Impressionniste de la modernité

Avide des hommages aux maîtres de l’impressionnisme, la Fondation Pierre Gianadda ouvre ses portes avec une nouvelle rétrospective des œuvres d’une vie. Célèbre pour son mécénat et une importante collection de toiles de ses pairs, Gustave Caillebotte était également un peintre résolument moderne pour son époque. Une centaine de ses œuvres occuperont les cimaises du site d’exposition de Martigny du 18 juin au 21 novembre 2021.

Texte: Eugénie Rousak

Gustave Caillebotte, Les roses, jardin du petit Gennevilliers. Collection particulière © David Cueco

Connue pour ses expositions temporaires de qualité, la Fondation Pierre Gianadda a l’habitude d’exposer les grands noms du courant impressionniste. Alors que le public a déjà pu y découvrir les œuvres de Claude Monet, Edgar Degas, Berthe Morisot, Pierre- Auguste Renoir ou encore Paul Cézanne, c’est au tour de Gustave Caillebotte d’habiller ses murs. Alors que son rôle de collectionneur a longtemps éclipsé sa place de peintre, ce sont les recherches de Marie Berhaut, conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Rennes, éditées dans un catalogue raisonné en 1978 et la publication d’une monographie dédiée par Kirk Varnedoe, conservateur en chef du MoMA de New York, en 1987 qui replacent l’artiste au premier rang des impressionnistes. « Pendant son adolescence et sa jeunesse, Gustave Caillebotte a beaucoup pratiqué la peinture, encouragé par sa famille, dont les moyens financiers étaient considérables. Bénéficiant de cette fortune, il avait le temps pour travailler sans la nécessité absolue de vendre ses œuvres. Contrairement à ses camarades qui partaient en Italie ou en Angleterre pour échapper à une période extrêmement troublée de l’histoire de France avec la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris, il reste dans son atelier parisien, puis dans la propriété de Yerres, en Seine-et- Oise » explique Daniel Marchesseau, commissaire de l’exposition.

Le dernier des impressionnistes
Comme le veut son titre, l’exposition Gustave Caillebotte – Impressionniste et moderne accentue le côté moderne et inédit du travail de l’artiste, ancré dans son époque. Alors qu’il se passionnait pour la navigation et avait la réputation d’être un bon régatier, le peintre a notamment réalisé des séries représentant ses camarades et lui-même en train de pratiquer la yole, la périssoire ou encore le clipper. « L’iconographie importante du catalogue de l’exposition permet de faire des comparaisons. Les premiers tableaux de Gustave Caillebotte sont déjà novateurs, parmi lesquels ceux brossés dans sa propriété familiale de Yerres. Ils se distinguent beaucoup des mouvements précédents, comme les paysages forestiers de l’École de Barbizon ou de la peinture naturaliste de Gustave Courbet, son grand aîné. Gustave Caillebotte se concentre surtout sur les miroirs d’eau et les extraordinaires subtilités de leurs reflets, entre perspective et profondeur » précise Daniel Marchesseau. La botanique, seconde passion du peintre, se transmet également sur les toiles de l’artiste. S’initiant au jardinage dans la propriété Le Casin à Yerres, il développe ensuite un somptueux jardin autour de sa maison au Petit-Gennevilliers, sa résidence principale dès 1888. Les nombreuses espèces florales deviennent alors une véritable source d’inspiration pour l’artiste, qui n’hésite pas à en acquérir sans cesse de nouvelles. Il partage d’ailleurs cette passion avec Claude Monet. Lui aussi développe un immense jardin dans sa propriété de Giverny. Les deux hommes échangent conseils pratiques et références. « La botanique et l’horticulture ont été essentiels pour un grand nombre d’artistes de cette époque et en particulier Claude Monet et Gustave Caillebotte, qui étaient champions de cet art de vivre » souligne Daniel Marchesseau. Malheureusement, cette passion sera fatale au collectionneur, qui, après avoir eu un coup de froid dans le jardin, décédera prématurément en 1894, à l’âge de 46 ans.

Gustave Caillebotte, Les raboteurs de parquet, 1875. Paris, musée d’Orsay, don des héritiers de Gustave Caillebotte par l’intermédiaire d’Auguste Renoir, son exécuteur © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Une question de collection
Avec ses premières acquisitions en 1875, Gustave Caillebotte a constitué au cours de sa vie un ensemble assez représentatif du travail de ses amis et de ses contemporains. Dans son testament, il inscrit son souhait de léguer sa collection importante à l’État au Louvre. Cette décision prise dès l’âge de 26 ans aura une importance incontestable pour la reconnaissance officielle de ses camarades, dans la mesure où elle va apaiser les querelles autour de ce courant artistique, mais également asseoir la présence des impressionnistes dans le monde des musées. Alors que Pierre-Auguste Renoir, exécuteur testamentaire, et son frère Martial Caillebotte, annoncent la volonté du peintre, une longue discussion avec le directeur du Louvre commencera. Après deux ans d’âpres négociations, le musée, qui n’accepte pas d’œuvres d’artistes vivants, ne prendra que les deux tiers des tableaux légués. D’ailleurs, c’est justement cette quarantaine de toiles qui constitue aujourd’hui l’épicentre de la collection du Musée d’Orsay. « Comme beaucoup d’expositions organisées à la Fondation, Gustave Caillebotte – Impressionniste et moderne brosse toute la carrière du peintre. Disparu à 46 ans, il laisse derrière lui un corpus assez limité de 500 tableaux et nous en présenterons une centaine. C’est un nombre conséquent, malgré le fait que nous avons dû repenser l’exposition cette année à cause de la pandémie et renoncer aux tableaux des musées américains, comme ceux du Metropolitan Museum of Art de New York, de la National Gallery of Art de Washington ou encore de l’Art Institute of Chicago » nuance le commissaire. Néanmoins deux toiles absolument emblématiques de Gustave Caillebotte sont en route pour Martigny: Les Raboteurs de parquet du Musée d’Orsay et Le Pont de l’Europe, prêté par l’Association des Amis du Petit Palais de Genève. Ainsi qu’un grand nombre de découvertes!

Gustave Caillebotte – Impressionniste et moderne
Du 18 juin au 21 novembre 2021
Fondation Pierre Gianadda
www.gianadda.ch