Terreur dans La Ville

Du 3 au 22 décembre, le Pulloff Théâtres accueillera La Ville, la nouvelle pièce mise en scène par le Collectif nunc Théâtre. Une plongée dans les angoisses et terreurs qui se cachent parfois sous l’ordinaire apparent. Dans la tension constante du quotidien, le moindre temps mort ou hésitation révèle le désarroi qui habite notre époque. 

Texte: Victor Comte 

Clair est traductrice, Chris est informaticien. Ils forment un couple bien installé, marié avec deux enfants. Tout semble aller pour le mieux, mais une discussion au sujet d’une collègue de travail très performante nous fait comprendre que Chris a perdu son emploi, sans que l’on sache exactement pourquoi. Une voisine intervient, elle ressemble étrangement à une infirmière que Clair a vue à la gare, elle souhaite parler d’un sujet qui la préoccupe. Vient-elle pour se plaindre de leurs enfants, de Chris, pour évoquer son mari, médecin à la guerre? Nous l’ignorons. Une petite fille vêtue d’un manteau taché de sang apparaît, elle récite des poèmes, Chris l’écoute, qui est-ce? Sa fille, la fille de la voisine à qui elle ressemble étrangement? 

Mystères… Le Collectif nunc Théâtre, fondé par Jo Boegli, Hubert Cudré, Anne-Cécile Moser en 1994, n’a pas choisi de mettre en scène cette pièce de Martin Crimp par hasard. L’équipe souhaitait mettre en lumière ce qu’elle a de contemporain. « Sans jamais tomber dans la compassion ni la froide méchanceté, la pièce secoue nos consciences, nous rend attentifs à ces petits glissements, à ces petits aménagements qu’engendre l’égoïsme dans une société qui se veut de plus en plus libérale et nous met en garde contre les différents masques qu’emprunte la violence pour paraître civilisée ». 

Cette opposition entre l’apparence et la nature réelle des choses est rendue aussi à travers la mise en scène de Jo Boegli. Au milieu d’un appartement qui prend la forme d’un décorum pour magasin d’ameublement haut de gamme, les personnages laissent transparaître à travers leurs interactions tout ce qui grouille sous l’extérieur lustré et confortable de leur existence ordinaire. Les comédien·ne·s jouent de silences, de répliques qui fusent, de suspensions vibrantes, comme si les mots échappaient au contrôle des personnages. Les mots et les réactions révèlent ce que le décor semble masquer, jusqu’à ce que le décor lui-même accompagne la perte de contrôle. 

L’aboutissement de ces choix de mise en scène est de pouvoir laisser une marge d’accès au public, un espace d’interprétation. « La force de Crimp est de ne jamais juger, juste émettre des interrogations. Il nous incite à nous questionner sur les transformations des rapports humains dans notre société ». Le collectif laisse donc libre cours à l’imagination du·de la spectateur·trice dans son approche de la pièce, afin que chacun et chacune puisse s’approprier son sens, ses échos et ses questionnements.

La Ville
Du 3 au 22 décembre
Pulloff Théâtres
www.pulloff.ch