Un roman sur l’enfance d’une simplicité émouvante 2017-07-04T14:52:34+00:00

Un roman sur l’enfance d’une simplicité émouvante, avec le récit pétillant d’ “Hannah”

Parfois d’une douce légèreté et parfois d’une honnêteté brutale, “Hannah” est le premier roman de Sarah Tschopp. Passant au crible les thèmes de l’enfance, de la maladie et de la séparation, la plume sincère de cette auteure fribourgeoise questionne et émeut.

Dépeignant avec une simplicité cinglante la réalité d’une enfant confrontée à la séparation de ses parents et à la maladie de sa mère, l’atmosphère du roman est à la fois lumineuse et mélancolique. Malgré l’énonciation de vérités sombres, la voix enfantine d’Hannah conserve son ton haut-en-couleur et son innocence touchante. Certains chapitres, narrés par une Hannah plus âgée, donnent un éclairage nouveau sur la manière que l’enfant a d’appréhender sa réalité, et les répercussions de son vécu sur sa vie d’adulte.

Le roman débute avec la description de la nouvelle maison de la petite Hannah, qui a six ans, et de ses parents qui viennent tout juste de se remettre ensemble. Assez vite, le récit de la fillette laisse comprendre au lecteur que sa maman est souffrante. Puis, après quelques chapitres, c’est une Hannah adulte qui reprend le flambeau de la narration, et qui met en exergue son manque de souvenirs, et son besoin de se replonger dans le passé afin de mieux comprendre sa réalité: ses manques et ses faiblesses, ses peurs et ses doutes. Les deux récits se font ensuite écho de manière alternée tout au long du roman. Le lecteur perçoit peu à peu que la maladie de la mère est grave, et va en s’empirant, laissant présager l’inéluctable perte qui va suivre. Les deux Hannah nous racontent tour à tour les visites à l’hôpital, la séparation des parents, les nouveaux conjoints de chacun d’eux, le déménagement de son père, l’arrivée de sa petite sœur, et toutes les anecdotes du quotidien qui sont associées à ces événements. Si le fil rouge paraît emprunt d’une grande tristesse, l’innocence d’Hannah fait sourire, et le ton poétique du roman met en valeur les bonheurs simples de la vie.

Avec ce premier ouvrage publié aux éditions “Encre Fraîche”, Sarah Tschopp a réalisé une véritable prouesse littéraire: sur les traces de Nancy Huston, elle s’est essayée à l’exercice difficile de confier la narration à un-e enfant, et y est parvenue avec une grande habileté. Son écriture poétique retrace une belle histoire familiale, à la généalogie complexe. Une voix, celle d’Hannah, tente de donner du sens à ses souvenirs poussiéreux et à ces différentes problématiques familiales.

Une voix qui, d’ailleurs, ressemble à s’y méprendre à celle qui m’a susurré à l’oreille des questions lors de nuit blanches sur ma propre enfance et mes propres souvenirs. Hannah n’y apporte pas de réponses toutes faites, mais simplement des éclairages, des pistes. Cette sincérité émouvante peut avoir une résonnance toute particulière pour les lecteurs-rices, qui, comme Hannah, doivent faire face à certains souvenirs douloureux, mais qui conservent malgré leur goût amer cette part d’innocence dont on aime tant à se rappeler.

Texte: Chloé Berchbühl

encrefraiche.ch/livres