Chaplin fait son cinéma

À l’occasion des 80 ans du film Le Dictateur, le Chaplin’s World présente une exposition temporaire autour du film iconique du cinéaste britannique. Dans le contexte géopolitique actuel tendu, qui voit une montée du totalitarisme autour du monde, la rétrospective tisse un hommage aux valeurs fondamentalement humanistes portées par Chaplin. Et rappelle que la satire reste souvent le moyen le plus efficace et le plus mémorable pour combattre les idéologies liberticides.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

Régulièrement cité comme le chef-d’œuvre de son réalisateur, encensé par la critique moderne, Le Dictateur s’est aujourd’hui imposé comme un pilier du cinéma. Premier film parlant de Chaplin, l’œuvre a acquis une popularité croissante pour sa verve engagée et son humour caractéristique, à la fois bouffon et extraordinairement subtil, qui tourne en dérision la figure d’Adolf Hitler.

Difficile d’imaginer un temps où fustiger le Führer – qui plus est depuis le sol américain – représentait un acte politiquement répréhensible. Et pourtant: lors de sa sortie en salle, en 1940, le film est froidement accueilli par une bonne partie de la critique. Les horreurs du nazisme sont encore à venir, et Hitler n’inquiète pas encore beaucoup l’opinion publique outre-Atlantique. Déjà piquée au vif par la critique désabusée du capitalisme à laquelle s’était livré Chaplin dans Les Temps Modernes, l’Amérique anticommuniste des années 40 s’offusque de l’audace politique du cinéaste, qui en s’attaquant à l’Allemagne, s’en prend à l’un des principaux remparts européens contre la « menace rouge » de l’URSS. L’impopularité de Chaplin aux États-Unis culminera au début de la guerre froide,
et ses prises de positions pacifistes (perçues comme politiquement ambigües) lui vaudront un exil forcé en Suisse, qui deviendra par la suite sa patrie d’adoption.

Aujourd’hui entièrement réhabilité, Le Dictateur reste sans doute le film le plus ouvertement humaniste de Chaplin, et le discours final délivré par Charlot (grimé en Hitler) vibre encore comme un formidable hymne à l’espoir et à la tolérance. C’est dans le cadre d’une campagne baptisée Let Us All Unite, d’après la phrase la plus célèbre du discours, que le Chaplin’s World ouvre au public une exposition temporaire en collaboration avec Amnesty International et la Non Violence Project Foundation. Outre des extraits du film, on peut y voir des photos d’archives prises lors du tournage, et découvrir des projets alternatifs de scénario, comprenant des scènes coupées au montage ou jamais tournées. Des parallèles historiques montrent à quel point Chaplin avait su clairement percevoir – et imiter – la réalité du Troisième Reich.

Pour les plus jeunes, le studio offre comme toujours un ravissant parcours interactif, qui emmène son public à travers une reconstitution en 3D de l’univers cinématographique de Chaplin. De quoi donner ensuite envie de (re)découvrir les fantaisies de Charlot devant son écran…

Let Us All Unite! – 80 ans du film Le Dictateur
Jusqu’au 29 août 2021
Chaplin’s World, Corsier-sur-Vevey
www.chaplinsworld.com