Théâtre de Vidy: Du 20 janvier au 5 février 2021

Théâtre Forum Meyrin: Reporté à l’automne 2021

Les trois étoiles de la constellation Geselson

Si en 2017 le comédien David Geselson s’est révélé au public romand dans le spectacle Bovary de Tiago Rodrigues, cette année il est de retour au Théâtre Forum Meyrin avec ses propres créations. Du jeudi 12 au dimanche 22 novembre, cet auteur, metteur en scène et comédien présentera trois des quatre pièces du répertoire de la compagnie Lieux-Dits, qu’il a fondée en 2009. Chacune s’invite dans l’intimité d’un personnage, dévoile ses émotions et met la lumière sur ce qui est souvent caché des projecteurs. Des biographies qui révèlent les choses qui ne se disent pas. Rencontre avec David Geselson.

Texte et propos recueillis par Eugénie Rousak

Le Silence et la Peur ©Simon Gosselin

Vous avez créé la compagnie Lieux-Dits il y a plus de 10 ans. Pourquoi cette envie de liberté?
David Geselson: Je suis auteur et metteur en scène, mais avant tout comédien. Comme je voulais jouer sans attendre des propositions théâtrales ou cinématographiques, j’ai décidé de créer mes propres spectacles.
Il est difficile de catégoriser le registre de cette compagnie sans rendre les choses assez définitives. Jusqu’à maintenant, nos thématiques portaient sur les individus de la grande Histoire, ce sont des histoires de vie tout simplement.

Comment la création des nouveaux spectacles se passe-telle au sein de la troupe?
Nous abordons les nouveaux projets avec un travail d’écriture. Ce procédé se différencie d’une écriture de plateau, où le metteur en scène arrive avec quelques thèmes et ouvre la discussion. Je propose directement des textes écrits, souvent des fresques historiques ou des questions politiques et sociales, pour ensuite les retravailler entièrement avec la troupe. Le plateau nourrit l’écriture est vice-versa!

Vous êtes auteur, metteur en scène et comédien, est-ce que vous avez une approche différente dans chacun de ces rôles?
Au sein de ma compagnie, j’écris, je joue ce que j’écris et je le mets en scène, cela forme un cercle. La pièce Le Silence et la Peur était ma première création dans laquelle je n’ai pas initialement joué. Mettre en scène depuis l’extérieur est mécaniquement très différent. En tant que comédien, j’ai des intuitions sur le plateau, qui s’avèrent souvent être justes. Je savais que je ne devais pas briser cet instant des acteur·trice·s et m’imprégner de leurs ressentis. Aujourd’hui, c’est une vraie question pour moi de maintenir ou non cette position de l’extérieur.

Le Silence et la Peur était également la première pièce dans laquelle vous avez travaillé avec des acteur·ice·s nordaméricain·ne·s. Est-ce que les modes de travail diffèrent?
Absolument! Au début, nous avons eu des difficultés justement liées à deux systèmes de travail différents. Dans la culture théâtrale américaine, la structure et la hiérarchie sont très fortes. Le théâtre doit répondre à des règles strictes, qui n’ont pas vraiment lieu dans la vision française. Ainsi, pour certain·e·s comédien·ne·s américain·ne·s l’écriture de plateau relevait de l’amateurisme, alors que pour la culture française c’est une étape passionnante de découverte de soi, un temps pour chercher, expérimenter, se tromper, changer d’avis.

Doreen ©Charlotte Corman

Vous venez au Théâtre Forum Meyrin avec trois pièces. Quel est le fil rouge qui les unit?
La place de l’individu dans l’Histoire, au-delà des choses visibles et connues. La pièce Le Silence et la Peur tourne autour de la vie de Nina Simone. Plutôt que de parler de sa musique, nous nous sommes intéressés à la musicienne et à l’héritage colonial qu’elle portait en elle. Elle est l’arrière-arrière-petite-fille d’une amérindienne cherokee, qui a eu un enfant avec un esclave noir aux USA. Leur fille a été violée par un planteur irlandais et de ce viol est née une enfant métisse, qui n’est autre que sa grand-mère. Quand la future chanteuse vient au monde en 1933, elle a déjà cet immense héritage dans son sang. Comment se retrouver dedans? Pourquoi s’engage-t-elle dans la lutte pour les droits civiques, qui aura un impact fondamental sur sa musique? C’est une femme qui prenait des risques pour sa vie quand elle chantait. Je voulais justement analyser les conséquences de ses engagements sur la création, me plonger dans la fragmentation de son identité. La seconde pièce, Doreen, entre dans l’intimité d’un couple, André et Doreen Gorz. Gérard Horst de son vrai nom, est l’un des fondateurs et penseurs de l’écologie politique. C’est un homme qui était politiquement très engagé dans le monde, notamment dans les mouvements de contestation de 68 et dans différents syndicats par la suite. Moi, je me suis intéressé à leur histoire d’amour. Comment est-ce que leurs engagements politiques impactaient leur intimité et en retour comment dans leur intimité regardaient-ils le monde?

Les deux pièces se basent sur des faits réels. Quelle est votre liberté par rapport à l’histoire?
Toutes les scènes du plateau se fondent sur des événements qui se sont véritablement déroulés, mais il y a forcément de l’imagination. Je dirais que je fais de la fiction documentée.

La troisième pièce de la constellation est Lettres non-écrites. Quel est le principe de ce projet, qui existe déjà depuis quatre ans?
Dans la journée, des personnes viennent me voir pour que je rédige une lettre qu’elles n’ont jamais osé écrire. Elles partagent avec moi un moment de leur vie pour que je compose ce texte et le leur transmette. C’est vraiment un rapport très intime, il y a des choses heureuses, mais aussi beaucoup de regrets, des lettres chargées d’émotions. Mon objectif pour ce projet est que la personne reparte avec sa lettre jamais écrite. Certains de ces récits de vie sont mis en scène le soir-même, avec une autorisation bien entendu. Ils sont complétés par d’autres histoires, récoltées à New York, Orléans, Toulouse, Paris, etc.

Le Silence et la Peur / Doreen / Lettres non-écrites
Théâtre Forum Meyrin >> reporté à l’automne 2021
Théâtre de Vidy: Du 20 janvier au 6 février 2021

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