Un 35e far° organique à Nyon

Après « Nos futurs » en 2017 et « Renverser » en 2018, « Organique » est le titre choisi par le far°, festival des arts vivants de Nyon, pour sa 35édition. La programmation a été construite en réaction à l’actualité et s’est nourrie de discussions avec des artistes mais aussi des biologistes, agriculteur·trice·s et autres professionnel·le·s de l’environnement. Rencontre avec sa directrice et zoom sur quelques-unes des propositions artistiques de ce rendez-vous nyonnais.

Texte: Emilie Pellissier

Chaque été, en août, le far° valorise les arts vivants dans leurs formats les plus divers et innovants, surtout depuis que Véronique Ferrero Delacoste en a pris la direction en 2009. Un grand nombre des démarches présentées « se singularisent par leur dimension participative ou leur ancrage dans le territoire », pointe la directrice. La magie du spectacle va souvent de pair avec les découvertes géographiques, patrimoniales ou sociales de la région nyonnaise. Ainsi, sa vision a pu se concrétiser tout en s’enrichissant au fil des ans. Le festival est devenu un véritable lieu d’interconnexion entre l’art et le politique, au sens de ce qui a trait à la polis (entité physique, écosystème, et donnée sociale, communauté de citoyens). Pour la directrice, l’art est un moyen de renouveler nos perceptions, nos modes de pensée. Il permet d’approfondir des réflexions autour de grands sujets de société à travers les situations qu’il offre à expérimenter. Cette année, les questions de transition énergétique, de biodiversité, de durabilité et de local sont à l’honneur. Trois courants vont s’entrecroiser tels des fils conducteurs d’une oeuvre à l’autre: celui du temps (qui préside à la qualité des rapports à soi et aux autres), celui de la nature, du milieu environnant (et de notre immersion réciproque), et enfin celui de l’épuisement d’un système (et de ses modes de renouvellement possibles).

Photo: Anja Weber

De nombreux·ses artistes suisses mais aussi d’ailleurs, émergent·e·s ou déjà renommé·e·s, seront à (re)découvrir. Citons notamment Maria Lucia Cruz Correia, activiste portugaise installée en Belgique. Elle dénonce les écocides et mène une recherche qui s’inspire de pays dont la Constitution s’est récemment enrichie d’une voix pour la nature. Son oeuvre « Voice of Nature: The Trial » prendra, comme son nom l’indique, la forme d’un procès. Théâtrale et performative, elle convoquera à la fois la fiction, la magie et le documentaire.

À noter également, la performance pleine d’étrangeté et d’humour du duo constitué par Antonia Baehr et Latifa Laâbissi. Dans « Consul et Meshie », les deux femmes interprètent des figures hybrides entre l’humain et l’animal. Une oeuvre, ouatée d’impertinence, qui bouscule les codes et suscite le trouble… « magistrale », selon la directrice.

La suissesse Adina Sécrétan est l’artiste associée du festival qui bénéficie, depuis 2017, d’un compagnonnage durant lequel s’entrecroisent la recherche et la production sur plusieurs projets. Chorégraphe, metteuse en scène, danseuse et dramaturge, elle s’intéresse cette fois à la façon dont un·e artiste perçoit son public. Comment, lorsque l’on crée, imagine-t-on et tient-on compte de la personne qui va recevoir l’oeuvre? Pour « Les Bonnes oeuvres », elle a demandé à des artistes de créer une oeuvre inédite pour un·e inconnu·e choisi·e au hasard durant le festival. Peut-être aurez-vous la surprise d’en faire partie.

Photo: Arya Dil 2018

Vous l’aurez compris, le far° invite à se confronter, à prendre part et ainsi sortir de nos zones de confort, au sens propre comme au figuré. Il rayonne dans un large périmètre autour de son épicentre, situé à la Rue des Marchandises devant la salle communale, jusqu’à des espaces insolites comme, par exemple, une salle de gym, un parking ou une forêt.

Ainsi, si vous aimez les cueillettes de plantes sauvages comestibles, pourquoi ne pas participer à celle d’Ondine Cloez et Adrien Mesot, qui mettront au goût du jour les recettes de santé d’un recueil du Moyen-Âge et vous surprendront par un récital? Sur la place Perdtemps, le lyonnais Thierry Boutonnier proposera des actions collectives, à la fois drôles et poétiques, autour de la composition du sol afin de « Biodynamiser le parking ». Avec le projet « Autonomous Future Food Production (AFFP) », qui prend la forme d’une performance, d’une dégustation et d’un débat, Raphaëlle Mueller, récemment diplômée de la HEAD, imaginera la nourriture du futur qui pourrait s’autoproduire et n’épuiserait donc plus les sols. Dans la cour, grâce à Charlotte Imbault, vous pourrez profiter du salon d’écoute « What You See ». Ses capsules sonores d’une dizaine de minutes, réalisées à partir des récits de festivalier·ère·s à la sortie d’un spectacle, permettront d’ouvrir notre perception d’une oeuvre en entendant comment d’autres l’ont reçue ou de se faire une idée d’une pièce dont on aurait manqué la représentation. La pensée critique étant l’un des axes essentiels du far°, de nombreux autres moyens seront proposés, à travers le « Laboratoire de la pensée », pour échanger autour des oeuvres et mettre en perspective les façons dont on les perçoit.

Avant de nous quitter, la directrice insiste d’ailleurs sur cette « envie d’apprendre » qui ne cesse de la guider depuis ses débuts et qui explique sa manière de concevoir une édition avec son équipe, les artistes et celles et ceux qui nourrissent leurs réflexions. Nul besoin d’être un·e fidèle arpenteur·euse des salles de spectacles pour piocher dans ce riche programme et venir y passer des moments joyeux, instructifs ou décalés, soyez curieux·se!

far°

Festival des arts vivants Nyon

Du 14 au 24 août 2019

http://www.far-nyon.ch