Rose & Rose, une comédie musicale qui aborde le harcèlement avec humour et sensibilité

Photos de répétitions, Louis Gomez

Le sujet est délicat, et encore d’actualité. Il touche toujours plus de jeunes et a besoin de faire parler de lui. Ce qui tombe bien: avec sa nouvelle production “Rose & Rose”, Opéra-Théâtre met en scène l’histoire d’une jeune fille, durement harcelée par ses camarades, qui va devoir puiser en elle pour s’en sortir. Plus intéressant encore, ce sont des jeunes d’un cycle d’orientation qui incarneront
les personnages.

Texte: Nastassja Haidinger

C’est dans la programmation des trente ans d’Opéra-Théâtre que s’inscrit “Rose & Rose”. La compagnie, fondée en 1989 par Michèle Cart, metteuse en scène et comédienne, a pour particularité de
favoriser des oeuvres où musique et théâtre tiennent une place de choix. Les opéras se travaillent d’une manière autant intellectuelle qu’émotionnelle. “”Rose & Rose” est une comédie musicale contemporaine où l’on sollicite aussi bien le théâtre, le texte parlé, le chant que la danse” nous apprend Michèle Cart, à qui nous avons profité de poser quelques questions. “L’un de nos objectifs, à Opéra Théâtre, est de rendre ce genre de spectacle accessible, tant aux participant·e·s qu’au public, en rassemblant différentes populations”.

Sortir son côté qui ose

Photos de répétitions, Louis Gomez

Créé en 2016 sur un texte de Valérie Alane et une musique d’Alvaro Bello, “Rose & Rose” nous présente une jeune fille, Rose, qui subit les moqueries quotidiennes de ses camarades d’école. Sur scène, Rose fait face à une masse d’adolescent·e·s dont elle ne sait se défaire, tel un animal traqué. Elle peine à partager ses souffrances, et lorsqu’elle le fait, on la prend à la légère. Pour compenser ce mauvais coup du sort, elle dessine, le soir, dans sa chambre. Le dessin devient un exutoire. Si bien qu’un soir, alors qu’elle vient de tracer son portrait à la hâte, un personnage émerge de ce nouveau dessin: c’est la “double Rose”, une jeune fille en tout point semblable à elle, à l’exception près qu’elle sait faire preuve de courage et d’audace. Elle lui fournira les clefs pour lutter, pour faire comprendre à ses harceleur·euse·s que “ça suffit”. “Ce double peut être vu comme une face cachée d’elle-même, qui veut arriver à lutter contre sa situation”, commente Michèle Cart. À l’image d’un rêve ou d’une aspiration, elle incarne cette volonté de sortir tout ce qu’on a en soi pour tenir debout, et affronter

l’épreuve. “Ce qui nous concerne tous. Si on arrive à sortir notre côté qui ose, on peut faire beaucoup”. Cette double Rose, également interprétée sur scène, est une manière de faire entrer les spectateur·rice·s dans la tête de Rose. Intelligente, futée et pleine de surprise, elle est aussi un moyen d’insérer un peu d’humour et de légèreté dans un sujet qui n’en reste pas moins sérieux.

Motivation et engagement pour un travail appliqué

Pour incarner l’aventure et l’évolution de Rose, toute une équipe de jeunes du cycle d’orientation de la Florence. C’est à l’occasion de la représentation de “West Side Story”, jouée en 2017 par la section Junior d’Opéra-Théâtre, que Michèle Cart rencontre certaines classes du cycle pour les impliquer dans la gestion du son et des éclairages. “”Rose & Rose” était donc l’occasion de les faire participer à un nouveau projet. Le directeur de l’établissement est très ouvert à ce genre de projet, donnant le sentiment que tout est possible”. Différent·e·s professionnel·le·s encadrent les élèves durant les heures d’apprentissage hebdomadaires, du professeur de musique à la chorégraphe, en passant par le chef d’orchestre, et la metteuse en scène chapeaute le tout. Les cours étaient facultatifs, ouverts à l’ensemble des élèves du cycle. “Il n’y avait pas de critère de sélection, nous précise Michèle Cart. Ce qui importe est la motivation, l’engagement. Le travail fait le reste”.

Une expérience de vie

 
Si la finalité du spectacle n’est en rien moralisatrice, l’idée de faire passer un message est bien présente. “Si on parvient à mener à une certaine prise de conscience sur le sujet, tant mieux!”. Une façon de faire d’une pierre deux coups, surtout si, parmi l’auditoire, se trouvent des harcelé·e·s s ou des harceleur·euse·s . Placé·e·s au coeur d’un spectacle traitant d’un sujet sensible, les jeunes sont d’autant plus immergé·e·s dans la réalité de cette problématique. “Les élèves se montrent très enthousiastes et motivés durant les répétitions. Le sujet les touche aussi de près”. Michèle Cart nous parle d’une scène de répétition, au cours de laquelle certain·e·s élèves doivent proférer des mots durs à l’encontre de Rose, des mots qui blessent, qui font mal. “Certains n’osent pas y aller, de peur d’être méchants. Il faut leur rappeler que ce n’est pas eux, qu’ils jouent des personnages”. Une réelle expérience de vie, au final. À Opéra-Théâtre Junior, une fois que les représentations s’achèvent, les retours sont souvent très positifs. Les jeunes participant·e·s gagnent en confiance: parvenir au bout d’un projet, malgré ses peurs ou ses difficultés à s’exprimer, est une belle preuve que tout est possible. S’impliquer dans un spectacle leur fait aussi sentir la valeur de l’engagement et du travail en équipe. On apprend à écouter l’autre, à faire attention à celles et ceux qui se tiennent à nos côtés. “Même si les choses ne marchent pas très bien à l’école, on comprend qu’on peut être bien ailleurs. Au spectacle, chacun a sa place, et chaque place est importante”. À un âge où on se cherche et où on se construit, nul doute que de telles expériences sont formatrices.

Rose & Rose
Le 12 avril à 20h
Le 13 avril à 17h et 20h
Le 14 avril à 17h
Salle J.-J. Gautier, Chêne-Bougeries, Genève

www.opera-theatre.ch