“Théières en goguette”: l’art du thé s’expose au Musée Ariana

Niché dans le magnifique parc qui entoure l’ONU à Genève, le Musée Ariana propose, jusqu’au 13 septembre 2020, une exposition riche et ludique sur l’évolution des théières au fil des âges.

Texte: Oscar Ferreira

“La voie du thé est un culte fondé sur l’adoration du beau jusque dans les occupations les plus triviales de la vie quotidienne”.C’est ainsi que l’écrivain japonais Okakura Kakuzo évoque la boisson millénaire dans son Livre du Thé, publié en 1906. Qu’ils soient chinois, indiens ou japonais, les récits et légendes autour du breuvage ne manquent pas. En Chine, la découverte du thé est attribuée à l’empereur Shen Nong en 2737 avant notre ère alors que, dans la version japonaise, c’est un prince qui aurait découvert les vertus énergisantes de quelques feuilles vertes trempées dans l’eau chaude.

Photo: Jean-Marc Cherix, Musée Ariana

La success story du thé ne faisait que commencer. Partie d’Asie, sa consommation n’a cessé de s’accroître et en 2019, le thé est la deuxième boisson la plus consommée dans le monde après l’eau. Sa diffusion est aussi le reflet des enjeux historiques du 18e siècle. Le rapport colonial des Anglais avec l’Inde et leur place centrale dans le commerce international de l’époque expliquent en grande partie la popularité du thé chez les Britanniques et par extension sa diffusion en occident.

La théière: naissance d’un accessoire incontournable

L’histoire de la théière est intimement liée à l’art de la consommation du thé. Trois périodes fondamentales se distinguent; À l’âge du thé bouilli sous la dynastie des Tang (618-907), les feuilles sont moulées afin d’obtenir de petites briques pratiques à transporter; À l’ère des Song (960-1279) le thé transformé en poudre est émulsionné avec un ustensile en bambou dans un procédé encore courant au Japon aujourd’hui: la préparation du matcha; C’est finalement durant la dynastie des Ming (1368-1644) qu’un nouveau procédé va révolutionner la consommation du thé. Les feuilles sont désormais séchées, torréfiées et infusées dans l’eau chaude. De cette nouvelle préparation du thé va naître aux environs du 16e siècle l’objet indispensable: la théière.

Une infinie variété de formes et de matières

Photo: Jean-Marc Cherix, Musée Ariana

Terre cuite, grès, porcelaine, argent, étain, verre… Les exemplaires contemporains exposés sont, tout comme leurs ancêtres, réalisés dans une multitude de matières. Des théières qui prennent toutes les formes possibles, des plus classiques aux plus modernes. Les modèles exposés à l’Ariana sont délicatement choisis dans la collection du musée et permettent de se familiariser aisément avec les techniques et les différentes écoles. C’est aussi l’histoire de l’artisanat et de l’industrie asiatique et européenne qui est racontée par le prisme de cet objet. La visite est sensorielle également car les différentes variantes du thé sont exposées dans de petites boîtes afin d’en saisir les nuances au fur et à mesure de la visite.

Dans les vitrines, des exemplaires de théières chinoises en porcelaine côtoient des ustensiles traditionnels propres au cérémonial très codifié du thé japonais. L’exquise délicatesse de la manufacture de Meissen en Allemagne est également représentée. Enfin, un espace est consacré à des modèles contemporains et originaux qui changeront tous les trois mois et ce jusqu’à la fin de l’exposition. Cette mise en scène très réussie de l’art du thé saura à coup sûr réjouir les néophytes comme les connaisseur·euse·s.

Théières en goguette

Du 21 juin 2019 au 13 septembre 2020

Musée Ariana, Genève

http://institutions.ville-geneve.ch/fr/ariana/visiter/expositions/en-cours/theieres-en-goguette/