Un rhinocéros pas si féroce

Du 11 octobre 2019 au 23 février 2020, le Musée cantonal de zoologie propose une exposition surprenante alliant animaux empaillés et dessins pour un dialogue entre réalité et fiction. Le projet mettra ainsi à l’honneur le rhinocéros, les deux spécimens appartenant au Musée ayant été récemment restaurés. Face à eux, des homologues de papier, ceux dessinés par Gaston Duf, artiste français de la première moitié du 20e siècle au parcours tortueux et torturé. L’occasion d’apprécier une collection d’art brut atypique et de découvrir des animaux incroyables dont l’existence est aujourd’hui dangereusement menacée.

Texte: Mélissa Quinodoz

Gaston Duf, Rinôsâirâûs pâirôqûaî châûchhônh, Collection de l’Art Brut, Lausanne

Avec son corps massif, sa peau épaisse et dure, le rhinocéros fascine autant qu’il effraie. Doté d’une ou de deux étranges cornes pointues il a su, depuis ses représentations préhistoriques, nourrir la créativité des artistes. En présentant 30 dessins et peintures de Gaston Duf, le Musée de zoologie fait ainsi le pari d’une exposition où se mêlent art et science, imaginaire et réalité.

Sujet de prédilection, monstre favori et compagnon de cauchemar, le rhinocéros est apparu sous les doigts de Gaston Duf alors que celui-ci était interné à l’hôpital psychiatrique de Lille. Pendant plusieurs années, il dessine en cachette sur des morceaux de journaux ou sur des papiers hétéroclites des créatures fantastiques aux formes délirantes. Lorsque son médecin découvre les dessins dissimulés dans les poches et dans la doublure de la veste de son patient, il décide d’encourager le travail du jeune artiste et lui fournit alors des crayons de couleur, des tubes de gouache et des feuilles de papier. Petit à petit, l’oeuvre évolue, les couleurs deviennent plus vives et les formats plus imposants. son travail reste centré sur les figures animales, et représente essentiellement un polichinelle et une bête protéiforme, qu’il désigne comme un rhinocéros. Peu à peu ce dernier devient son animal fétiche, celui qui hante ses rêves et ses créations. Barbus, griffus, et même tordus, sous les crayons de Gaston Duf les rhinocéros se parent de boursouflures et d’appendices fantasques aux couleurs extraordinaires. L’artiste réinvente l’animal, il en fait une bête fantastique, un monstre imaginaire tout droit sorti d’un conte africain. Le rhinocéros n’est plus, il devient chimère alors que son nom se dote d’étrange singularités orthographiques pour devenir rinâûçêrshôse ou rin’hâûcêrôshe. L’artiste le peint jusqu’en 1953, année où, tout à coup, il décide d’abandonner crayons et pinceaux arguant qu’il ne doit plus dessiner. Aujourd’hui demeure une série d’œuvres qui interrogent sur la signification psychologique et psychanalytique que le rhinocéros peut revêtir. Face à l’image d’une carapace résistant à toute épreuve transparaît ainsi la fragilité de l’artiste et, surtout, la vulnérabilité d’un animal qui, aujourd’hui plus que jamais, est en grand danger d’extinction.

Gaston Duf, Ûn fûqûlthe rinôçêrôse, Collection de l’Art Brut, Lausanne

Rhinocéros, féroce?
Du 11 octobre 2019 au 23 février 2020
Musée cantonal de zoologie
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www.zoologie.vd.ch