Le Muséum d’histoire naturelle et le Musée d’histoire des sciences sont temporairement fermés, suite aux mesures prises par le canton de Genève le 1er novembre

200 ans d’histoire naturelle

Deux centenaires nous séparent de la création du Musée académique de Genève. Rebaptisé Muséum de Genève en 1906, il a débuté cette année anniversaire avec une séduisante programmation, composée d’un triptyque à travers le temps à Malagnou, d’une curieuse collection à la Perle du Lac et d’un grand nombre de rencontres, conférences et événements pour couronner le tout. Du 25 septembre 2020 au 26 septembre 2021, les festivités ont déjà débuté!

Texte et propos recueillis par Eugénie Rousak

Dans l’exposition Trésors, 200 ans d’histoire naturelle à Genève. Photo: Philippe Wagneur / Muséum Genève

Institution de recherche et de diffusion des savoirs, le Muséum a très naturellement voulu confirmer son identité à travers la célébration de son bicentenaire. Réconciliant l’héritage du passé avec la recherche actuelle et l’impact de l’érosion de la biodiversité et de la crise climatique sur notre avenir, la programmation s’oriente autour de la beauté fragilisée de la nature. « Pour sensibiliser à quelque chose qui se meurt, il faut parler de sa beauté et de la délectation. Le bicentenaire du Muséum est une articulation émotionnelle entre les grands enjeux actuels, pour permettre au public d’avoir une focale de l’émerveillement sur cette nature magistrale et sublime » explique Hervé Groscarret, responsable de la programmation culturelle du Muséum de Genève.

Les deux siècles d’une seule histoire
Alors que les cabinets de curiosités étaient uniquement accessibles à des cercles très restreints de collectionneurs, l’archéologue et intellectuel suisse Henri Boissier donne l’impulsion pour présenter les pièces à un large public. S’associant avec huit autres savants genevois, il regroupe les collections privées sous le nom de Musée académique, qui a comme vocation principale l’enseignement des sciences, des arts et de l’Histoire. D’autres pièces arrivent dans la ville grâce à l’annexion à l’Empire français sous Napoléon, Paris ayant commencé à distribuer ses œuvres dans les musées provinciaux. La collection grandit et nécessite de moyens financiers considérables. « L’année 1820, définie comme date de création du musée, correspond justement à la prise en charge des collections par la Ville de Genève, qui s’engage à les maintenir en état et les rendre complètement publiques » précise l’ornithologue Laurent Vallotton. Depuis, l’institution n’a pas cessé de s’enrichir au gré des achats et donations. L’année 1922 a été marquée par l’acquisition de la collection d’Auguste Forel, qui a rassemblé et décrit près de 3’500 espèces de fourmis des quatre coins du monde, devenus des spécimens types. « En 2011, je me suis occupé de l’acquisition de 30’000 œufs d’oiseaux, dont la valeur historique et scientifique est inestimable, et qui a permis de doubler notre collection d’œufs » précise Laurent Vallotton. Aujourd’hui, ce sont donc plus de 15 millions de spécimens qui composent le patrimoine du Muséum de Genève, qui est d’ailleurs le plus grand musée d’histoire naturelle de Suisse.

Dans l’exposition Bouteille à la mer 2120 – Te Ao Mãori de George Nuku. Photo: Philippe Wagneur / Muséum Genève

Parcours à travers les émotions
« Pour aborder le bicentenaire, nous avons décidé de questionner le temps, le temps de l’institution à travers une valorisation des collections de tous les départements scientifiques. Ainsi, nous avons rassemblé 200 pièces éclectiques qui ont soit un intérêt très fort pour l’étude scientifique, soit qui proviennent de collections très particulières. Généralement inaccessibles au public, elles sont présentées dans l’exposition Trésors » explique Hervé Groscarret. D’ailleurs, près de la moitié de ces pièces s’est également invitée sur les pages de l’ouvrage Muséum Genève, deux cents ans d’histoire naturelle, publié pour l’occasion aux Éditions Favre. La seconde exposition, Wildlife Photographer of the Year, aborde une approche plus contemporaine pour montrer la beauté de la planète et de ses habitant·e·s. À travers le prisme de leur appareil photo, les lauréat·e·s de la 55e compétition internationale, organisée par le Natural History Museum de Londres, montrent leur vision des enjeux et des problèmes actuels. Les 100 clichés sélectionnés parmi les 48’130 images soumises sont divisés en différentes catégories, dont l’environnement, le photojournalisme, le portrait et l’habitat. « Cette galerie questionne fortement l’approche de l’homme par rapport à son milieu, question qui se poursuit dans la troisième exposition, Bouteille à la mer 2120, Te Ao Māori de George Nuku. Nous avons invité l’artiste maori George Nuku, pour présenter une autre vision de monde. Dans la culture maorie, il n’y a pas de différence entre l’ethnographie et la nature, le monde n’est qu’un » souligne Hervé Groscarret. Cette exposition a également un fort enjeu écologique puisqu’elle est entièrement constituée de déchets plastiques. Des milliers de bouteilles en PET, du plexiglas et du polystyrène recréent un ensorcelant décor sous-marin avec des arches, des récifs coralliens, des poissons multicolores et des méduses transparentes. Malheureusement, cette sublime installation est une projection du siècle à venir pour nos océans. Nous sommes en 2120 et tout est devenu plastique. Du côté du Musée d’histoire des sciences, c’est également un voyage dans l’Histoire qui attend les visiteur·euse·s, à travers les curieux objets du cabinet d’instruments du physicien Marc-Auguste Pictet.

Wildlife Photographer of the Year, Muséum d’histoire naturelle. Photo: Philippe Wagneur / Muséum Genève

Un vaste calendrier de rencontres, conférences, et événements enrichit la programmation. « Comme pour les expositions, le fil rouge est une articulation entre la beauté fragilisée et le souci de la défendre » conclut Hervé Groscarret. Les rendez-vous du bicentenaire closent également un chapitre du Muséum, avant sa transformation. La création d’un nouveau bâtiment et la rénovation des galeries actuelles vont pousser l’institution, jusqu’à présent très plastique, sur une voie résolument plus digitale et vidéographique.

Informations pratiques:

– Trois expositions au Muséum d’histoire naturelle, du 25 septembre 2020 au 27 juin 2021
– Une exposition au Musée d’histoire des sciences, du 27 novembre 2019 au 21 février 2021

http://institutions.ville-geneve.ch