« Espaces verts » ou la victoire de la nature

Du 1er au 5 septembre 2018, Les fondateurs – la compagnie portée par la scénographe Zoé Cadotsch et le dramaturge Julien Basler – présenteront leur nouveau spectacle dans le cadre de La Bâtie à Genève. Prenant acte de la crise écologique que nous traversons, « Espaces verts » proposera au public de contempler la disparition de l’Humanité au profit du retour de la nature.

Texte: Eva Guerreiro

Le spectacle s’ouvrira sur la maquette d’une ville d’une hauteur d’un mètre environ. Puis deux créatures – interprétées par les danseuses Anne Delahaye et Pauline Wassermann – entreront en scène pour recouvrir petit à petit cette dernière d’éléments ressemblant à du végétal. Le public observera ainsi s’effacer tout ce que le genre humain a construit et développé, la nature prenant peu à peu le dessus sur le reste, jusqu’à l’engloutir complètement. Une mise en scène qui soulève une interrogation paradoxale: est-ce la nature qui va finir par nous avoir ou bien les Hommes qui créent les conditions de leur propre disparition?

 

Ainsi, les interprètes seront amenées à déployer des attitudes bestiales et inquiétantes. Mais pas seulement, car la corporalité sera ici travaillée de manière très poussée. Les corps se révéleront alors masculins, féminins, lents, rapides, gracieux, etc. Le but étant certes de représenter l’Humanité dans ce qu’elle a de monstrueux, mais aussi dans sa beauté et sa diversité.

Le son mêlera éléments préenregistrés et sons produits sur le moment. L’enchevêtrement de bruits urbains et ruraux ainsi que des extraits d’émissions radio tantôt sérieux tantôt futiles créera un certain décalage entre quotidien et futur lointain. Les rares prises de parole des protagonistes, qui raconteront les tracas et autres faits banals de la vie quotidienne, ajouteront elles aussi une dimension micro à ce tableau macro qu’est l’avenir du monde.

Enfin, la temporalité longue – deux heures environ – et la liberté laissée aux spectateur·trice·s – qui pourront en effet se déplacer autour du dispositif, s’asseoir où ils/elles le désirent et même sortir boire un verre – devraient permettre à chacun∙e de se plonger dans ce monde à la fois étrange et fascinant avec la distance, le recul et le temps qui lui est nécessaire.

De par ces choix artistiques, « Espaces verts » se présente davantage comme une création vivante et sensorielle que comme une narration moralisatrice. Car si Les fondateurs cherchent à confronter le public à la plus orgueilleuse des peurs humaines – disparaître sans laisser de traces –, ils espèrent avant tout que le caractère esthétique de cette expérience contemplative offrira aux spectateur·trice·s une « vision plus apaisée de ce que pourrait être un monde sans humains ». (Julien Basler, interview).

« Espaces verts », du samedi 1er au mercredi 5 septembre 2018 au Théâtre de l’Orangerie à Genève, dans le cadre de La Bâtie.

www.batie.ch

www.theatreorangerie.ch