Entre humanisme et humanité

Du 30 mars au 25 novembre 2018, au Vieil Arsenal de Martigny, l’exposition « 80 ans d’histoires à partager » met en lumière le parcours de Léonard Gianadda et vous convie à (re)découvrir les grandes heures de sa célèbre Fondation Pierre Gianadda. Une rétrospective émouvante, intimiste et dynamique, à ne pas manquer.

Texte: Kelly Lambiel

Photos: Léonard Gianadda

 

Dans le milieu de l’art, on ne présente plus Monsieur Gianadda, académicien, commandeur de la Légion d’honneur et de l’Ordre des Arts et des Lettres. Son nom, ainsi que la fondation qu’il a créée en 1976 suite à la découverte d’un temple gallo-romain et nommée en hommage à son frère décédé la même année, ont acquis auprès des amateur·trice·s comme des connaisseur·sseuse·s, au fil des ans et des expositions, un certain renom, pour ne pas dire un renom certain, international. Si diverses facettes de sa figure publique sont bien connues du grand public, comme celle du collectionneur, de l’entrepreneur, voire du bienfaiteur et mécène, c’est bien l’homme, ainsi que ses motivations et passions, que l’on découvre grâce aux nombreuses archives, photos, films et documents sonores présents sur les trois étages d’exposition. Et c’est le maître des lieux en personne qui, au travers de plusieurs écrans, se raconte, se dévoile et nous entraîne tout au long de la visite. Suivez le « léoguide »…

Ainsi, à travers de nombreuses photographies, on découvre d’abord le jeune Léonard, à la fois étudiant en ingénierie et photoreporter. Dans ces clichés, mêlant à la fois souvenirs de vacances et photoreportages, on perçoit déjà « un œil aiguisé et une sensibilité, une volonté de mettre en valeur qui démontrent qu’il y a une véritable continuité dans son chemin de vie et que ses choix sont ceux d’un passionné qui n’est pas arrivé dans le monde de l’art par hasard » explique Jean-Henry Papilloud, commissaire d’exposition. À l’époque, Léonard Gianadda jouit même d’une certaine cote dans le milieu de la photo. En effet, il travaille alors pour de grands journaux comme L’Illustré, voyage partout dans le monde, découvre de nouvelles cultures et expressions artistiques. Au gré de ses pérégrinations, il fait également de nombreuses rencontres; celle d’une jeune femme, Annette, qui finira par devenir son épouse durant 40 années, explique-t-il le regard plein d’émotion, ou, au même moment, celle de Georges Simenon qu’il approche grâce à une heureuse combinaison de chance et de culot. Éléments qui seront d’ailleurs souvent à l’origine de ses plus belles expositions et qui lui permettront de se construire un prestigieux carnet d’adresses, un réseau solide et fidèle et de collaborer avec des musées du monde entier.

 

On découvre ainsi dans la seconde partie de l’exposition, au travers de différentes anecdotes, que Léonard Gianadda n’est jamais à court d’idées et n’hésite pas à prendre des risques, et même à bluffer, pour obtenir ce qu’il désire. Même s’il possède quelques oeuvres personnelles et une impressionnante collection de sculptures, la fondation ne prête pas d’objets d’art en échange de ceux qu’elle souhaite emprunter. Il a donc été parfois difficile d’amener certains artistes en Valais. C’est là que le génie et « l’étonnante capacité à convaincre » de Léonard sont entrés en jeu, précise le commissaire. En 1979, la première exposition portant sur cinq siècles de peinture ne rencontre aucun succès. Pire, elle est vivement critiquée dans la presse par un article incendiaire d’André Kuenzi que le créateur de la fondation souhaite alors rencontrer et à qui il lance le défi de faire mieux. S’ensuit donc l’exposition « Klee », curatée par Kuenzi en collaboration avec Gianadda, qui parvient à trouver le public et ouvre la voie à une série d’expositions de grande ampleur qui feront le succès de la fondation jusqu’à aujourd’hui. Van Gogh, Picasso, De Vinci, Renoir, Monet, Cézanne, Zao Wou-Ki pour ne citer qu’eux, tous sont passés par Martigny et ont permis de transformer la Fondation Gianadda, qui exposait au départ des oeuvres d’enseignants de la région, en un centre d’art des plus illustres.

On lui sait un intérêt marqué pour la peinture, la sculpture et la photographie, mais Léonard est également passionné de musique. Tout comme pour la peinture, c’est en Italie qu’il la découvre, à Naples, par le biais de l’opéra. Ayant toujours souhaité mêler la musique à l’art pictural, il a dessiné les plans de la fondation de manière à pouvoir la valoriser en ces lieux et accueillir un orchestre. Dès lors, les musiciens les plus célèbres s’y sont produits et de nombreux concerts y sont régulièrement donnés.

Amoureux des arts, Léonard, l’est également de la région qu’il habite. La troisième et dernière partie de l’exposition est ainsi consacrée à son activité de mécène. Lorsque son épouse est tombée malade, le couple s’est rendu compte qu’il fallait créer une fondation dans le but d’aider les gens et les institutions dans un sens social et culturel. Ainsi est née la Fondation Annette et Léonard Gianaddaqui finance des crèches, des studios pour les personnes âgées ou des moyens de transport pour les handicapé·e·s. Par ailleurs, il apporte également un soutien fidèle à des associations sportives ou musicales de Martigny et participe à l’embellissement de la ville et partage sa passion artistique par l’aménagement de sculptures dans les ronds-points ou la réfection de divers monuments, notamment deux chapelles dont les vitraux de Hans Erni et de Kim En Joong ont été offerts par ses soins.

 

« 80 ans d’histoires à partager« 

Fondation Pierre Gianadda, au Vieil Arsenal

Jusqu’au 25 novembre 2018