant pas question de censure: les artistes avec lesquels nous travaillons sont au courant des règles à respecter et construisent leurs propositions en adéquation avec celles-ci.