Un musée pour conserver mais également pour construire et déconstruire

Avec l’exposition temporaire Quoi de neuf pussyhat? le Musée Historique Lausanne accomplit avec brio sa mission consistant à recueillir les témoins matériels de l’histoire de la ville de Lausanne et de sa région, tout en prenant l’importante position du musée en tant qu’acteur social. Ce « joyeux capharnaüm », comme le décrivent les trois commissaires d’exposition Diana Le Dinh, Claude-Alain Künzi et Marie Acker, est un espace de réflexion au cœur duquel on assiste à la construction d’archives inédites alors que le concept de genre est déconstruit et discuté.

Texte: Coralie Hornung

Vue de l’exposition © Marie-Lou Dumauthioz

L’exposition Quoi de neuf pussyhat? matérialise l’effervescence des mouvements féministes et pousse à la réflexion en lien avec cette riche thématique, tant actuelle qu’historique. La scénographie délibérément désordonnée au premier abord s’adresse au public sur plusieurs niveaux. Sur fond sonore du manifeste du 14 juin, de courtes notices côtoient des slogans recouvrant les murs. On découvre également des vidéos, des photos, des affiches, divers objets, diverses œuvres d’art, autant de matériel principalement puisé dans la collection du musée ou nouvellement acquis afin de témoigner de la journée historique du 14 juin 2019 et de l’importance des récents mouvements féministes dans l’histoire de la ville de Lausanne.

Affiche collée à la Rue de Lausanne lors de la Grève des Femmes le 14 juin 2019, impression laser

Celles et ceux qui attendent du musée la conservation et la classification figée et univoque d’un patrimoine matériel aux interprétations immuables seront sans doute déçu∙e∙s. Mais le musée ne se doit-il pas d’interpeller son public afin de le rendre acteur plutôt que spectateur dans la création d’un patrimoine historique commun dans lequel toutes et tous pourront se reconnaître?
Les commissaires de l’exposition nous proposent un état des lieux de la construction du genre et de la place du féminin dans la sphère publique, teinté de saveurs locales. On découvre, entre autres, la classification de 1954 des différents niveaux de « virilisation » du sexe féminin du pédiatre endocrinologue suisse Andreas Prader; une photo de 1980 du collège Saint-Roch soulignant la division entre garçons et filles dans l’établissement lausannois; ou encore un plan de la ville de Lausanne répertoriant les rues arborant des noms de femmes, de 1891 à nos jours.

Besoin et nécessité, 2021. Laurence Pernet – Collection de l’artiste.

Les jeunes artistes romand∙e∙s ne sont pas en reste. De magnifiques dessins, créés pour l’occasion par l’illustratrice Laurence Pernet, croquent l’actualité et la riche thématique de l’exposition avec esprit. Les élégants caractères typographiques épicènes de l’artiste Tristan Bartolini sont également exposés.

Les multiples voix qui interpellent le public laissent la part belle à la réflexion, individuelle ou en groupe. D’ailleurs, les commissaires de l’exposition nous invitent à prendre part à la discussion du genre lors de conférences, tables rondes et autres événements.

Quoi de neuf pussyhat?
Jusqu’au 27 juin 2021
Toutes les informations sur le site du Musée Historique de Lausanne