Grand Prix suisse de littérature à Frédéric Pajak

L’Office fédéral de la culture vient de distinguer Frédéric Pajak pour l’ensemble de son entreprise artistique et littéraire. L’ancien Prix Schiller sera en effet remis à l’artiste franco-suisse à l’occasion des Journées Littéraires de Soleure, le 12 mai prochain. Pour la suite, l’auteur prépare déjà un ouvrage qui racontera, par l’entremêlement de dessins et de mots, les destins de Rimbaud, Verlaine, Germain Nouveau, Lautréamont et Nietzsche. Une création dans la veine du Manifeste incertain, évoquant toute la poésie de ces indépassables visionnaires du 19e siècle finissant.

Texte et propos recueillis par Marion Besençon

Lorsque nous lui avons demandé la signification qu’il donnait à ce Grand Prix suisse de littérature, Frédéric Pajak s’est empressé de rendre hommage à celles et ceux qui l’ont précédé et d’exprimer combien il était ému d’être placé dans le sillage d’écrivains qu’il apprécie, notamment Paul Nizon. Cette distinction récompensant l’ensemble de son œuvre ne semble pas avoir interrompu son travail puisqu’il dessine quotidiennement et qu’il accumule les recherches en vue de son prochain livre où il sera question de Rimbaud, Verlaine, Germain Nouveau, Lautréamont et Nietzsche pour raconter la fin du 19e siècle: une époque où l’on osait encore résister au progrès et à ses excès. Ce qui l’intéresse c’est le réseau souterrain de correspondances entre ces auteurs qui ne se sont pas nécessairement rencontrés — comme Rimbaud et Nietzsche, bien que ce dernier se soit retrouvé comme infirmier militaire pendant la guerre franco-allemande de 1870 à quelques kilomètres de Charleville-Mézières.

Un double langage coexiste dans l’œuvre primée de Frédéric Pajak qui s’exprime par le dessin et l’écriture dans une symbiose qui s’est imposée à lui après des années de gestation, symbiose ne prenant pas de formes fixes, « sinon celles qui s’apparenterait à une sorte de roman expérimental », sans qu’il soit question d’écriture automatique puisque cette liberté formelle est toujours organisée, et structurée. L’auteur — on croit savoir qu’il se trouvait à Paris au moment de notre échange téléphonique — écrit toujours en voyageant, sans craindre les lieux bruyants comme les cafés ou les trains. Les enquêtes poétiques qu’il mène le conduisent à entreprendre des manières de pèlerinage afin de mieux s’imprégner des lieux, des atmosphères, des paysages qui ont inspiré les auteurs et les artistes dont il relate le destin.

En créateur protéiforme, Frédéric Pajak s’est récemment fait commissaire pour une exposition de dessins et de gravures intitulée Portrait, autoportrait, exposition à découvrir fin mai au Musée Jenisch à Vevey. L’on pourra également voir à la RTS en décembre 2021 son film Mix & Remix, lettre à l’ami, documentaire consacré au célèbre dessinateur d’humour, à l’occasion des cinq ans de sa disparition.

Portrait, autoportrait
Musée Jenisch, Vevey
Sous le commissariat de Frédéric Pajak
Du 29 mai au 5 septembre 2021